Jacqueline Sauvage, condamnée pour le meurtre de son mari puis graciée, est morte

Publié le par Le Monde

Devenue un symbole des violences conjugales lors de son procès pour le meurtre de son mari violent, Jacqueline Sauvage est morte le 23 juillet.

Jacqueline Sauvage dans une émission télévisée, le 20 février 2017. HANDOUT / AFP / TF1

Jacqueline Sauvage dans une émission télévisée, le 20 février 2017. HANDOUT / AFP / TF1

Condamnée pour le meurtre de son mari violent, avant d’être graciée par François Hollande en 2016, Jacqueline Sauvage est morte, jeudi 23 juillet, à l’âge de 72 ans. Ses obsèques ont eu lieu, mardi 28 juillet, dans la plus grande discrétion, a déclaré l’une de ses filles à l’Agence France-Presse (AFP).

Jacqueline Sauvage « nous a quittés sans bruit, alors que son affaire a mobilisé toute la France dans un chaos retentissant », a aussi confirmé l’avocate de Mme Sauvage, Nathalie Tomasini, au journal La République du Centre, mercredi 29 juillet. Toujours selon le quotidien, qui a révélé l’information, elle est morte le 23 juillet à son domicile de La Selle-sur-le-Bied (Loiret), commune d’un millier d’habitants où s’est noué le drame conjugal.

En première instance comme en appel, Jacqueline Sauvage a été condamnée aux assises à dix ans de réclusion pour avoir tué son mari de trois balles dans le dos. Elle avait subi pendant quarante-sept ans les violences physiques, psychologiques et sexuelles de son compagnon, qui avait également abusé sexuellement de leurs trois filles.

Deux grâces présidentielles

Après sa condamnation, Jacqueline Sauvage était devenue un symbole des victimes de violences conjugales, suscitant un large soutien populaire, ainsi que celui de nombreuses personnalités politiques ou du monde du spectacle. « Jacqueline Sauvage, par son histoire, par son affaire, a participé à éveiller les consciences par rapport à l’existence de ces femmes qui se sont battues pendant des années dans le huis clos familial et dans l’omerta de la société », a commenté Nathalie Tomasini auprès de l’AFP.

Après quatre ans derrière les barreaux et le refus de sa demande de libération conditionnelle, permise par une première grâce partielle, François Hollande lui avait accordé une remise gracieuse du reliquat de sa peine d’emprisonnement, sans que sa condamnation ne soit effacée. Alors âgée de 69 ans, Jacqueline Sauvage était retournée vivre dans la commune de La Selle-sur-le-Bied, où elle avait passé la plus grande partie de sa vie.

Pour l’ancien président de la République, « le décès de Jacqueline Sauvage est le rappel douloureux d’un drame conjugal qui avait bouleversé l’opinion publique. Beaucoup de femmes battues s’étaient reconnues en elle », a-t-il écrit sur Twitter, ajoutant : « Aujourd’hui si je suis ému par sa disparition, je sais aussi que Jacqueline Sauvage est décédée en liberté. »

« La souffrance de Jacqueline n’aura pas servi à rien »

A la sortie du conseil des ministres, Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, a eu également un mot pour saluer une femme devenue « visage » d’une cause. « Ce combat contre les violences conjugales et pour lutter contre ce fléau dans notre pays ne s’arrêtera pas », a-t-il déclaré.

L’actrice Muriel Robin, qui avait incarné Jacqueline Sauvage dans un téléfilm en 2018, a estimé, pour sa part, sur Europe 1 que « la souffrance de Jacqueline n’aura pas servi à rien. En revanche, la souffrance de beaucoup d’autres (…) n’est pas entendue. » Eva Darlan, actrice et présidente de son comité de soutien a estimé pour sa part, auprès de l’AFP : « Elle n’a pas beaucoup profité de sa tranquillité (…). Elle a été le symbole de l’injustice et de la violence. Mais à quel prix pour elle et pour sa famille ? Qu’est-ce que ça a changé pour la société ? Rien. »

Ségolène Royal, ex-candidate PS à la présidentielle, a noté elle aussi, dans un Tweet, que Jacqueline Sauvage « aura passé plus de quarante ans sous les coups de son mari. Avant de mourir, elle n’aura eu que quatre années de répit. » « Il reste tant à faire contre les violences conjugales et intrafamiliales », a-t-elle conclu.

« Adieu Jacqueline Sauvage », écrit encore Fatima Benomar, membre du mouvement féministe #noustoutes. Et d’ajouter : « Tu as été l’un des visages qui a permis de faire comprendre au grand public ce qu’était le continuum des violences patriarcales et le stress post-traumatique. Comme 85 % des victimes, tu n’avais jamais porté plainte. »

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