L’ancien ministre Albin Chalandon est mort

Publié le par Le Monde par Michel Noblecourt

Membre de différents gouvernements entre les années 1960 et 1980, ce gaulliste présida, entre 1977 et 1983, Elf-Aquitaine, où il eut à gérer le scandale des « avions renifleurs ». Il est mort jeudi 30 juillet, à l’âge de 100 ans.

Albin Chalandon, alors député des Hauts-de-Seine, participant aux Assises de l'UDR à Nantes, en novembre 1973. AFP

Albin Chalandon, alors député des Hauts-de-Seine, participant aux Assises de l'UDR à Nantes, en novembre 1973. AFP

Le visage tôt marqué par les rides, l’air un peu mutin, il affichait une élégance très recherchée. Ancien ministre et ancien industriel, Albin Chalandon est mort, jeudi 30 juillet à l’âge de 100 ans, a annoncé l’actuel garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti.

Fils d’un industriel, né le 11 juin 1920 à Reyrieux (Ain), commune dont son père fut maire, il étudie au lycée Condorcet à Paris avant d’obtenir une licence ès lettres et un diplôme d’études spécialisées de philosophie.

Pendant la guerre, à la tête d’un groupe de maquisards en forêt d’Orléans, il est blessé lors d’un affrontement avec un régiment SS et participe à la libération de Paris. Reçu, en avril 1945, à l’inspection générale des finances, il est chargé de mission, en 1947, dans les cabinets de deux présidents du conseil de gauche, Léon Blum puis Paul Ramadier. De novembre 1947 à juin 1950, il occupe les mêmes fonctions auprès du ministre des finances, René Mayer, où il se consacre à la réorganisation de l’industrie aéronautique.

En 1948, Albin Chalandon adhère au Rassemblement du peuple français (RPF) où il devient « délégué général à l’action ouvrière et professionnelle ». L’inspecteur des finances, adepte de « l’économie libérale » a le goût d’entreprendre. En 1952, avec Marcel Dassault, il crée la Banque commerciale de Paris dont il sera, de 1964 à 1968 le PDG. Saisi par le démon de la politique, il mène de pair une carrière d’homme politique et d’entrepreneur. En 1955, il démissionne de l’inspection des finances. En 1958, il est trésorier de l’Union pour la nouvelle République (UNR) puis, en 1959, secrétaire général. Président, de 1960 à 1964, d’Inno-France, société des grandes entreprises de distribution, il est aussi membre du Conseil économique et social de 1964 à 1967. Ce gaulliste de raisonnable obédience se fait élire député des Hauts-de-Seine en 1967. Réélu en 1968 et en 1973, il joue un rôle actif à la commission des finances mais il interrompra ses mandats pour être ministre ou remplir des missions temporaires.

Volonté de « libérer l’urbanisme »

Albin Chalandon, ministre de la Justice et garde des Sceaux, tient une conférence de presse à Paris le 29 septembre 1987. JOEL ROBINE / AFP

Albin Chalandon, ministre de la Justice et garde des Sceaux, tient une conférence de presse à Paris le 29 septembre 1987. JOEL ROBINE / AFP

Brièvement ministre de l’industrie de mai à juillet 1968, Albin Chalandon est ministre de l’équipement et du logement de juillet 1968 à juillet 1972. A ce poste, il s’efforce de résorber le déficit autoroutier du pays : grâce à des financements privés, il fait passer la construction d’autoroutes de 50 à 500 kilomètres par an. Voulant « libérer l’urbanisme », il promeut l’habitat individuel. A la suite d’un concours international, il lance un programme de construction de 70 000 pavillons individuels, rapidement baptisés « chalandonnettes ». L’aventure tourne au fiasco et les maisons bon marché se délabrent rapidement.

    En mars 1986, il refuse le portefeuille des affaires étrangères pour ne pas « devenir le télégraphiste pris dans une bagarre Mitterrand-Chirac ».

Secrétaire général adjoint de l’UDR en 1974, Albin Chalandon est aussi un politique qui se fait l’avocat de l’« économie de compétition » et dénonce les tentations « interventionnistes » ou « colbertistes » du gouvernement. S’il s’inquiète de la « toute-puissance des syndicats », il plaide pour une participation élargie au pouvoir de décision « par une représentation collective des travailleurs participant au choix des dirigeants et à la gestion ». Dans un livre intitulé Les Joueurs de flûte (Plon, 1977), il ferraille contre la gauche mais voit dans la nationalisation une bonne « force de frappe » économique dans certaines limites et se montre favorable à l’impôt sur le capital.

PDG d’Elf-Aquitaine, d’août 1977 à juin 1983, il réussit à sortir l’entreprise au mieux du scandale des « avions renifleurs » – la société avait perdu beaucoup d’argent en explorant en vain un procédé mirifique visant à détecter depuis le sol ou les airs des gisements minéraux sans faire de forages. Face aux polémiques, il demande à François Mitterrand de « mettre fin à cette misérable querelle ».

Elu député du Nord en mars 1986, Albin Chalandon revient dans le gouvernement de cohabitation, là où on ne l’attendait pas, comme garde des sceaux. Il avait refusé le portefeuille des affaires étrangères pour ne pas « devenir le télégraphiste pris dans une bagarre Mitterrand-Chirac ». Jusqu’en mai 1988, il se fait l’artisan d’une politique sécuritaire. Il envisage de revoir le code de la nationalité et de remettre en cause le droit du sol mais le projet est enterré. Il avait épousé, en 1951, la princesse Salomé Murat – le couple s’était séparé en 1970 et la princesse était décédée en 2016 –, dont il a eu trois enfants, et s’était remarié, en 2016, avec la journaliste politique Catherine Nay. Depuis trente ans, il s’était retiré de la politique active.

Albin Chalandon en 6 dates

  • 11 juin 1920 Naissance à Reyrieux (Ain)
  • 1967 Elu député des Hauts-de-Seine
  • 1968-1972 Ministre de l’équipement et du logement
  • 1977-1983 PDG d’Elf-Aquitaine
  • 1986-1988 Ministre de la justice, garde des sceaux
  • 2020 Mort à l’âge de 100 ans.
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