L'avocate et figure féministe Gisèle Halimi décède à 93 ans

Publié le par La Dépêche

Gisèle Halimi, avocate, ancienne députée et figure du féminisme, est décédée ce mardi à Paris à l'âge de 93 ans. 

Gisèle Halimi, le 14 novembre 2003

Gisèle Halimi, le 14 novembre 2003

L'avocate, femme politique et écrivain Gisèle Halimi, qui a consacré sa vie à la cause des femmes et au droit à l'avortement, est décédée ce mardi, au lendemain de son 93e anniversaire, a annoncé sa famille. "Elle s'est éteinte dans la sérénité, à Paris", a déclaré l'un de ses trois fils, Emmanuel Faux, estimant que sa mère avait eu "une belle vie". "Sa famille est autour d'elle", a ajouté M. Faux. "Elle a lutté pour arriver à ses 93 ans". 

Avocate engagée

Issue d'une famille modeste, Gisèle Halimi est née le 27 juillet 1927 à La Goulette en Tunisie. Avocate engagée, elle se fait notamment connaître lors du procès emblématique de Bobigny, en 1972, où elle défend une mineure jugée pour avoir avorté suite à un viol. Elle obtient la relaxe de la jeune femme et parvient à mobiliser l'opinion, ouvrant la voie à la dépénalisation de l'avortement, début 1975, avec la loi Veil. 

Gisèle Halimi avait défendu, à Bobigny en 1972, une mineure jugée pour avoir avorté suite à un viol.

Gisèle Halimi avait défendu, à Bobigny en 1972, une mineure jugée pour avoir avorté suite à un viol.

Le philosophe Jean-Paul Sartre, l'écrivain Simone de Beauvoir et l'avocate Gisèle Halimi, le 27 mai 1970.

Le philosophe Jean-Paul Sartre, l'écrivain Simone de Beauvoir et l'avocate Gisèle Halimi, le 27 mai 1970.

Yvette Roudy, ministre en charge des Droits des femmes, et Gisèle Halimi, le 15 octobre 1983.

Yvette Roudy, ministre en charge des Droits des femmes, et Gisèle Halimi, le 15 octobre 1983.

Pour le droit à l'avortement

Fondatrice en 1971 avec Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir de l'association pour le droit à l'avortement "Choisir la cause des femmes", elle est la même année l'une des signataires du célèbre manifeste des 343 femmes disant publiquement avoir avorté.

Élue députée de l'Isère (apparentée PS) en 1981, elle poursuit son combat à l'Assemblée, cette fois-ci pour le remboursement de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), finalement voté en 1982. Avant de prendre ses distances avec le Parti socialiste après son élection à l'Assemblée. 

En 1998, elle fait partie de l'équipe qui crée Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne). 

Une brillante carrière d'écrivain

Parallèlement à sa carrière d'avocate, elle a mené une carrière d'écrivain. Parmi sa quinzaine de titres, figurent "Djamila Boupacha" (1962), du nom d'une militante emblématique du FLN, et une œuvre plus intimiste comme "Fritna", sur sa peu aimante mère (1999), "pratiquante juive totalement ignorante". 

Mère de trois garçons, dont Serge Halimi, directeur de la rédaction du Monde diplomatique, elle a confié qu'elle aurait aimé avoir une fille pour "mettre à l'épreuve" son engagement féministe. "J'aurais voulu savoir si, en l'élevant, j'allais me conformer exactement à ce que j'avais revendiqué, à la fois pour moi et pour toutes les femmes", a-t-elle dit au Monde en 2011. 

Dans une longue interview accordée au journal Le Monde en septembre 2019, la nonagénaire s'étonnait encore que "les injustices faites aux femmes ne suscitent pas une révolte générale". 

Une pluie d'hommages pour Gisèle Halimi

"Pour Gisèle Halimi, le féminisme était un humanisme. La France perd une républicaine passionnée qui, comme avocate, militante et élue, fut une grande combattante de l'émancipation des femmes", a salué sur Twitter le président Emmanuel Macron.  

La ministre de la Culture Roselyne Bachelot salue une "avocate infatigable des droits de femmes, magnifique écrivaine, militante déterminée".

La ministre déléguée à l'Egalité femmes-hommes Elisabeth Moreno rend hommage à une "rebelle infatigable (qui) s'est battue toute sa vie pour améliorer le sort des femmes". 

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