Le compositeur Ennio Morricone est mort

Publié le par Le Monde avec AFP et Reuters

Né à Rome en 1928, le musicien s’est fait connaître au début des années 1960 en composant notamment les partitions de films de Sergio Leone.

Ennio Morricone à Berlin, le 21 janvier 2019. Fabrizio Bensch / REUTERS

Ennio Morricone à Berlin, le 21 janvier 2019. Fabrizio Bensch / REUTERS

Le compositeur italien Ennio Morricone, l’homme aux 500 musiques de film, est mort à l’âge de 91 ans. Il « s’est éteint à l’aube du 6 juillet avec le réconfort de la foi », a annoncé dans un communiqué l’avocat et ami de la famille Giorgio Assumma, cité par les médias italiens. Il est resté « pleinement lucide et d’une grande dignité jusqu’au dernier moment », affirme le communiqué.

Le maestro italien est mort dans une clinique romaine des suites d’une chute. Il s’était brisé le fémur il y a quelques jours, écrit l’agence de presse ANSA.

L’hommage de la classe politique italienne a été unanime. « Nous nous souviendrons pour toujours et avec une reconnaissance infinie du génie artistique du maestro Ennio Morricone. Il nous a fait rêver, il nous a émus et fait réfléchir, écrivant des notes inoubliables qui resteront pour toujours dans l’histoire de la musique et du cinéma », a réagi sur Twitter le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte.

« Ennio Morricone l’empereur de la musique au cinéma, un harmonica, des rythmes, mélodies, instruments inattendus, des trilles, 3 notes faciles à retenir, la prodigalité de ses partitions », a réagi sur Twitter Gilles Jacob, ancien directeur du Festival de Cannes.

Né à Rome en 1928, trompettiste de formation comme son père, diplômé en composition et direction d’orchestre, Ennio Morricone se destinait au départ à la musique contemporaine et participait au groupe d’improvisation Nuova Consonanza. Mais, faute de succès, il s’était orienté à la fin des années 1950 vers une carrière d’arrangeur de variété pour la télévision et la radio.

Trouvant les musiques de films italiens médiocres et mièvres, il veut les renouveler et imposer un style plus « américain ». Il compose en 1961 sa première bande originale pour le film Il Federale (Mission ultra-secrète en France) de Luciano Salce avant que Sergio Leone, qu’il connaissait depuis l’enfance pour avoir fréquenté le même collège, le choisisse, poussé par ses producteurs, pour écrire la bande-son de Pour une poignée de dollars (1964). Suivront Le Bon, la Brute et le Truand (1966), Il était une fois dans l’Ouest (1968).

Refus de s’exiler à Hollywood

Quelque 500 partitions sont à mettre à son crédit, dans tous les genres (comédies, policiers, horreur, érotique, etc.) et pour des réalisateurs aussi divers que Dario Argento, Mauro Bolognini, Giuseppe Tornatore, Brian de Palma, John Huston, John Boorman, Terrence Malick, Bernardo Bertolucci ou, en France, Henri Verneuil (Le clan des Siciliens).

L’un de ses grands regrets était de ne pas avoir travaillé avec Stanley Kubrick. « Il m’avait appelé pour la BO d’Orange mécanique et j’ai dit oui. Il ne voulait pas venir à Rome, il n’aimait pas l’avion. Et puis il a appelé [Sergio] Leone, qui lui a dit que j’étais occupé avec lui. Il n’a jamais rappelé », confiait-il en 2007.

Son style unique, reconnaissable entre mille, mélange atypique de mélodies entêtantes et d’arrangements insolites à l’aide de sifflements, percussions et bruits réels les plus divers, l’avait hissé au sommet des compositeurs de musiques de film les plus demandés, en Italie, en Europe et à Hollywood, où il avait refusé de s’exiler, préférant rester à Rome, sa ville de cœur.

Un studio lui avait proposé une villa en Californie, offre qu’il avait déclinée. « Tous mes amis sont là, ainsi qu’un grand nombre de réalisateurs qui m’aiment et apprécient mon travail. Rome est ma maison », expliquait-il.

Pas seulement des westerns « spaghetti »

En 2006, il expliquait au Monde comment il composait : « Les situations varient, d’autant que je suis stimulé par des genres de film très divers. (…) On me donne généralement le film un mois avant le montage. Ma musique est souvent meilleure quand je ne vois pas les images. »

Il refusait cependant d’être réduit au Bon, la Brute et le Truand et autres westerns spaghettis. « Ma production pour les westerns, c’est peut-être 7,5 à 8 % de tout ce que j’ai fait », rappelait le « Maestro » en 2007 dans un entretien à l’agence Reuters.

Il avait notamment gravé quatre morceaux avec Chet Baker, en 1962, sur l’album Chet is Back et avait écrit la chanson Here’s to You (1971) chantée par Joan Baez pour le film Sacco et Vanzetti. En 2014, parlant de son œuvre au Monde, il la qualifiait volontiers de « baroque », à l’inverse de ce qu’il appelle la « musique absolue », libre et sérieuse. Il disait considérer la musique de film comme un art « appliqué et contraint, qui s’adresse à un public de culture moyenne ».

En 2015, il compose la bande originale du film Les Huit Salopards de Quentin Tarantino, qui lui vaut son premier Oscar à l’âge de 87 ans. En 2007, lors de la 79e édition des Oscars, Hollywood lui avait décerné un Oscar d’honneur pour sa carrière.

Ennio Morricone, en quelques dates

  • 1928 Naissance à Rome, le 10 novembre.
  • 1961 Compose sa première bande originale pour Il Federale (Mission ultra-secrète), de Luciano Salce.
  • 1962 Ecrit avec Chet Baker sur l’album « Chet is Back ».
  • 1971 Compose Here’s to you, chantée par Joan Baez.
  • 1964 Première collaboration avec le réalisateur Sergio Leone, Pour une poignée de dollars, puis Le Bon, la Brute et le Truand (1966), Il était une fois dans l’Ouest (1968)…
  • 2007 Lors de la 79e édition des Oscars, Hollywood lui décerne un Oscar d’honneur pour sa carrière.
  • 2015 Compose la musique du film Les Huit Salopards, de Quentin Tarantino, pour lequel il reçoit un Oscar.
  • 6 juillet 2020 Mort à Rome.
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