Mort à 93 ans de Gisèle Halimi, avocate passionnée de la cause des femmes

Publié le par Les Echos par Hortense Goulard

L'avocate, qui a défendu le droit des femmes à l'avortement, et s'est battue pour la criminalisation du viol et la dépénalisation de l'homosexualité, est morte à Paris ce mardi.

Mort à 93 ans de Gisèle Halimi, avocate passionnée de la cause des femmes

Pendant soixante-dix ans, elle s'est inlassablement battue pour faire avancer la cause des femmes. Avocate, femme politique et écrivain, Gisèle Halimi est décédée mardi, au lendemain de son 93e anniversaire, a annoncé sa famille à l'AFP. « Elle s'est éteinte dans la sérénité, à Paris », a déclaré l'un de ses trois fils, Emmanuel Faux, estimant que sa mère avait eu « une belle vie ».

Issue d'une famille modeste, Gisèle Halimi est née le 27 juillet 1927 à La Goulette en Tunisie. Pendant près de trois semaines après sa naissance, son père nie l'événement, déclarant à ses amis que sa femme n'avait pas encore accouché, raconte-t-elle quatre-vingt-douze ans plus tard au Monde . « Ce récit, entendu dès mon plus jeune âge, m'a tout de suite fait comprendre la malédiction d'être une femme ».

A dix ans, elle refuse de faire les tâches ménagères dont ses frères sont exemptés et entame une grève de la faim. Ses parents, affolés, finissent par lui céder. « Ce fut au fond ma première victoire féministe », commente-t-elle en 2019.

Avocate engagée

A seize ans, Gisèle Halimi refuse un mariage arrangé. Elle parvient à faire des études de droit en France et prête serment à Tunis en 1949. De retour à Paris en 1956, elle épouse Paul Halimi, un administrateur civil. Elle divorce ensuite, avant d'épouser Claude Faux, le secrétaire de Jean-Paul Sartre.

Pendant la guerre d'Algérie, elle dénonce l'usage de la torture par les militaires français, ce qui lui vaudra une arrestation et une brève détention. « L'injustice m'est physiquement intolérable », disait-elle souvent. « Toute ma vie peut se résumer à ça. Tout a commencé par l'Arabe qu'on méprise, puis le juif, puis le colonisé, puis la femme », confiait-elle au JDD en 1988.

L'avocate défend, en 1960, une Algérienne de vingt-deux ans, Djamila Boupacha. Cette militante du FLN, accusée d'avoir posé une bombe, a été arrêtée, violée et torturée par des soldats français. Gisèle Halimi entraîne Simone de Beauvoir qui publie dans Le Monde une tribune décrivant les sévices qu'a subis la jeune fille. Condamnée à mort, Djamila Boupacha sera finalement amnistiée en 1962 grâce aux accords d'Evian qui mettent fin à la guerre d'Algérie.

Lutte contre l'avortement

En 1971, Gisèle Halimi signe dans le Nouvel Obs le « Manifeste des 343 » où des femmes déclarent avoir avorté - un acte illégal à l'époque. Elle crée, la même année, le mouvement Choisir la cause des femmes qui portent des revendications féministes dont la libéralisation de l'avortement.

Lors d'un procès emblématique à Bobigny en 1972, elle défend une mineure jugée pour avoir avorté suite à un viol. ​Au lieu de plaider les circonstances atténuantes, elle choisit de défendre le droit de la jeune fille à interrompre sa grossesse. Elle mobilise l'opinion et obtient la relaxe de la jeune femme, ouvrant la voie à la dépénalisation de l'avortement, début 1975, avec la loi Veil.

Femme politique et écrivain

Elue députée de l'Isère (apparentée PS) en 1981, elle poursuit son combat à l'Assemblée, cette fois-ci pour le remboursement de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), finalement voté en 1982, avant de prendre ses distances avec le Parti socialiste. En 1998, elle fait partie de l'équipe qui crée Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne).

Parallèlement à sa carrière d'avocate, elle a mené une carrière d'écrivain. Parmi sa quinzaine de titres, figurent « Djamila Boupacha » (1962), et des oeuvres plus intimistes comme « Fritna », sur sa peu aimante mère (1999), « pratiquante juive totalement ignorante ».

Accès à l'avortement : les Européennes loin d'être égales

Mère de trois garçons, dont Serge Halimi, directeur de la rédaction du Monde diplomatique, elle a confié qu'elle aurait aimé avoir une fille pour « mettre à l'épreuve » son engagement féministe. « J'aurais voulu savoir si, en l'élevant, j'allais me conformer exactement à ce que j'avais revendiqué, à la fois pour moi et pour toutes les femmes », a-t-elle dit au Monde en 2011.

Dans une longue interview accordée au même journal en septembre 2019, la nonagénaire s'étonnait encore que « les injustices faites aux femmes ne suscitent pas une révolte générale ».

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