Olivia de Havilland, la dernière légende de l’âge d’or d’Hollywood, est morte à 104 ans

Publié le par Le Parisien par Yves Jaeglé

Olivia de Havilland s’est éteinte ce dimanche à 104 ans à Paris, où l’actrice d’« Autant en emporte le vent » vivait depuis plus d’un demi-siècle.

Olivia de Havilland avait reçu deux Oscars de la meilleure actrice, en 1947 et en 1950, pour « l’Héritière » puis « A chacun son destin ». Everett/Bridgeman images

Olivia de Havilland avait reçu deux Oscars de la meilleure actrice, en 1947 et en 1950, pour « l’Héritière » puis « A chacun son destin ». Everett/Bridgeman images

Les étoiles s'éteignent aussi. Il fait nuit noire. On en oublierait presque que les centenaires disent adieu un jour. Olivia de Havilland a cessé de respirer à Paris, où elle vivait depuis les années 1950, à l'âge de 104 ans. Quelle année 2020, qui sans parler de tout le reste, a vu disparaître Kirk Douglas à 103 ans en février. Il ne restait plus qu'eux deux, avec leur âge à trois chiffres, à connaître pratiquement les débuts d'Hollywood et la montée en puissance de l'usine à rêves, dont l'actrice demeurait la doyenne.

Mais tout n'était-il pas fou dans la vie de celle qui a joué non pas Scarlett (Vivian Leigh) mais sa cousine, la douce Melanie, moins tourmentée mais bien rivale qui se battra pour le même homme dans « Autant en emporte le vent »? Olivia de Havilland obtient une nomination à l'Oscar du Second rôle. Elle perdra… au profit de Hattie McDaniel, qui jouait la gouvernante noire dans cette saga du Sud esclavagiste en pleine guerre de Sécession. Sur le tournage, la star naissante, femme libre, avait milité pour que l'actrice noire obtienne une loge, ce qui n'allait pas du tout de soi dans l'Amérique des années 1930 et de la ségrégation.

Ne vous fiez pas à son teint de porcelaine, à ses yeux qui semblent pleurer naturellement sur le simple mot « Action ! » Olivia de Havilland n'est pas un magnifique objet du désir de celluloïd mais une femme engagée, qui s'est battue pour casser son contrat avec la Warner à une époque où les acteurs étaient enchaînés pendant des années avec un studio sans aucune liberté de choix de leurs films. Prison dorée, mais avec un droit de vie ou de mort professionnels pour les producteurs.

La partenaire idéale d'Errol Flynn

Sans sa rébellion, l'actrice, cantonnée à des bluettes d'aventures, n'aurait pas tourné ses plus grands rôles. Le nabab Jack Warner la qualifie « d'entêtée », mais le procès remporté par Olivia de Havilland en 1944, après une bataille judiciaire qui a duré des années, change la face d'Hollywood. L'amendement de cette libération porte son nom. Bien plus qu'un Oscar, même si elle en a gagné deux.

Sa carrière à elle était déjà faite, sa légende établie en noir et blanc scintillant. Son Clark Gable à elle, c'est Errol Flynn, à cette époque où les baisers de cinéma, vrais ou faux, duraient des secondes infinies. Elle joue huit fois avec l'acteur, de « Robin des Bois » à « Capitaine Blood » en passant par le western « la Charge fantastique ».

Olivia de Havilland est surtout connue pour son rôle de Melanie dans « Autant en emporte le vent »./Everett/B.I.

Olivia de Havilland est surtout connue pour son rôle de Melanie dans « Autant en emporte le vent »./Everett/B.I.

Elle est née et morte en juillet. Quelle vie, débutée à Tokyo, achevée à Paris, traversée par trois nationalités, puisque la future actrice naît anglaise avant de devenir américaine puis française après son mariage, en 1955, avec un journaliste de Paris Match, Pierre Galante. Ce dernier succède dans son carnet du cœur à Howard Hughes, James Stewart ou John Huston

Une seule chose n'allait pas dans la vie de Olivia de Havilland : sa sœur cadette, Joan Fontaine, star elle aussi, et à qui l'opposait une jalousie sans merci depuis l'enfance. Ne pas avoir le premier rôle face à Scarlett, passe encore, mais voir sa petite sœur décrocher l'Oscar avant elle… Les déesses aussi se détestent parfois dans le nid de vipères des familles, nobles ou pas.

En 2010, la comédienne francophile recevait la Légion d’honneur au côté de Jacqueline Bisset. Reuters/P.W.

En 2010, la comédienne francophile recevait la Légion d’honneur au côté de Jacqueline Bisset. Reuters/P.W.

Elle tourne 49 films, puis des mini-séries, repasse par Broadway. Pour les 75 ans des Oscars ou son anniversaire de centenaire, l'ultime grande dame de l'âge d'or apparaissait d'une élégance toujours éblouissante en robe de soirée, le maintien et le verbe haut, clamant son « amour des films » d'une voix soyeuse à faire chavirer l'auditoire.

Un timbre comme trois notes de jazz à s'asseoir et l'écouter. Une voix doublée dans les versions françaises de ses films par une actrice de 108 ans toujours en vie, Renée Simonot, la mère de Catherine Deneuve. Un scénario si beau que le mot « The End » qui tombe sur le générique de sa vie donne plutôt envie de rembobiner ces classiques de ciné-club que de dire adieu à la dernière star. « Gone With The Wind », emportée par le vent, partie dans son souffle, quelle belle épitaphe.

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