Rafle du Vel' d'Hiv : il y a 25 ans, la France reconnaissait sa responsabilité

Publié le par RTL par Victor Goury-Laffont Journaliste

Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac reconnaissait la responsabilité de la France dans la rafle du Vel' d'Hiv. 25 ans plus tard, ce discours a transformé la parole politique sur ce sujet.

Photo prise le 16 juillet 1995 du président de la République Jacques Chirac prononçant un discours lors des cérémonies commémoratives de la rafle du Vel d'Hiv le 16 juillet 1942. Crédit : Jack Guez / AFP

Photo prise le 16 juillet 1995 du président de la République Jacques Chirac prononçant un discours lors des cérémonies commémoratives de la rafle du Vel d'Hiv le 16 juillet 1942. Crédit : Jack Guez / AFP

"La France, patrie des Lumières et des Droits de l'Homme, terre d'accueil et d'asile, ce jour-là, accomplissait l'irréparable." C'était il y a 25 ans, le 16 juillet 1995. Jacques Chirac devenait le premier président français à reconnaître la responsabilité de la France dans l'arrestation de plus de 13.000 juifs, lors de la rafle du Vel' d'Hiv de 1942. 

Une reconnaissance, 53 ans après les faits, mais aussi un immense changement de la parole officielle française. Serge Klarsfeld, président de l'association des Fils et filles de déportés juifs de France et présent à la cérémonie ira jusque parler d'une "profonde rupture" créée par ces déclarations. 

Les dirigeants français, jusque 1995, rejetaient une quelconque responsabilité de la France. Le "dogme gaullien", décrit par Jacques Chirac dans ses Mémoires, dominait : la France, représentée à travers la république, ne pouvait être tenue des actes du régime de Vichy, pouvoir illégitime. C'est ce qui mène François Mittérand à déclarer, en 1994, "Je ne ferai pas d'excuses au nom de la France. La République n'a rien à voir avec ça. J'estime que la France n'est pas responsable."

Une responsabilité de moins en moins questionnée

La reconnaissance entamée par Jacques Chirac ne sera jamais remise en cause, du moins par ses successeurs. En juillet 2007, Nicolas Sarkozy, tout juste élu, estime que l'ancien président avait "dit ce qu'il y avait à dire", et qu'il n'y avait "rien à retrancher" ou "à rajouter". En 2012, François Hollande réaffirme, avec plus de clarté, la responsabilité de la France, un "crime commis en France, par la France." À l'occasion du 75e anniversaire de la rafle, Emmanuel Macron reconnaît, en présence du premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, une responsabilité française complète, précisant pour la première fois que "pas un seul allemand ne prêta la main" à la police française dans cet événement.

Mais ce discours de 1995 a aussi pu inspirer des dirigeants français à confronter différemment l'Histoire de leur pays. Dans un entretien avec La Croix, l'historien Jacques Semelin explique que "l'on peut nécessairement faire le rapprochement" entre la prise de position de Jacques Chirac, et celle de François Hollande qui a reconnu, en 2012, les "souffrances" qu'avait infligé la France à l'Algérie pendant la colonisation. Un son de cloche repris par Emmanuel Macron qui, alors candidat, avait qualifié la colonisation de "crime contre l'humanité." En décembre 20109, alors chef de l'État, Emmanuel Macron a abordé une autre facette de l'Histoire de France, en déclarant que "le colonialisme a été une faute de la République."

Très peu de personnalités politiques contestent aujourd'hui la responsabilité de la France dans la rafle du Vel' d'Hiv. C'est néanmoins le cas de Marine Le Pen, dont les propos avaient déclenché une polémique en 2017. Jean-Luc Mélenchon s'était lui aussi opposé à Emmanuel Macron sur ce sujet, déclarant sur son blog que "des Français ont été personnellement responsables du crime", mais que "la France n'est rien d'autre que sa République."

Publié dans Articles de Presse

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