Seconde Guerre mondiale : le 8 juillet 1943, la mort du résistant Jean Moulin

Publié le par Sud Ouest par Cathy Lafon

HISTOIRE – Il y a 77 ans, Jean Moulin, figure phare de la Résistance française lors de la Seconde Guerre mondiale, mourait lors de son transfert pour l’Allemagne. Jean Moulin a fait preuve d’un courage et d’une détermination sans bornes dans son combat contre le nazisme.

Torturé par les Allemands, Jean Moulin est mort le 8 juillet 1943 en gare de Metz. Crédit photo : Archives AFP

Torturé par les Allemands, Jean Moulin est mort le 8 juillet 1943 en gare de Metz. Crédit photo : Archives AFP

Né le 20 juin 1899 à Béziers (Languedoc Roussillon), au sein d’une famille d’universitaires, Jean Moulin devient plus jeune préfet de France en 1925, à Albertville, puis à Châteaulin. 

Plus jeune préfet du pays

Il s’investit dans ses fonctions et entretient une profonde passion pour la politique, influencé par son père, socialiste engagé. Ainsi, chef du cabinet du ministère de l’Air du Front populaire en 1936, il n’hésite pas au cours de la guerre d’Espagne à soutenir les républicains. Ses qualités et son dévouement lui valent d’être nommé préfet d’Aveyron en 1937. Une fois de plus, il est le plus jeune français à assurer ce type de fonctions. En juillet 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, Jean Moulin est nommé préfet de Chartres, peu de temps avant l’invasion du pays par les Allemands. 

Dès le début de la guerre, il demande à combattre pour la France en tant que sergent de réserve. Il se heurte au refus de l’administration, qui le maintient à la préfecture. La France est envahie le 10 mai 1940 et Jean Moulin s’efforce de maintenir le calme en Eure-et-Loir. En tant que préfet, il va bientôt devoir faire un choix déterminant. En effet, en juin 1940, les nazis lui soumettent une déclaration selon laquelle un groupe de tirailleurs sénégalais appartenant à l’armée française aurait commis des crimes graves. Conscient de l’innocence des accusés, Jean Moulin refuse de signer le document et ose tenir tête à l’occupant. Ce qui lui vaut d’être battu puis emprisonné.

Le résistant Jean Moulin

Opposé au fascisme, Jean Moulin rallie Londres en 1941

Son refus de collaborer l’amène à commettre un acte qui témoigne de son courage et de sa détermination : il tente de se trancher la gorge à l’aide d’un bout de verre. Il échappe à la mort de justesse, puis est révoqué par le gouvernement de Vichy en novembre 1940. C’est à cet instant qu’il fait concrètement ses premiers pas dans la Résistance. Convaincu de son devoir de lutte contre l’occupant, il se rend à Londres pour rencontrer le général de Gaulle, en 1941. Les deux hommes ne tardent pas à s’accorder leur confiance et Jean Moulin se voit confier la lourde tâche d’unifier la Résistance dans le Sud de la France.

Assuré d’un soutien matériel essentiel, parachuté en France dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942, il travaille pendant des mois travaille à l’unification des résistants à l’occupation allemande il rejoint le pays. Jean Moulin prend différentes identités, dont celles d’un agriculteur et d’un directeur de galerie d’art. Aux prix de grands efforts, il tente de rallier les différents mouvements de résistance entre eux et sous l’autorité du Général de Gaulle. Dans un premier temps, il contacte tous les chefs des différents mouvements de résistance. Ensuite, il s’efforce, après avoir créé l’Armée secrète (AS), de mettre en place différents services : parachutage, information, presse, transmissions, comité général d’études, noyautage des administrations publiques… 

Création du Conseil national de la Résistance (CNR)

Après un bref retour à Londres au début de l’année 1943, où il rend son rapport au Général De Gaulle, il est ensuite chargé de mettre en place le Conseil national de la Résistance (CNR). Il s’agit en fait de réunir toutes les organisations (mouvements, partis politiques et syndicats) sous une même entité politique. C’est Jean Moulin lui-même qui en prend la présidence. La première réunion du CNR se déroule le 27 mai 1943, à Paris. Mais les conflits au sein de la Résistance ne s’atténuent pas. Certains espèrent même pouvoir évincer Jean Moulin.

L’arrestation de Caluire

Lorsque le chef de l’Armée secrète, le général Delestraint, est arrêté par l’occupant au début du mois de juin, Jean Moulin organise en urgence une réunion des responsables militaires à Caluire (Rhône). Le 21 juin 1943, six à sept policiers allemands de la Gestapo, emmenés par Klaus Barbie, font irruption sur le lieu de rassemblement. En quelques minutes, ils arrêtent neuf hommes parmi les plus hauts responsables de la Résistance : Henry Aubry et René Hardy (Combat), André Lassagne et Raymond Aubrac (Libération sud)… et Jean Moulin. Qui les a dénoncés ? La question fait toujours débat. Très rapidement soupçonné d’avoir "donné" la réunion de Caluire aux Allemands, René Hardy ser jugé à deux reprises après la guerre, en 1947 et en 1950. Blanchi les deux fois, au bénéfice du doute, il est décédé en 1987, dans sa 76e année.

Jean Moulin est emprisonné à Lyon et torturé pendant plusieurs jours par Klaus Barbie, chef de la Gestapo de Lyon. Jean Moulin ne parle pas. Il meurt lors de son transfert en Allemagne, dans un train aux environs de Metz, le 8 juillet 1943. Il était âgé d’à peine 44 ans.

Jean Moulin a fait preuve d’un courage et d’une détermination sans égal. De ce destin brisé, il reste l’aura d’un des plus grands nom de la Résistance que Malraux a su magnifier dans un discours mémorable à l’occasion du transfert des cendres présumées de Jean Moulin au Panthéon le 19 décembre 1964. 

Publié dans Articles de Presse

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