Histoire. Libération de Toulouse : quand la Gestapo sévissait au cœur de la Ville rose…

Publié le par Actu Toulouse par Pascal Pallas

Le 19 août 1944, Toulouse était libérée de l'occupation allemande et de plusieurs années de répressions. Parmi les tortionnaires : les sinistres effectifs de la Gestapo.

Cette maison bourgeoise à l’angle de la rue des Martyrs de la Libération et de l’avenue Frédéric-Mistral a été le siège de la gestapo à Toulouse de 1943 à 1944. (Archives Actu Toulouse)

Cette maison bourgeoise à l’angle de la rue des Martyrs de la Libération et de l’avenue Frédéric-Mistral a été le siège de la gestapo à Toulouse de 1943 à 1944. (Archives Actu Toulouse)

Une des pages les plus sombres de l’histoire de Toulouse s’est tournée les 19, 20 et 21 août 1944. En ces trois journées historiques, l’armée allemande a quitté la Ville rose, harcelée par les différents mouvements de résistance et rappelée au plus près des combats face à la coalition anglo-américaine débarquée en Normandie, le 6 juin précédent. 

Dans leurs bagages, les Allemands emportent les effectifs de la police politique du Troisième Reich d’Hitler, connue sous le sinistre nom de Gestapo. Soixante-seize ans plus tard, le souvenir de ces tortionnaires reste vivace dans la Ville rose. 

Le « petit château » du Busca

Sous les ordres d’un bureau central basé à Paris, la police secrète allemande était organisée en 17 divisions régionales appelées KDS pour Kommando der Sicherheitspolizei (commandement de la police de sûreté). Le KDS de Toulouse se met en place dès la fin de l’année 1942, après que les forces d’occupation ont envahi la zone libre, le 11 novembre, conséquence directe du débarquement allié en Afrique du Nord. 

Comme partout en France, la Gestapo investit plusieurs lieux confortables à Toulouse. Elle réquisitionne successivement divers bâtiments : 15 puis 2 rue Maignac, 9 rue Frédéric Mistral, 36 rue des Chalets, 49 rue Raymond IV et à l’hôtel de l’Ours Blanc, quartier Victor-Hugo. 

Son QG fut surtout au 2 rue Maignac (aujourd’hui rue des Martyrs de la Libération), dans la maison bourgeoise qui fait l’angle avec l’avenue Frédéric-Mistral. Appartenant aujourd’hui à un consortium de propriétaires privés, cette maison fut le principal site exploité par la Gestapo à Toulouse. Ici, elle a mené des interrogatoires musclés, torturé dans les caves et le grenier, et même, assassiné plusieurs résistants. Cinq corps ont d’ailleurs été retrouvés dans le jardin de la propriété à la Libération.

Le coup de filet contre la résistance en 1943

C’est ici aussi que fut torturé durant 43 jours, François Verdier, dit « Forain », chef régional des Mouvements Unis de la Résistance avant d’être tué en forêt de Bouconne en janvier 1944. 

François Verdier avait été arrêté dans la nuit du lundi 13 décembre 1943, lors de la plus grande opération de répression déclenchée contre la Résistance toulousaine et régionale. Bien renseignée, la Gestapo avait arrêté 26 résistants. Quasiment tout l’état-major des Mouvements Unis de Résistance est alors décimé. Tous seront torturés puis assassinés à Toulouse ou déportés en Allemagne aux camps de Ravensbruck, Buchenwald et Neuengamme.

100 « gestapistes basés » à Toulouse

D’après Jean Estèbe, auteur de l’ouvrage Les Juifs à Toulouse et en midi toulousain au temps de Vichy (PUF, 1996), l’antenne régionale de la Gestapo se composait, à son apogée de 192 personnes, dont 108 basées à Toulouse. Une trentaine de ses agents avaient été recrutée sur le sol français.  

Trois officiers se sont succédé à la tête du KDS de Toulouse : le capitaine Retzek jusqu’en juin 1943, le lieutenant-colonel Bilfinger du 15 juin au 10 décembre 1943 et le lieutenant-colonel Suhr de décembre 1943 à la Libération. 

Les missions principales de la Gestapo à Toulouse furent la traque des résistants, l’arrestation et la déportation de Juifs mais aussi la surveillance d’une partie de la frontière avec l’Espagne. Pour l’historien Jean Estèbe, le bilan des exactions est très difficile à établir :

    On connaît avec précision plusieurs de ces crimes grâce aux énormes archives du procès de 1953 où le tribunal militaire de Bordeaux jugea les membres du KDS de Toulouse après une instruction de trois années. Mais on ne voit ainsi que la partie supérieur de l’iceberg. En effet, bien que l’instruction ait été faite avec soin, elle a manqué cruellement de documentation écrite et n’a guère pu se fonder que sur des témoignages oraux. Or — et le magistrat instructeur en est bien convaincu — peu de Juifs sont revenus des camps. Le procès sous-estime donc quantitativement les torts subis par les Juifs. C’est ainsi que le tribunal a établi une liste de 79 Juifs déportés, alors que le long travail ultérieur de Serge Klarsfeld aboutit à des chiffres au moins vingt fois plus élevés. 

Le « raid » d’Henri Lafont à Toulouse

L’histoire locale de Toulouse se confond aussi avec l’histoire bien sombre de la Gestapo française autrement appelée « La Carlingue », pilotée par Henri Lafont et Pierre Bony depuis le fameux 93, de la rue Lauriston à Paris. 

C’est grâce à une opération menée à Toulouse qu’Henri Lafont, malfrat notoire recruté par la police allemande pour toutes sortes d’exactions, gagne définitivement la confiance des Allemands dès 1940. Sachant que ceux-ci recherchent activement un espion belge du nom de Lambrecht, il décide de le traquer à leur place.

Son réseau d’indicateur lui apprend que Lambrecht se cache à Toulouse. Lafont prend alors sa voiture, passe en zone libre, rejoint Toulouse, trouve Lambrecht et le ramène à Paris dans le coffre de son véhicule. Il le torture de ses propres mains pendant deux jours et deux nuits et obtient des aveux. Ils permettront l’arrestation de pas moins de 600 personnes…

Le gestapiste Pierre Loutrel recruté… par la Résistance 

Lafont à réussi ce « coup » grâce un renseignement de première main apporté par Adrien Estebeteguy, dit le Basque, un des nombreux bandits qu’il a fait libérer de prison pour l’aider à la « Carlingue ». 

En 1944, un autre truand sorti des geôles pour servir « efficacement » la Gestapo française, va également être mêlé à la vie toulousaine de l’époque. Non pas pour le compte de la Gestapo mais dans les rangs de … la Résistance. 

Ce personnage n’est autre que Pierre Loutrel dit « Pierrot le Fou », l’un des plus grands truands du XXe siècle et qui deviendra l’ennemi public numéro 1 pour sa participation au « Gang des tractions avants » dans l’immédiat après-guerre. 

Sentant le vent tourner, « Pierrot le Fou » juge opportun de rallier la Résistance au début de l’année 1944. Il aide un policier infiltré, le commissaire Sicard, à déjouer une opération de la Gestapo visant le réseau de résistance Morhange, basé à Toulouse. Dans la foulée, il prend contact avec ledit réseau et rencontre Pierre Rous, n° 3 devenu n° 1 du réseau à la suite de plusieurs arrestations. Pierre Rous recherche un homme de main pour exécuter un collaborateur : Jean Cavalerie, ancien de la Légion des Volontaires Français (LVF) qui a combattu aux côtés des nazis. 

Le 12 août 1944, Loutrel organise l’assassinat de Cavalerie à la terrasse du café des Sports qui se trouvait près du Monument aux morts. Il participe à la Libération de Toulouse les 19, 20 et 21 août 1944 puis gagne du galon : il est nommé lieutenant FFI sous le nom de Pierre Déricourt, le 24 août 1944. Renouant avec le banditisme quelques semaines plus tard, il est arrêté et brièvement incarcéré à la prison Saint-Michel.

Il meurt en 1946, après avoir été blessé lors d’un braquage. Il n’aura jamais été inquiété pour ses faits de collaboration. 

Publié dans Articles de Presse

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