Juan Carlos en exil : retour sur son règne en cinq phrases cultes

Publié le par L'Obs par Emmanuelle Hirschauer

VIDÉO. Avec le départ d’Espagne de l’ancien souverain, poursuivi par un scandale de corruption, une page se tourne. L’occasion de revisiter son règne à travers ses déclarations les plus marquantes.

Juan Carlos, à Majorque, le 1er avril 2018. (JAIME REINA / AFP)

Juan Carlos, à Majorque, le 1er avril 2018. (JAIME REINA / AFP)

Il a réussi, par un bref discours télévisé, à neutraliser une tentative de coup d’Etat en 1981, il a intimé à Hugo Chávez de se « taire » lors d’un sommet ibéro-américain en 2007, il a fait son mea culpa après les révélations de ses safaris au Botswana… : l’ex-roi Juan Carlos, qui a annoncé lundi qu’il quittait l’Espagne en raison des soupçons de corruption pesant sur lui, s’en va entaché d’un certain discrédit. Pourtant, des phrases cultes resteront dans les mémoires. Sélection.

Un coup d’Etat neutralisé

Son discours le plus mémorable reste forcément celui qu’il a prononcé à la télévision, dans la nuit suivant la tentative de coup d’Etat par le lieutenant-colonel Tejero, le 23 février 1981.

Alors âgé de 43 ans, le roi déclare fermement :

La couronne, symbole de la permanence et de l’unité de la patrie, ne peut tolérer, d’aucune manière, les actions ou les attitudes des personnes qui prétendent interrompre par la force le processus démocratique que la Constitution votée par le peuple espagnol détermina, en son temps, par référendum. »"

L’allocution a suffi à neutraliser la manœuvre, et cela vaudra au souverain aux nombreuses conquêtes féminines une immense popularité dans un pays où la monarchie est pourtant contestée.

« Pourquoi tu ne te tais pas ? »

« Pourquoi tu ne te tais pas ? », est une autre phrase devenue cultissime pour les Espagnols depuis 2007, date à laquelle, en clôture du sommet ibéro-américain, Juan Carlos la lance à un Hugo Chávez bouillonnant qui vient de qualifier José María Aznar – pourtant absent de cette réunion puisque plus en fonction de président du gouvernement – de « fasciste ».

Citons également ses plates excuses formulées à ses sujets, en 2012, alors que ces derniers découvrent que leur roi a participé à plusieurs safaris au Botswana :

Je regrette beaucoup : je me suis trompé et ça ne se reproduira plus. »"

Juan Carlos s’exprime avec un accent de candeur incroyable dont on doute qu’il ait totalement convaincu les Espagnols, que la monarchie commence à agacer.

« La justice est la même pour tout le monde »

Il faut dire que l’affaire Nóos, surgie en 2010, et qui a éclaboussé le gendre du roi, Iñaki Urdangarin, irrite les Espagnols au plus haut point. Depuis 2018, Iñaki Urdangarin purge une peine de prison pour détournement de fonds publics dans le cadre de ce dossier, mais dès 2011, le roi avait pris ses distances avec lui : « La justice est la même pour tout le monde », déclarait-il, faisant allusion à son gendre sans le nommer, lors de son traditionnel message de Noël.

« Je garderai toujours l’Espagne au plus profond de mon cœur »

Ironie du sort, c’est aujourd’hui Juan Carlos lui-même qui est soupçonné d’avoir perçu 100 millions de dollars de l’Arabie saoudite, et sa décision de fuir l’Espagne n’est sans doute pas étrangère au fait que la justice, en Suisse et en Espagne, enquête sur cette affaire. L’homme sait donc manier la contradiction.

« Je garde et je garderai toujours l’Espagne au plus profond de mon cœur », est la formule de conclusion de son règne, lors de son discours d’abdication, prononcé le 2 juin 2014. Savait-il à l’époque, qu’il devrait quitter le pays six ans plus tard, dans ce climat d’opprobre ?

Publié dans Articles de Presse

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