La présidentielle s’ouvre en Biélorussie, plusieurs figures de l’opposition interpellées

Publié le par Le Monde avec AFP

Les bureaux de vote ont ouvert dimanche matin pour l’élection présidentielle, qui voit l’indétrônable Alexandre Loukachenko affronter Svetlana Tikhanovskaïa, une opposante inattendue.

Maria Kolesnikova (à droite), soutien de la candidate de l’opposition Svetlana Tsikhanovskaïa (à gauche), le 23 juillet à Borissov (Biélorussie). VASILY FEDOSENKO / REUTERS

Maria Kolesnikova (à droite), soutien de la candidate de l’opposition Svetlana Tsikhanovskaïa (à gauche), le 23 juillet à Borissov (Biélorussie). VASILY FEDOSENKO / REUTERS

Les Biélorusses votaient dimanche 9 août dans une élection présidentielle opposant l’autoritaire Alexandre Loukachenko à une candidate inattendue qui a mobilisé les foules, malgré la répressbion. Le scrutin de dimanche, prévu jusqu’à 20 heures (19 heures à Paris), a été précédé d’un vote anticipé, dénoncé par l’opposition comme favorisant les fraudes. A 12 heures, les autorités faisaient part d’une participation de 50,3 %.

« Personne n’autorisera une perte de contrôle », a promis le président Loukachenko après avoir glissé son bulletin dans l’urne, affirmant qu’il n’y avait « aucune raison » que le pays soit plongé « dans le chaos ».

A Minsk, les mesures de sécurité ont été renforcées, des contrôles de police mis en place et la circulation limitée, tandis que des véhicules blindés et des militaires ont été déployés. L’accès à Internet a également été fortement limité, rendant impossible l’utilisation de certains réseaux sociaux, de messageries et la consultation de sites d’informations proches de l’opposition, mais aussi du site de la commission électorale.

Bracelets blancs

Le pouvoir biélorusse a redoublé d’efforts pour enrayer l’essor de Svetlana Tikhanovskaïa, arrêtant samedi des manifestants et la cheffe de son QG de campagne, interpellant brièvement, le même jour, une alliée de l’opposante et dénonçant un complot fomenté par l’opposition et des mercenaires russes.

Mais Svetlana Tikhanovskaïa, enseignante d’anglais de formation de 37 ans, a tenu bon, malgré la « peur » quotidienne, a-t-elle confié à l’AFP vendredi. Selon des médias russes et locaux, elle a a quitté son appartement samedi pour raisons de sécurité.

Dimanche, des partisans de l’opposition votaient munis de bracelets blancs, en signe de reconnaissance, à la demande de Mme Tikhanovskaïa, qui les a invités à envoyer des photos de leurs bulletins afin d’organiser un comptage indépendant.

Plusieurs interpellations

Maria Moroz, la cheffe de l’état-major de campagne de la candidate de l’opposition à la présidentielle, a été de nouveau arrêtée samedi. Elle « ne sera probablement pas libérée avant lundi », soit après le scrutin, a estimé Anna Krasoulina, la porte-parole de la candidate de l’opposition, ajoutant que la raison de son arrestation était inconnue.

Jeudi, Maria Moroz avait déjà été interpellée par des agents du ministère de l’intérieur, selon le quartier général de l’opposition, après s’être rendue à l’ambassade lituanienne à Minsk, avant d’être remise en liberté.

Samedi soir, une alliée de premier plan de Mme Tsikhanovskaïa a, à son tour, été appréhendée, puis relâchée, par la police, a annoncé une porte-parole. Il s’agit de Maria Kolesnikova, qui s’est rangée aux côtés de Svetlana Tsikhanovskaïa, a déclaré cette source. Elle était auparavant la directrice de campagne de Viktor Babaryko, un ancien banquier emprisonné alors qu’il souhaitait se présenter à la présidentielle.

Par ailleurs, un consultant politique, qui a travaillé pour des candidats à la présidentielle aux Etats-Unis et en Russie, est accusé en Biélorussie d’avoir aidé à organiser des manifestations et encourt jusqu’à trois ans de prison, a déclaré samedi son avocat. Vitali Shkliarov, 44 ans, est un chercheur de l’université Harvard, natif de Biélorussie mais basé à Washington et marié à une citoyenne américaine.

Des « fraudes éhontées » attendues

Depuis le printemps, à la suite d’une mobilisation inattendue en faveur de l’opposition, les autorités biélorusses ont multiplié les opérations contre les adversaires de M. Loukachenko.

Deux candidats potentiels à la présidentielle de dimanche ont notamment été incarcérés, amenant l’épouse de l’un d’entre eux, Svetlana Tsikhanovskaïa, à prendre le relais, rassemblant tous les détracteurs du chef de l’Etat biélorusse derrière elle et réunissant des foules d’une ampleur inédite à l’occasion de ses meetings.

M. Loukachenko a, quant à lui, dénoncé un complot réunissant opposants et mercenaires russes en vue de commettre un « massacre » pour tenter de déstabiliser son pays et de prendre le pouvoir. Il accuse aussi les Occidentaux, en particulier les Etats-Unis, de comploter contre lui. Svetlana Tsikhanovskaïa et Moscou ont qualifié les allégations du gouvernement de Biélorussie à leur encontre de mise en scène.

Dans un entretien vendredi avec l’AFP, la candidate de l’opposition a salué le « réveil » des Biélorusses, après plus d’un quart de siècle du régime d’Alexandre Loukachenko. Mais elle a dit aussi ne pas se faire d’illusions quant au résultat, car des « fraudes éhontées » ont déjà été perpétrées au moment du vote anticipé de mardi à samedi (environ un tiers des électeurs a déjà voté). D’autant que le nombre des observateurs indépendants a été réduit au minimum.

Face à ces « informations inquiétantes », la France, l’Allemagne et la Pologne ont appelé à un scrutin « libre et équitable ».

Publié dans Articles de Presse

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