Le leader de l’opposition russe, Alexeï Navalny, hospitalisé dans un état grave ; la France prête à l’accueillir

Publié le par Le Monde

L’avocat de 44 ans, devenu le principal opposant à Vladimir Poutine, aurait été empoisonné, d’après sa porte-parole. Selon les informations du « Monde », la France se dit prête à l’accueillir sur son territoire pour lui offrir des soins appropriés.

Alexeï Navalny, lors d’un rassemblement marquant le 5e anniversaire du meurtre de l’opposant à Poutine, Boris Nemtsov, à Moscou, le 29 février 2020. Shamil Zhumatov / REUTERS

Alexeï Navalny, lors d’un rassemblement marquant le 5e anniversaire du meurtre de l’opposant à Poutine, Boris Nemtsov, à Moscou, le 29 février 2020. Shamil Zhumatov / REUTERS

L’opposant politique russe Alexeï Navalny a été hospitalisé, jeudi 20 août, après avoir été empoisonné, selon sa porte-parole, qui s’est exprimée sur Twitter. Il est désormais inconscient, dans un état grave, et a été placé dans une unité de soins intensifs de l’hôpital d’Omsk, en Sibérie, selon l’agence de presse d’Etat TASS.

Navalny était dans un vol rejoignant Moscou depuis Tomsk, une ville de Sibérie, quand son état de santé s’est subitement dégradé. « Alexeï a été empoisonné, intoxiqué », et « se trouve désormais en soins intensifs », a écrit sa porte-parole, Kira Iarmich. « L’avion a fait un atterrissage d’urgence à Omsk. (…) Nous supposons qu’Alexeï a été empoisonné avec quelque chose de mélangé dans son thé. C’est la seule chose qu’il ait bue depuis le matin. Les médecins disent que la toxine a été absorbée plus rapidement par le liquide chaud », a poursuivi Mme Iarmich, qui précise que M. Navalny a été placé sous respirateur artificiel. « Nous avons exigé que la police vienne à l’hôpital », a-t-elle ajouté.

Dans une interview à Novaïa Gazeta, l’un des médecins traitants d’Alexeï Navalny, Iaroslav Achikhmin, a demandé son évacuation d’Omsk. Selon lui, il en va de sa survie, en raison des équipements limités de l’hôpital de cette ville de Sibérie. Cette évacuation permettrait aussi de savoir avec certitude s’il y a eu empoisonnement.

La France prête à l’accueillir

Selon les informations du Monde, la France se dit, par ailleurs, prête à accueillir Alexeï Navalny sur son territoire, en vue de soins nécessités par son empoisonnement allégué, d’après une source à l’Elysée. Les premières démarches, en ce sens, ont été entreprises en début d’après-midi jeudi, par l’intermédiaire de l’ambassade de France à Moscou. Pendant ce temps, l’épouse de l’opposant russe, Ioulia Abrasimova, essayait depuis plusieurs heures de parvenir dans sa chambre, dans l’établissement d’Omsk où il avait été conduit en urgence. Elle y est, finalement, parvenue.

Anastasia Vassilieva, la médecin personnelle d’Alexeï Navalny, arrivée également sur place, a lancé publiquement un appel aux autorités, via Twitter, pour favoriser son départ à l’étranger, en vue d’être correctement soigné dans un centre spécialisé. Plus tôt dans la journée, le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, avait déclaré que le Kremlin répondrait favorablement à une telle demande. Mais il semblait que l’hôpital lui-même, selon l’entourage de Navalny, refusait de donner les documents nécessaires à son transport.

Théories et rumeurs

Qu’est-il arrivé à M. Navalny ? Des images diffusées par les membres de son équipe l’ont montré évacué sur une civière sur le tarmac de l’aéroport d’Omsk. Dans une autre vidéo, tournée à bord de l’avion, on peut entendre des râles de douleur venant de sa place. Sur les réseaux sociaux, des théories circulent. Des dizaines de comptes mettent ainsi en avant la toxicomanie supposée d’Alexeï Navalny, qui n’a jamais été plus qu’une légende. Le quotidien Moskovski Komsomolets assure de son côté que « Navalny avait bu de l’eau-de-vie avant le vol ». Selon une source anonyme citée par l’agence de presse russe TASS, au sein des services de sécurité, la version de l’empoisonnement « n’est pas prise en compte ».

Un des médecins de l’hôpital central d’Omsk s’est adressé aux journalistes réunis devant l’établissement. Sans exclure l’hypothèse d’un empoisonnement, il a évoqué « d’autres causes possibles », sans donner plus de détails. Les praticiens de cet établissement ont retardé à plusieurs reprises leur lecture d’un premier diagnostic. Selon le médecin, l’état de M. Navalny est « stable » et les équipes de l’hôpital « font tout pour lui sauver la vie ».

Une plainte déposée

Son proche lieutenant, Leonid Volkov, a confirmé au Monde qu’une plainte avait été déposée au Comité d’enquête, à Moscou, pour des faits d’empoisonnement. La police et des membres du Comité d’enquête, chargé des importantes affaires criminelles, sont arrivés à l’hôpital d’Omsk, a annoncé Mme Iarmich.

Viatcheslav Guimadi, le directeur juridique du Fonds de lutte contre la corruption de M. Navalny, a écrit sur Twitter qu’il n’y avait « aucun doute que Navalny a été empoisonné pour ses activités et ses positions politiques ». Il a réclamé l’ouverture d’une enquête pour « tentative d’assassinat sur une figure publique ». Alexeï Navalny était à Tomsk pour son travail, a ajouté Kira Iarmich au micro de la radio Echo de Moscou.

Lors de son point presse quotidien, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a souhaité à Alexeï Navalny de se rétablir, « comme à n’importe quel citoyen ». Selon M. Peskov, Vladimir Poutine n’a pas été informé « spécifiquement » de l’hospitalisation de M. Navalny mais via sa revue de presse. Pour mémoire, durant son règne au Kremlin, M. Poutine n’a jamais consenti à prononcer le nom de l’opposant.

Interpellations et pressions régulières

Principal opposant au président Vladimir Poutine depuis l’assassinat de Boris Nemtsov en 2015, cet avocat de 44 ans, dont les publications anticorruption sont abondamment partagées sur les réseaux sociaux, a déjà souffert d’attaques physiques dans le passé. Il avait eu notamment les yeux aspergés par un produit désinfectant à la sortie de son bureau en 2017. Lors de l’une de ses dernières détentions, à l’été 2019, Navalny avait également accusé le pouvoir de l’avoir empoisonné, après l’apparition inexpliquée d’un gonflement des paupières et de multiples abcès au cou, au dos, au torse et aux coudes. Mme Iarmich a assuré être « sûre que la même chose est arrivée aujourd’hui ». « Ce sont des symptômes différents, manifestement un autre produit », a-t-elle précisé.

M. Navalny, ses partisans et leurs familles font régulièrement l’objet d’interpellations, de perquisitions et de pressions policières dans toute la Russie. Navalny a par ailleurs purgé de nombreuses peines de prison ces dernières années pour avoir organisé des manifestations, au point que la Cour européenne des droits de l’homme condamne ses placements en détention de 2012 et 2014, qu’elle a jugés politiquement motivés.

Publié dans Articles de Presse

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