Les manifestations se poursuivent en Biélorussie, Loukachenko s’est entretenu avec Poutine

Publié le par Le Monde avec AFP

Plusieurs milliers de manifestants étaient à nouveau rassemblés samedi à Minsk, la capitale de la Biélorussie, pour protester contre la réélection du président Alexandre Loukachenko.

Des manifestants rendent hommage, samedi 15 août, à Alexandre Taraïkovski, sur la place où il a été tué lors des récentes manifestations contre la réélection controversée du président Alexandre Loukachenko VASILY FEDOSENKO / REUTERS

Des manifestants rendent hommage, samedi 15 août, à Alexandre Taraïkovski, sur la place où il a été tué lors des récentes manifestations contre la réélection controversée du président Alexandre Loukachenko VASILY FEDOSENKO / REUTERS

Près d’une semaine après la réélection controversée du président Alexandre Loukachenko, les manifestations se poursuivent en Biélorussie, rassemblant toujours plus de monde, malgré la violente répression dont les opposants font l’objet. La principale candidate d’opposition, Svetlana Tikhanovskaïa, a de son côté appelé à des manifestations « pacifiques de masse » dans tout le pays pendant le week-end.

Plusieurs milliers de manifestants ont répondu à l’appel, samedi 15 août, à Minsk, la capitale de la Biélorussie. Des milliers de personnes se sont réunies autour de la station de métro Pouchkinskaïa, à l’ouest du centre de Minsk, pour rendre hommage à Alexandre Taraïkovski, un manifestant ayant trouvé la mort à proximité lors d’une manifestation lundi dernier.

« Non à la violence ! », « Vive la Biélorussie », scandaient les manifestants, portant des fleurs ou faisant le « V » de la victoire avec les doigts. Au même moment, entre 500 et 700 personnes sont réunies avec la famille du défunt autour de son cercueil, exposé dans un autre quartier de la capitale, selon une journaliste de l’Agence France-Presse sur place. La foule s’est ensuite dispersée pour se rendre à la station de métro Pouchkinskaïa.

Elena German, la compagne d’Alexandre Taraïkovski – mort lors des affrontements  – lors de ses funérailles à Minsk, en Biélorussie, samedi 15 août 2020. Sergei Grits / AP

Elena German, la compagne d’Alexandre Taraïkovski – mort lors des affrontements – lors de ses funérailles à Minsk, en Biélorussie, samedi 15 août 2020. Sergei Grits / AP

L’annonce, dimanche 9 août, de la réélection à un sixième mandat de M. Loukachenko, dirigeant autoritaire au pouvoir depuis 1994, a déclenché des manifestations quotidiennes, réprimées sans ménagement par les forces de l’ordre. Des milliers d’arrestations ont été rapportées, ainsi qu’un nombre inconnu de blessés et deux morts parmi les manifestants. Tous les témoignages dénoncent l’extrême brutalité de la répression menée par les forces spéciales du régime.

Loukachenko s’est entretenu avec Poutine

Côté biélorusse, Minsk s’est dit prêt à un « dialogue constructif » avec l’étranger, vendredi. Le président Alexandre Loukachenko s’est entretenu par téléphone samedi avec son homologue russe, Vladimir Poutine, a rapporté l’agence étatique Belta.

« Les présidents ont discuté de la situation en cours à l’intérieur et l’extérieur de la Biélorussie », a indiqué l’agence biélorusse Belta, sur sa chaîne Telegram, peu de temps après que le président Loukachenko a demandé à s’entretenir avec Poutine pour évoquer la « menace » visant, selon lui, son pays et « toute notre région ».

Le Kremlin, allié de Minsk, s’est dit samedi « confiant » dans une résolution rapide de la crise. « Les deux parties ont exprimé leur confiance dans une résolution prochaine des problèmes en cours » en Biélorussie, a rapporté dans un communiqué la présidence russe, après l’entretien téléphonique.

Après avoir commencé à relâcher des centaines de personnes arrêtées depuis lundi, Alexandre Loukachenko a appelé les forces de sécurité à une « certaine retenue ». Au cours d’une réunion gouvernementale, il a accusé la Pologne, les Pays-Bas et l’Ukraine d’être à l’origine des manifestations, ainsi que l’opposant russe Alexeï Navalny et l’organisation de l’ex-oligarque en exil Mikhaïl Khodorkovski. « Une agression est en cours contre notre pays ! », a soutenu le chef de l’Etat.

Situation « critique » selon Svetlana Tikhanovskaïa

Mme Tikhanovskaïa, elle, revendique la victoire à la présidentielle et demande au président Alexandre Loukachenko de céder la place. Cette novice en politique, qui avait pris la suite de son mari après son incarcération, a dénoncé des fraudes massives lors du scrutin, à l’issue duquel elle a officiellement recueilli 10 % des voix, contre 80 % pour le chef de l’Etat sortant.

En raison de pressions politiques, Mme Tikhanovskaïa a rejoint en début de semaine la Lituanie voisine et annoncé qu’elle ne participerait aux manifestations en cours dans son pays pour éviter toute « provocation » du pouvoir à Minsk. Elle dénonce une « vague [de répression] sanguinaire », juge la situation « critique » et appelle « le pouvoir à cesser cela et à passer au dialogue ». « Plus jamais les Biélorusses ne voudront vivre sous [ce] pouvoir », a-t-elle martelé.

L’Union européenne donne son feu vert à de nouvelles sanctions

Les ministres des affaires étrangères de l’Union européenne (UE) ont approuvé, vendredi 14 août, le principe de nouvelles sanctions contre la Biélorussie pour faire cesser la répression menée par le président Alexandre Loukachenko contre ses opposants, depuis sa réélection contestée à un sixième mandat.

« L’UE va maintenant lancer un processus de sanctions contre les responsables des violences, arrestations et fraudes liées à l’élection », a annoncé la ministre des affaires étrangères suédoise, Ann Linde, à l’issue d’une vidéoconférence avec ses homologues. Le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Clément Beaune, a assuré dans un message sur son compte Twitter le « plein engagement de la France sur le principe de sanctions individuelles ciblées et le soutien aux droits et aux libertés du peuple biélorusse ».

Une liste de personnes accusées d’avoir organisé et procédé aux répressions va être établie et elle sera soumise pour approbation aux Etats membres, cette décision n’étant pas du ressort des ministres.

Publié dans Articles de Presse

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