Pourquoi l'ancien roi d'Espagne, Juan Carlos, a décidé de quitter son pays

Publié le par Le Journal du dimanche par Anne-Charlotte Dusseaulx

L'ex-roi Juan Carlos, poursuivi par un scandale de corruption, a annoncé lundi quitter l'Espagne afin d'aider son fils Felipe VI à préserver l'image de la monarchie.

Juan Carlos, ici en mai 2019 avec la reine Sofia. (AFP)

Juan Carlos, ici en mai 2019 avec la reine Sofia. (AFP)

L'annonce a été faite lundi. Juan Carlos, 82 ans, a annoncé lundi sa décision de quitter l'Espagne à son fils, le roi Felipe VI, qui l'a acceptée et l'en a remercié dans un communiqué publié par la Maison Royale. "Guidé (...) par la conviction de rendre le meilleur service aux Espagnols, à leurs institutions, et à toi en tant que Roi, je t'informe de ma décision réfléchie de m'exiler, en cette période, en dehors de l'Espagne", écrit l'ancien souverain.

Il indique ne pas vouloir nuire à son fils. Juan Carlos explique à son fils sa décision par la volonté de "faciliter l'exercice de (ses) fonctions", devant "les conséquences publiques de certains événements passés de (sa) vie privée", une allusion transparente à l'enquête pour corruption ouverte contre lui en juin par le parquet de la Cour suprême. Elle se penche sur d'éventuelles malversations de l'ancien monarque, mais uniquement pour des faits commis après son abdication en 2014 quand il a perdu son immunité. L'avocat de Juan Carlos, Javier Sanchez-Junco, a tenu à préciser dans un communiqué que l'ancien monarque ne cherchait pas à échapper à la justice en s'exilant mais restait à la disposition du parquet. De son côté, le vice-président du gouvernement Pablo Iglesias a dénoncé sur Twitter une "fuite" que le chef du parti anti-monarchiste Podemos juge "indigne d'un ex-chef d'État".

100 millions de dollars au coeur de l'enquête. La justice - espagnole et suisse - cherche à établir si Juan Carlos s'est rendu coupable de corruption en recevant en 2008 de la part de l'Arabie saoudite une énorme commission. En 2018, deux sites Internet espagnols évoquaient des enregistrements réalisés à l'insu de son ancienne maîtresse, Corinna zu Sayn-Wittgenstein, dans lesquels cette dernière affirmait que Juan Carlos avait caché de l'argent à l'étranger, à Genève. Elle évoquait une histoire de contrat passé entre l'Espagne et l'Arabie saoudite : l'attribution par Riyad, en 2011, à un consortium d'entreprises majoritairement espagnoles, de la ligne de train à grande vitesse reliant La Mecque à Médine. Un marché de plus de 6 milliards d'euros, arraché par les Espagnols à la suite d'un rabais de 30% consenti à la dernière minute. La question : Juan Carlos aurait-il été remercié pour avoir convaincu ses compatriotes de baisser leur prix? 

De nouvelles révélations en mars dernier. Le 3 mars 2020, le quotidien suisse La Tribune de Genève titrait sur l'affaire. Selon le journal, les 100 millions ont été déposés sur un compte à la banque privée Mirabaud, située au cœur de Genève, qui est au nom de la fondation Lucum, une entité panaméenne fantôme dont Juan Carlos est l'unique bénéficiaire. Tous les ans, alors qu'il règne encore sur l'Espagne, le vieil homme puise dans sa cagnotte. Jusqu'en 2012, deux ans avant qu'il ne transmette le trône à son fils, quand il vide son compte genevois et verse une somme énorme, 65 millions d'euros, sur un autre compte situé sous le chaud soleil des Bahamas et détenu par Corinna Larsen, qui demande à se faire appeler Corinna zu Sayn-Wittgenstein, du nom de son second mari, Casimir. 

Un exil en République dominicaine ou au Portugal. Des médias espagnols spéculaient mardi sur l'arrivée de Juan Carlos en Républicaine dominicaine mais le Palais royal s'est refusé à communiquer toute information. Le site Internet du quotidien ABC, favorable à la monarchie, en a fait l'annonce puis El Mundo et la Vanguardia lui ont emboîté le pas et écrivent qu'il a l'intention de résider quelque temps chez des amis dans ce pays des Caraïbes. Mais le journal en ligne El Confidencial écrit qu'il pourrait se trouver au Portugal, où il passé sa jeune enfance, mais aussi en France ou en Italie, où il a des parents. De son côté, la reine émérite Doña Sofia, dont Juan Carlos vit séparé depuis longtemps, est toujours en Espagne, a appris l'AFP mardi de source proche du Palais royal.

Felipe VI souligne "l'importance historique" du règne de son père "au service de l'Espagne et la démocratie". Juan Carlos, choisi par Francisco Franco pour lui succéder, avait surpris après la mort du dictateur en 1975 ménageant une transition en douceur vers la démocratie avec son Premier ministre Adolfo Suárez. Il avait ensuite neutralisé une tentative de coup d'État en février 1981. Cela avait valu au souverain une immense popularité dans un pays où la monarchie est pourtant contestée. Mais son image avait été progressivement ternie par des rumeurs de corruption du monarque très proche des monarchies du Golfe. Depuis quelques mois, et face aux nouvelles révélations de presse, Felipe VI avait retiré à son père une dotation annuelle du Palais royal évaluée à plus de 194.000 euros par an. Puis il avait annoncé renoncer à l'héritage de son père "afin de préserver l'exemplarité de la Couronne".

Publié dans Articles de Presse

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