Une enquête ouverte après la découverte d’une inscription négationniste à Oradour-sur-Glane

Publié le par Le Monde avec AFP

Le mot « martyr » inscrit à l’entrée du Centre de la mémoire du village de Haute-Vienne, où 642 personnes ont été tuées en 1944, a été barré à la peinture blanche et accompagné du mot « menteur ».

Le Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane, près de Limoges, où 642 personnes ont été massacrées par des SS le 10 juin 1944. PASCAL LACHENAUD / AFP

Le Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane, près de Limoges, où 642 personnes ont été massacrées par des SS le 10 juin 1944. PASCAL LACHENAUD / AFP

Des inscriptions négationnistes ont été découvertes, vendredi 21 août, sur le Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), village martyr de la seconde guerre mondiale. Le président de l’institution, Fabrice Escure, a indiqué à l’Agence France-Presse (AFP) avoir porté plainte, et une enquête a été ouverte par le parquet de Limoges.

Le mot « martyr », figurant en lettres métalliques à l’entrée du lieu, a été rayé à la peinture et accompagné du mot « menteur ». Une bâche bleue recouvrait, samedi, d’autres inscriptions. Selon le journal Le Populaire du Centre, ces dernières feraient référence à « un révisionniste et à des théories qui régulièrement refont surface à propos du village martyr ».

Le 10 juin 1944, la division SS « Das Reich » a tué 642 villageois à Oradour-sur-Glane. Les Allemands avaient rassemblé les hommes dans les granges du village et les avaient fusillés. Ils avaient regroupé femmes et enfants dans l’église avant d’y mettre le feu. Le Centre de la mémoire, ouvert en 1996, explique aux visiteurs des ruines du village martyr – environ 300 000 personnes chaque année – le contexte du massacre.

Un « acte inqualifiable » selon Emmanuel Macron

Le ministre délégué aux transports, Jean-Baptiste Djebbari, ancien député de la deuxième circonscription de Haute-Vienne, s’est rendu sur place samedi en fin d’après-midi. « Le procureur est en charge de l’enquête, il a mobilisé des services importants (…) pour traquer ceux qui ont commis ces actes ignobles », a-t-il assuré devant la presse.

« Tout sera fait » pour poursuivre les auteurs des tags découverts, a réagi samedi Emmanuel Macron. Le président de la République « condamne avec la plus grande fermeté cet acte inqualifiable. Il apporte tout son soutien au maire et à la commune. Il leur assure que tout sera fait pour que les auteurs de cet acte soient traduits en justice », a communiqué l’Elysée.

Dans un Tweet, Jean Castex a assuré que tout était « mis en œuvre pour que les auteurs de ces actes infâmes en répondent devant la justice ». « J’ai appris avec colère et consternation la dégradation du Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane. Souiller ce lieu de recueillement, c’est aussi salir la mémoire de nos martyrs », ajoute-t-il. Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, évoque de son côté des « inscriptions négationnistes » sur Twitter et parle de « crachat sur la mémoire de nos martyrs ».

« On a l’impression d’avoir franchi un cran »

Si des vidéos négationnistes ont déjà circulé concernant Oradour-sur-Glane, de telles inscriptions n’avaient jamais été vues, a affirmé le maire d’Oradour-sur-Glane, Philippe Lacroix. « Il y a toujours une tentation de revisiter l’histoire », mais « les tags révisionnistes, ça n’a jamais été le cas », a fait savoir le maire.

« Ce coup-ci, on a l’impression d’avoir franchi un cran », a déploré de son côté le président du Centre de la mémoire. « Ce qui me choque, c’est que l’on ne prenne pas conscience que des enfants et des femmes ont disparu dans des douleurs atroces », a réagi Robert Hebras, 95 ans, dernier rescapé du massacre, auprès d’un correspondant de l’AFP.

« A Oradour, on se rend compte de ce qui s’est passé, comment les gens ont été froidement exécutés et brûlés. Ce que je crains, c’est que tout le monde parle d’Oradour durant quarante-huit heures et puis qu’on arrête, qu’on oublie », a-t-il poursuivi.

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