Cinéma. Delphine Seyrig, vampire sensuelle

Publié le par L'Humanité par Vincent Ostria

Les Lèvres rouges Harry Kümel (reprise) Belgique/France/Allemagne, 1971, 1 h 36. Réédition des Lèvres rouges, film belge légendaire pour sa classe et son élégance, transcendé par la fatale Delphine Seyrig.

Delphine Seyrig à son apogée, enjôleuse et étincelante. Malavida Distribution

Delphine Seyrig à son apogée, enjôleuse et étincelante. Malavida Distribution

En 1971, dix ans après l’Année dernière à Marienbad, d’Alain Resnais, Delphine Seyrig revient hanter un autre palace désert, cette fois en blonde fatale à la Marlène Dietrich. Ça se passe à Ostende à la fin de l’automne. Seyrig incarne une descendante de la comtesse hongroise Erzsébet Bathory – qui, disait-on, prenait des bains dans le sang de jeunes vierges. Dans cet hôtel où elle est descendue avec sa protégée, Ilona, la comtesse rencontre un couple de jeunes mariés, dont elle va faire ses proies.

Ce chef-d’œuvre atypique du genre, tourné en anglais sous le titre de Daughters of Darkness, plus connu sous celui des Lèvres rouges, avait été relégué aux oubliettes avant cette résurrection inespérée. Grâce au travail de restauration, on découvre intacte la beauté de Delphine Seyrig à son apogée, avec son interprétation enjôleuse et ses costumes étincelants. Cette version classieuse du mythe vampirique versant féminin n’est pas un simple film d’horreur kitsch, mais le chaînon manquant entre les classiques tardifs du genre produits par la Hammer, et les gialli italiens qui, à la même époque, apportaient un sang nouveau, pop et baroque, au thriller. Témoignent de cette proximité esthétique la partition entêtante de François de Roubaix, mais aussi une mise en scène précise et travaillée, aux qualités proprement hitchcockiennes.

Une séduction inexorable

Ce film à part, par ses origines et son contexte, est signé Harry Kümel, cinéaste belge flamand ayant peu tourné, qui fut aussi remarqué pour Malpertuis, film fantastique avec Orson Welles. Situé dans un contexte presque nordique, les Lèvres rouges évite la plupart des clichés folkloriques attachés au vampirisme (voix caverneuses, canines surdimensionnées, problèmes d’ail et de croix). Élégance suprême : même les morts violentes semblent y avoir une origine accidentelle.

Quant à la comtesse Bathory bis (Delphine Seyrig), vampiresse saphique, qui n’a rien de sadique en apparence, elle se contente de profiter des situations tragiques dont elle est plus ou moins la cause. Ce caractère aléatoire de l’horreur, succédané de la sensualité et de l’ambiance romantique, fait la beauté de ce film où les nuits sont bleues et les intérieurs rouges. À défaut de faire frémir, ce raffinement graphique et plastique revêt une séduction inexorable et permanente. Quand l’enfer devient une facette (indissociable) du plaisir.

Publié dans Articles de Presse

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