Mort d’Annie Cordy : chapeau, Tata Yoyo !

Publié le par Le Parisien par Eric Bureau avec Grégory Plouviez

La chanteuse et comédienne Annie Cordy est décédée ce vendredi en fin de journée à Vallauris (Alpes-Maritimes), près de Cannes, à l’âge de 92 ans.

 Annie Cordy, en décembre 1975 à l’Olympia. AFP

Annie Cordy, en décembre 1975 à l’Olympia. AFP

La dernière fois que nous avons rencontré Annie Cordy, il y a deux étés, sa ville natale de Bruxelles fêtait en grande pompe ses nonante années. Au milieu de la grand-place, à 90 printemps, on l'avait vue pour la première fois sangloter devant tant d'honneur. Comme à chaque fois, elle nous avait quittés dans son hôtel dans un éclat de rire. « On se retrouve pour mes 100 ans. A bientôt, les jeunes. Et profitez. Profitez de chaque instant! »

Mais elle n'a pas tenu sa promesse et ce vendredi soir, c'est elle qui nous a fait pleurer. Elle est décédée à 92 ans dans sa villa de Vallauris (Alpes-Maritimes), comme l'a révélé Nice-Matin. Appelés à 18h30 pour un malaise par sa nièce, Michèle, qui vivait avec elle, les pompiers n'ont pas réussi à la ranimer.

Annie Cordy, c'était le sourire du XXe siècle, les chansons qu'on reprenait tous à la fin des repas de famille. « Tata Yoyo » et son grand chapeau, « la Bonne du curé » « qui voudrait bien mais peut point », les nattes articulées de « Frida Oum Papa » et « Cho Ka Ka O » avec sa tasse sur la tête. « Mais je suis toujours restée Léonie Cooreman, avouait l'artiste née sous ce nom le 16 juin 1928 dans le quartier de Laeken. Je n'ai jamais oublié d'où je venais. Cooreman, ça veut dire l'homme de blé. A chaque fois que je voyageais, je disais à la douane : Je suis belge, je chante et je danse. Je dis toujours que la France est mon pays et la Belgique ma patrie. »

Enfant, son père menuisier et sa mère épicière l'ont fait chanter et danser pour fortifier leur fille de santé fragile. « Je n'ai pas été élevée dans du coton, dit-elle. Ma mère mesurait 1,50 m, ne savait ni lire ni écrire, mais c'était un drôle de pistolet, comme on dit en Belgique. Capable de m'envoyer dans une école de bonnes sœurs, avec prière à toute heure. Pas la peine d'aller à la messe ensuite. J'ai pris pour le restant de ma vie. »

Le patron du Lido a un coup de cœur en la découvrant au Bœuf sur le Toit, un cabaret de Bruxelles. Il la débauche et le 1er mai 1950, à 22 ans, elle débute comme meneuse de revue au Lido. Léonie devient Annie Cordy. Cette jolie blonde belge pleine d'énergie et d'humour est la Angèle de l'époque. Elle devient la starlette des opérettes avec Bourvil ou Luis Mariano et des comédies musicales (« Hello Dolly »), croise Henri Salvador, Louis de Funès, signe ses premiers tubes : « Bonbons Caramels », « La ballade de Davy Crocket »…

La reine du music-hall

Pas étonnant que ce vendredi soir Line Renaud soit une des premières à réagir sur Twitter. « Annie était mon amie de toujours. J'ai tellement de souvenirs à ses côtés. Nous avons tant ri toutes les deux. Ma peine est immense. Tu vas terriblement me manquer, ma Nini. »

Avec sa copine Line, Annie est dans les années 1950 et 60 la reine du music-hall, avec une corde en plus à son arc, la fantaisie, la chanson drôle. Quelle énergie ! On pourrait la surnommer Mademoiselle 10 000 volts. A la fin de sa carrière, elle comptera 10 000 galas. Et des chansons ? La légende en recense 700. Princesse des plumes et des boas, elle chante en 1956 au mariage princier de Grace Kelly et Rainier III de Monaco. Le tourbillon de la vie, de ses chansons et de ses chorégraphies la propulse dans une tournée triomphante à l'étranger. En 1976, avec « Nini la chance », elle crée plus qu'un spectacle : elle s'offre son surnom sur un plateau.

Après trente ans de carrière, c'est la seconde jeunesse. En 1980, elle a 52 ans quand elle signe le tube d'une vie. « Tata Yoyo ». A la télé, on ne voit qu'elle chez les Carpentier, Danièle Gilbert ou chez Drucker. Son sourire en bandoulière. Elle fait encore partie des « Enfoirés » en 2000. Quatre ans plus tard, elle est anoblie par le roi des Belges. On lui donne désormais de la Madame la baronne. Elle enregistre son dernier album, un disque de Noël en mode jazzy, en 2014. Mais elle tourne toujours beaucoup pour la télé et le cinéma.

« Mon secret de longévité, c'est le boulot, le boulot, le boulot », nous disait celle qui cachait derrière son esprit blagueur un perfectionnisme absolu. Depuis le décès de l'amour de sa vie, François Henri Bruno, dit « Bruno », en 1989, elle se reposait entre deux tournages à Vallauris avec sa nièce Mimi et ses deux caniches blancs comme coton, Fleecy et Fluffy.

En juillet 2018, on s'était dit qu'elle avait la mémoire qui flanchait un peu. Mais sur les noms, pas sur les sensations. « J'ai adoré travailler avec ces jeunes, nous disait-elle à propos de ses partenaires de chanson, de théâtre et de cinéma. Et les moins jeunes. Ce qui est formidable, c'est que tout le monde me connaît. Je suis là depuis toujours. » Et pour toujours.

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