Disparition d’Estelle Mouzin : Michel Fourniret transporté à Guermantes pour lever le mystère

Publié le par 20 Minutes par Vincent Vantighem

REPORTAGE Quasiment 18 ans après la disparition d’Estelle Mouzin, le tueur en série Michel Fourniret va être transporté dans le village de Guermantes, ce jeudi, pour tenter d’expliquer ce qu’il s’est réellement passé.

Guermantes, le 14 Octobre 2020. La rue où vivait Estelle Mouzin avant sa disparition en janvier 2003. — V. VANTIGHEM

Guermantes, le 14 Octobre 2020. La rue où vivait Estelle Mouzin avant sa disparition en janvier 2003. — V. VANTIGHEM

  • Acculé face à la juge Sabine Khéris, Michel Fourniret a fini par reconnaître il y a quelques mois être à l’origine de la disparition d’Estelle Mouzin, en janvier 2003.
  • Mais le tueur assure ne plus avoir de souvenirs de ce qu’il s’est réellement passé ni de l’endroit où il a pu enterrer le corps de la fillette. « Cela ne fait pas tilt », selon lui.
  • Pour tenter de faire avancer l’enquête, la justice a prévu d’amener, ce jeudi, le tueur en série sur les lieux de la disparition. Son ex-femme, Monique Olivier, doit aussi faire partie du voyage.

A Guermantes (Seine-et-Marne), « Nous serons exceptionnellement fermés… » Sur la devanture des rares commerces du centre de Guermantes (Seine-et-Marne), les affichettes ont été mises en évidence. Et mercredi matin, la police est passée aussi pour s’assurer que la directive avait bien été comprise. Pas question de prendre le moindre risque. Ce jeudi, Michel Fourniret doit être extrait de cellule et transporté sur les lieux de la disparition de la petite Estelle Mouzin pour tenter d’expliquer ce qu’il s’est réellement passé, il y a près de 18 ans.

Le 9 janvier 2003 exactement. Il gelait à pierre fendre quand la fillette de 9 ans est sortie de l’école. Elle a descendu l’avenue Marcel Proust, pris le raccourci entre les haies de sapins et de lauriers pour rejoindre la rue des Pies Vagabondes avant de retomber sur la place du Temps Perdu. Il était alors 18h30 quand elle a été aperçue pour la dernière fois devant la boulangerie, à dix minutes environ de chez elle. Nicolas ne peut pas s’en souvenir. Il n’a repris ce commerce qu’il y a quatre ans. « Mais je sais que cette affaire est un vrai traumatisme pour les gens d’ici, confie-t-il tout en sortant des baguettes du four. C’est toujours aussi fort. Toujours aussi vif. »

Capture des deux itinéraires possibles qu'Estelle Mouzin pouvait emprunter le 9 janvier 2003 pour rentrer chez elle. - CAPTURE GOOGLE

Capture des deux itinéraires possibles qu'Estelle Mouzin pouvait emprunter le 9 janvier 2003 pour rentrer chez elle. - CAPTURE GOOGLE

« Un soir où il faisait nuit noire et où il neigeait »

Ça l’est assurément pour Patricia. Ancienne voisine des Mouzin au moment des faits, cette retraitée de 66 ans ne peut retenir ses larmes alors qu’un rayon de soleil vient pourtant illuminer sa promenade matinale au milieu des arbres jaunis par l’automne. « Mes enfants jouaient de temps en temps avec Estelle. Et le soir des faits, ma fille était justement dehors toute seule avec le chien », sanglote-t-elle. A l’écouter, pas un jour ne se passe sans qu’elle ne ressasse cette affaire. Qu’elle se demande si la fillette est passée par la rue André Thierry ou par la promenade de la Belle Inutile pour rejoindre sa maison. Si elle a été kidnappée avant. Et surtout pourquoi personne n’a rien vu, rien entendu…

Guy Jelensperger, lui, n’est pas surpris. Dans son salon chargé de photos, de peluches et de souvenirs en faïences du paquebot France, l’ancien maire UMP décrit, sans détour, ce village qu’il a géré pendant plus de 20 ans. « C’est une cité de ‘’bobo bourgeois’’, caricature-t-il. Ce sont des gens qui rentrent chez eux et ne se soucient pas de leurs voisins ! Alors, imaginez un soir de janvier où il faisait nuit noire et où il neigeait ! »

Monique Olivier, la dernière chance de savoir ?

Aujourd’hui encore, le mystère reste entier. Mais les indices s’accumulent à l’encontre de Michel Fourniret. Il y a d’abord eu cet ancien collègue qui affirme l’avoir croisé dans le secteur à l’époque des faits. Ensuite, son ex-femme, Monique Olivier, a fini par anéantir l’alibi dont il disposait dans cette affaire. Et puis, surtout, il y a un ADN incomplet d’Estelle Mouzin qui a été découvert sur un matelas ayant appartenu au tueur en série. « Ça me fait mal au cœur de voir qu’il a fallu près de 20 ans pour trouver ces indices, s’énerve Patricia. Ça aurait peut-être changé le cours des choses… »

Peut-être… Pas sûr… Vieillissant, atteint par des troubles neurologiques, selon une expertise, « l’ogre des Ardennes » a fini par avouer les faits face à la juge Sabine Khéris. « Je reconnais quelqu’un qui n’est plus là par ma faute », a-t-il balancé quand elle lui a tendu une photo d’Estelle Mouzin. Mais il n’a rien lâché d’autre, sans que l’on sache s’il a vraiment perdu la mémoire ou s’il joue encore un mauvais tour afin de faire souffrir la famille de la fillette.

« Pour moi, il ne sait même plus où il habite !, assure un retraité de passage à Guermantes pour garder sa petite-fille. La seule chance de savoir, c’est que son ex-femme, Monique Olivier, se mette vraiment à parler. » Même si elle n’a, a priori, jamais mis les pieds à Guermantes, il est aussi prévu qu’elle participe à cette reconstitution ce jeudi. Et c’est la première fois qu’elle retrouvera son ex-mari depuis qu’elle l’a balancé. « On va rester cloîtrés », a déjà prévu Patricia. Pas par peur de l’ancien couple criminel. « Mais si je les croise, je serais capable de leur cracher au visage… », lâche-t-elle.

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