EDITORIAL. Oradour-sur-Glane : le reportage contre l’oubli

Publié le par Ouest-France par François-Xavier Lefranc

« Il faut parler encore et toujours d’Oradour-sur-Glane parce que le 21 août dernier, ce lieu de mémoire a été profané », rappelle François-Xavier Lefranc, rédacteur en chef à Ouest-France.

Les ruines du village martyr d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) brûlé et détruit le 10 juin 1944 par les nazis. Photo prise le 4 août 2020. | MARC OLLIVIER/OUEST-FRANCE

Les ruines du village martyr d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) brûlé et détruit le 10 juin 1944 par les nazis. Photo prise le 4 août 2020. | MARC OLLIVIER/OUEST-FRANCE

Stop ! Dans nos têtes ébouriffées au vent de l’actualité, la fièvre gagne. Le tourbillon des chiffres du virus et le tumulte des avis contraires sont assourdissants. Les joutes politiques en France, la crise économique, l’incertitude autour du Brexit, le tintamarre des élections américaines et les guerres renaissantes occupent l’attention. Cette actualité très dense nous interpelle et nous préoccupe. Mais aurions-nous déjà oublié des faits qui ont provoqué une vive émotion dans la France entière il y a un peu plus d’un mois ? Ils se sont produits à Oradour-sur-Glane, en Haute-Vienne.

Il faut parler encore et toujours d’Oradour-sur-Glane parce que le 21 août dernier, ce lieu de mémoire a été profané. Des pleutres, sinistres anonymes, ont barré le mot « martyr » pour le remplacer par le mot « menteur ». Sur le lieu du plus grand massacre de civils commis en France pendant la Seconde Guerre mondiale, les révisionnistes sont à la manœuvre pendant que nous sommes occupés à autre chose.

Pourquoi en reparler en ce début d’octobre alors qu’il y a tant à dire sur notre planète ? Pourquoi y revenir aujourd’hui dans Ouest-France avec un aussi long reportage (à retrouver dans la version numérique de notre journal) ? Parce que le fatras d’informations qui nous assaillent semble étouffer le silence assourdissant des ruines d’Oradour-sur-Glane, figées dans l’éternité. Nous ferait-il déjà oublier ces sourires pleins d’humanité, posés sur les pierres tombales du petit cimetière de la commune martyr ?

Comprendre l’innommable

Les faits : Le 10 juin 1944, les SS de la 2e division Das Reich massacrent 643 habitants du village. Des enfants et des femmes sont abattus ou brûlés vifs dans l’église, les hommes réunis par petits groupes le long des trottoirs ou dans des granges sont fusillés. Les meurtriers du 1er bataillon du 4e régiment de Panzergrenadier Der Fürher ont prémédité l’opération, avec l’aide de la milice. Ne l’oublions jamais.

Ouest-France est allé à la rencontre des habitants d’Oradour (1). Depuis 1944, des messages anonymes sont régulièrement envoyés pour salir la mémoire des victimes et contester les faits. Il faut visiter Oradour-sur-Glane pour comprendre l’innommable, cheminer dans ces ruines laissées en l’état par la volonté du Général de Gaulle pour conserver le souvenir des massacres. Il faut visiter le centre de mémoire qui rappelle la barbarie du 10 juin 1944.

Depuis cette terrible journée, un homme témoigne, sans faiblir. Robert Hébras, 95 ans, est le dernier survivant du massacre. Chaque jour de sa vie, il a pensé à ses chers disparus, sa mère, ses sœurs, son meilleur ami tombé à ses côtés sous les balles des SS : « Pourquoi lui et pas moi ? » Depuis, il se bat « pour que la mémoire continue et pour la réconciliation des peuples ».

Après la guerre, les dirigeants des anciens pays ennemis ont choisi de bâtir un avenir commun. La construction européenne a posé le socle d’une paix durable. Oui, l’Europe a permis la Paix. Mais n’oublions jamais Oradour-sur-Glane qui nous rappelle ce qu’est la guerre. Le révisionnisme doit être combattu sans relâche.

(1) Les textes et vidéos du reportage de Melissa Boufigi et Marc Ollivier peuvent être consultés sur le site ouest-france.fr

Publié dans Articles de Presse

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