Marseille commémore le 77e anniversaire des rafles

Publié le par La Provence par Laurence Mildonian

Les 22 et 23 janvier 1943, 6 000 Marseillais furent arrêtés, 1 642 déportés

Les familles napolitaines très pauvres du quartier Saint Jean furent regroupées place Gélu et rue de la Bonneterie.  Photo DR

Les familles napolitaines très pauvres du quartier Saint Jean furent regroupées place Gélu et rue de la Bonneterie. Photo DR

L'idée "d'épurer" les vieux quartiers avait germé bien avant ce 22 janvier 1943. Le régime de Vichy, occupant Marseille dès novembre 1942, avait demandé à des architectes d'imaginer un plan d'aménagement du quartier autour de l'hôtel de ville. Il fallait un prétexte pour lancer l'opération Sultan. Il fut tout trouvé avec les attentats menés le 3 janvier 1943 par la Résistance. Le 14 janvier, le général Karl Oberg, chef de la Gestapo, reprenait les mots d'Heinrich Himmler, un des plus hauts dignitaires du IIIe Reich, pour déclarer : "Marseille est un repaire de bandits internationaux. Cette ville est le chancre de l'Europe. Et l'Europe ne peut vivre tant que Marseille ne sera pas épurée."

Le 22 janvier au soir, le secrétaire général de la police, René Bousquet mettait à la disposition de l'occupant nazi 9 000 policiers pour fouiller les immeubles autour du Vieux-Port, côté mairie. Le lendemain, à sa demande, la rafle était étendue au quartier de l'Opéra, où vivaient 250 familles juives. En deux jours, 40 000 personnes furent contrôlées et 25 000 évacuées. Sur les 6 000 arrestations opérées, 1 642 Marseillais rejoignirent les Baumettes, avant d'être déportés. Parmi eux, 782 juifs quittèrent la gare d'Arenc dans des wagons à bestiaux vers Compiègne avant d'être déportés au camp de Sobibor en Pologne. Aucun n'en reviendra.

1 494 bâtiments furent dynamités par les artificiers allemands

Environ 12 000 autres Marseillais furent envoyés à Fréjus, soumis à l'expertise de la "commission de criblage" : 200 juifs habitant autour de la rue de la République, furent déportés au camp d'Oranienburg-Sachsenhausen, en Allemagne, comme 600 habitants qualifiés de "suspects" par les nazis, au prétendu motif qu'ils étaient des étrangers en situation irrégulière, repris de justice, tziganes, vagabonds, personnes dépourvues de cartes d'alimentation, homosexuels ou résistants. Il s'agissait en réalité d'ouvriers, petits commerçants, pêcheurs, navigateurs, appartenant à des familles italiennes, corses, grecques et espagnoles, installées depuis des décennies dans les quartiers de Saint-Jean et de l'hôtel de ville. Seule une centaine d'entre eux survivront.

Ceux qui purent revenir à Marseille ne furent autorisés à vider que très vite leur logement, souvent saccagé et pillé. Car dès le 1er février, la phase finale du plan d'épuration destiné à raser 14 000 hectares était lancée : pendant dix-sept jours, 1 494 bâtiments furent dynamités par les artificiers allemands. Seuls furent préservés l'hôtel de ville, l'église Saint-Laurent, les bâtiments de la douane et de la consigne sanitaire, l'hôtel de Cabre et la Maison diamantée.

Hommages

Le collectif Saint-Jean 24 janvier 1943 organisera samedi une cérémonie en hommage aux 20 000 personnes évacuées ce jour-là dans le quartier Saint-Jean dont 12 000 auraient transité par le camp de rétention de Fréjus et 800 déportées en Allemagne. La cérémonie se tiendra devant la stèle du souvenir inaugurée en octobre dans la cour de l'église des Accoules. Le lendemain, ce sont les autorités et associations qui commémoreront les rafles du Vieux-Port et de l'Opéra à 10 h devant le monument de la Déportation place du 23-Janvier-1943 Fortuné-Sportiello (2e), au pied de l'Intercontinental et à 11 h sur le parvis de l'Opéra municipal, place Ernest-Reyer (1er).

Enfin, le 27 janvier sera célébrée la Journée internationale des victimes de l'Holocauste et quelques jours plus tard, le 2 février, un hommage sera rendu à Albert Veissid, rescapé d'Auschwitz disparu à 94 ans au mois de septembre 2019, à la synagogue d'Allauch.

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