PORTRAIT. Qui était Ruth Bader Ginsburg, la doyenne de la Cour suprême américaine ?

Publié le par Ouest-France par Carine Janin

Morte ce vendredi 18 septembre 2020 à 87 ans, Ruth Bader Ginsburg était la doyenne de la Cour suprême américaine. Championne des droits des femmes, mais aussi des minorités ou encore de l’environnement, elle était devenue une icône de la gauche américaine. Son décès ouvre une bataille de succession et secoue la campagne pour l’élection présidentielle américaine.

Ruth Bader Ginsburg, à la Cour suprême en 2018. | AFP

Ruth Bader Ginsburg, à la Cour suprême en 2018. | AFP

Elle avait un style plutôt "old school". Colliers de perles, chignon bas et gants en dentelles. Mais ses idées étaient si progressistes qu’elle était devenue, depuis une dizaine d’années, l’objet d’un culte notamment auprès des jeunes.

Championne des droits des femmes, la juge à la cour suprême Ruth Bader Ginsburg, morte vendredi 18 septembre à l’âge de 87 ans, avait aussi épousé la défense des homosexuels, des migrants ou encore de l’écologie. Pour la jeunesse, elle était "Notorious RBG", en référence à un rappeur assassiné en 1997,  "Notorious BIG". Et sa frêle silhouette décorait des tee-shirts, des mugs que l’on s’arrachait.

Pour la jeunesse, Ruth Bader Ginsburg était « Notorious RBG », en référence à un rappeur assassiné en 1997, « Notorious BIG » | REUTERS

Pour la jeunesse, Ruth Bader Ginsburg était « Notorious RBG », en référence à un rappeur assassiné en 1997, « Notorious BIG » | REUTERS

Une militante

RBG est née le 15 mars 1933 dans une famille juive à Brooklyn. Sa mère l’encourage à poursuivre ses études à l’université, dont les filles sont habituellement exclues. "Elle m’a dit de devenir une" "lady", avait-elle rapporté de sa voix fluette. "Et pour elle, ça voulait dire être soi-même et indépendante."

À l’université, elle rencontre Martin Ginsburg, qui deviendra son mari, avec lequel elle aura deux enfants, et un avocat fiscaliste réputé. Il cuisine, s’occupe des enfants. "La chose remarquable avec Marty, retiendra-t-elle, c’est qu’il aimait que j’ai un cerveau".

En 1956, elle entre à la prestigieuse université de Harvard, où elle n’est que l’une des neuf femmes sur quelque 500 étudiants en droit. Elle finira son cursus à Columbia, major ex aequo de sa promo.

Mais à sa sortie, elle peine à trouver un emploi dans un cabinet d’avocats de New York refusent. "J’avais trois choses contre moi. Un, j’étais juive. Deux, j’étais une femme. Mais, le plus grave, c’était que j’étais la mère d’un enfant de 4 ans." Elle ne cessera de "se heurter à un plafond de verre lié à son sexe", rapporte Le Monde.

Ces batailles alimenteront son militantisme acharné des droits des femmes. Entre 1972 et 1978, elle qui a fondé la première revue juridique exclusivement consacrée aux droits des femmes plaide dans six affaires de discrimination basée sur le sexe devant la Cour suprême, et en remporte cinq.

En avril 1980, elle est nommée par le président Jimmy Carter à la prestigieuse cour d’appel du district de Columbia, considérée comme une antichambre de la Cour suprême.

Malgré des sensibilités politiques aux antipodes, elle y liera une profonde amitié avec le juge conservateur Antonin Scalia, avec lequel elle partage notamment la passion de l’opéra.

Deuxième femme à la plus haute cour

Treize ans plus tard, elle revient à la Cour suprême, en tant que juge cette fois. Nommée par le président démocrate Bill Clinton, confirmée par le Sénat à une majorité écrasante, elle devient la deuxième femme à siéger à la haute cour avec Sandra Day O’Connor.

Veuve depuis 2010, de plus en plus voûtée dans son fauteuil, Ruth Bader Ginsburg continuera de siéger à la Cour suprême, malgré les pépins de santé qui s’accumulent : quatre cancers en tout.

En 2019, pour la première fois en un quart de siècle, elle manque des séances de la Cour suprême, après s’être fait retirer des nodules cancéreux, puis à cause d’un problème gastrique. C’est finalement un cancer du pancréas qui l’a emportée.

Depuis l’annonce de son décès vendredi, c’est une pluie d’hommages. "Chaque femme, chaque fille, chaque famille en Amérique a bénéficié de son intelligence éclatante", a déclaré la chef des démocrates au Congrès, Nancy Pelosi.

L’annonce de la mort de Ruth Bader Ginger a généré un afflux d’hommages. Sur les marches de la Cour suprême à Washington aux États-Unis, des dizaines d’anonymes sont venus se recueillir. | AFP

L’annonce de la mort de Ruth Bader Ginger a généré un afflux d’hommages. Sur les marches de la Cour suprême à Washington aux États-Unis, des dizaines d’anonymes sont venus se recueillir. | AFP

Bataille de succession

Sa disparition ouvre une bataille de succession qui devrait peser lourdement sur l’élection présidentielle américaine. Elle pourrait avoir un impact majeur sur la composition de la cour suprême, arbitre de tous les grands dossiers sociétaux américains (notamment l’avortement, l’égalité entre les sexes, la liberté religieuse ou le port des armes). Les conservateurs disposent déjà d’une courte majorité de 5 juges contre 4.

Selon la radio NPR, Ginsburg a dicté ses dernières volontés à sa petite fille, Clara Spera quelques jours avant sa mort : "Mon vœu le plus cher est de ne pas être remplacée avant qu’un nouveau président ait pris ses fonctions." Soit après le 3 novembre prochain.

"J’avancerai vite", a dit au contraire Donald Trump sur une radio conservatrice, qui a quand même salué une "géante de la loi". Soucieux de galvaniser les électeurs de la droite religieuse, le président américain en campagne a depuis publié une présélection de candidats, des juges conservateurs, pour la plupart opposés à l’avortement et favorables au port d’armes. Une telle nomination serait un coup dur pour les progressistes, faisant basculer durablement l’équilibre de l’institution au profit des conservateurs.

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