Quand Michel Fourniret travaillait comme fraiseur dans l'Indre

Publié le par La Nouvelle République par Jean-Luc Pavot, Journaliste, rédaction de Châteauroux

Le tueur en série était fraiseur à la fin des années 1960 dans un village de l’Indre. Ce professionnel irréprochable laissait entrevoir des zones d’ombre.

Le tueur en série Michel Fourniret a vécu et travaillé à Martizay de 1967 à 1970. Celles et ceux qui l’ont connu se souviennent. © (Photo archives)

Le tueur en série Michel Fourniret a vécu et travaillé à Martizay de 1967 à 1970. Celles et ceux qui l’ont connu se souviennent. © (Photo archives)

Sur les ondes nationales, ce lundi, le déplacement dans les Ardennes de Michel Fourniret et de Monique Olivier pour les besoins d’une enquête fleuve, fait la une. La disparition d’Estelle Mouzin dont le tueur en série a avoué le meurtre est au cœur de cette opération (1). Une habitante de Martizay (Indre) – qui a souhaité garder l’anonymat – confie : « Dès que j’entends son nom à la radio ou à la télévision, je tends l’oreille. » Et pour cause : ce tueur en série, aujourd’hui âgé de 78 ans, a demeuré de 1967 à 1970, dans ce petit village indrien. « Il était fraiseur chez Catoire », dit-elle. Une entreprise dirigée à l’époque par le grand-père de l’actuelle dirigeante (lire son témoignage par ailleurs).

« J’en étais même tombée amoureuse » À Chaillac, à quelques kilomètres dans le sud de l’Indre, Gérard Vioux confirme ces propos : « Nous travaillions, alors, à deux mètres l’un de l’autre. J’étais tourneur ajusteur et lui, fraiseur. » Cet ancien collègue évoque, même « un excellent professionnel, mais peu communicatif, taciturne ». « Assez froid », ce qui ne l’empêchait pas, de temps à autre, « de prendre un café avec des collègues ». Et puis, « il fumait beaucoup » et aimait potasser des bouquins professionnels. « Il m’en avait d’ailleurs prêté un, rempli de formules et dans lequel j’ai même retrouvé deux feuillets lui appartenant. » L’un étant une commande « à M. Fourniret » et l’autre « un reçu pour solde de tous comptes, avec son adresse à Sedan, la date du 7 novembre 1966 et sa signature ».

Gérard Vioux se souvient également d’un matin, à l’embauche de 4 h. « Il avait ouvert le coffre de sa Citroën (un break ID19) devant moi et j’ai aperçu un gros magnétophone avec plein de câbles. Devant ma surprise, il m’avait expliqué qu’il aimait enregistrer la nuit, le bruit des animaux. » Vrai ou faux ? Gérard ne le saura sans doute jamais… Comme les raisons de cet appel téléphonique, également à 4 h, « d’une femme demandant si Michel était bien là. Je lui avais répondu par l’affirmative et elle m’avait aussitôt raccroché au nez. J’avais rapporté cela à l’intéressé qui m’avait dit d’un ton sec, de laisser tomber. »

De petites scènes de la vie quotidienne qui allaient prendre une tout autre dimension, lorsque les sordides agissements de ce collègue allaient progressivement se révéler… Notamment, « l’histoire de cette jeune fille qu’il avait abordée à Martizay, en baissant la vitre de sa voiture ». Effrayée par les propos, l’enfant avait prévenu ses parents, « mais l’affaire n’avait pas été plus loin ». Personne ne pouvant alors imaginer ce qui allait ensuite survenir.

Pas même cette épicière, jeune à l’époque, chez qui Fourniret venait faire, de temps à autre, quelques emplettes. « Il était poli, avait-elle confié, en 2004 à La Nouvelle République, et semblait instruit. On le sentait alors très seul et petit à petit, j’en étais même tombée amoureuse… Comment imaginer qu’un tel homme ait pu ensuite, commettre de telles atrocités. »

Le collègue taciturne qui avait prêté son livre et séduit la jeune épicière était devenu le monstre que l’on connaît, ne laissant plus aucune compassion aux habitants de ce paisible village des rives de la Claise.

(1) Des traces ADN de cette enfant ont été retrouvées sur le matelas de la compagne de Fourniret qui a ensuite laissé entendre qu’il pouvait être à l’origine de sa mort après son enlèvement à Guermantes (Seine-et-Marne).

Un tueur sur la route

Michel Fourniret naît en 1942 à Sedan (Ardennes) et connaît une enfance bousculée. Chétif mais jugé intelligent, il songe au séminaire puis apprend le métier de tourneur fraiseur.

Précocement marié, il est entendu en 1966 pour attouchements sur une mineure qu’il avait convaincue de monter dans sa voiture au prétexte de le guider. Ce mode opératoire sera reproduit à de nombreuses reprises. Michel Fourniret est condamné pour la première fois en 1967. Sa première femme obtient le divorce.

C’est à cette époque qu’il rejoint l’Indre où son employeur, Georges Catoire, ouvre un site de production. En mars 1984, il est incarcéré pour une dizaine d’agressions et de viols sur mineures et condamné en juin 1987 à sept ans de prison, dont deux avec sursis. Il correspond avec Monique Olivier à cette époque avant d’être libéré à l’automne par effet des remises de peine et pour « conduite exemplaire ». Quinze années d’errance criminelle vont les lier, soutenus matériellement par la spoliation du butin du « gang des postiches » dont il s’empare par ruse et après élimination de son informatrice.

En juin 2003, Fourniret est arrêté en Belgique alors qu’il tente de rattraper une proie. Il a été depuis condamné pour cinq meurtres et deux assassinats. Il en avoue onze dont celui d’Estelle Mouzin. Sa responsabilité est supposée dans d’autres affaires. La mystérieuse disparition en 1980 dans l’Isère de Sylvie Jacob, une jeune femme de Tournon-Saint-Martin (Indre), pourrait ouvrir un nouveau chapitre à ce sinistre itinéraire.

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