Ramona Dominguez Gil, victime jusqu’ici ignorée du massacre d’Oradour-sur-Glane

Publié le par Le Monde avec AFP

La « redécouverte » de cette réfugiée espagnole, qui tient aux travaux d’un universitaire espagnol, fait passer le bilan des victimes du massacre de la seconde guerre mondiale à 643.

STEPHANE MAHE | Crédits : AFP

STEPHANE MAHE | Crédits : AFP

Elle s’appelait Ramona Dominguez Gil. Son nom vient de rejoindre, soixante-seize ans après, celui des victimes du massacre d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), village martyr de la seconde guerre mondiale. Avec la découverte de cette réfugiée espagnole qui était passée à travers les registres, le bilan est officiellement passé de 642 à 643 morts.

A la suite d’un « jugement déclaratif de décès » du tribunal de grande instance de Limoges en décembre 2019, son nom a été officiellement ajouté, a déclaré Claude Milord, président de l’Association nationale des familles des martyrs d’Oradour, confirmant une information de Ouest-France.

La « redécouverte » de Ramona Dominguez tient aux travaux d’un universitaire espagnol, David Ferrer Revull, qui a effectué, notamment dans les archives départementales de la Haute-Vienne et des familles, des recherches sur les réfugiés espagnols dans la région – ils étaient une vingtaine à Oradour-sur-Glane au moment du massacre.

Ramona Dominguez Gil, une septuagénaire originaire d’Aragon, avait suivi en France son fils fuyant le franquisme, et la famille – avec sa belle-fille et trois petits-enfants – était hébergée dans une maison d’Oradour. Il a bien été établi que « toute la famille avait été décimée dans le massacre », mais pour une raison inconnue la septuagénaire « n’a pas été répertoriée dans la liste des victimes » par la suite, selon le jugement du tribunal, dont l’Agence France-Presse (AFP) a eu copie.

D’autres oubliés des registres

A la suite des recherches de M. Ferrer Revull, un dossier a été monté avec les archives départementales et le tribunal de Limoges a établi un jugement déclaratif du décès de Mme Dominguez, à 72 ans le 10 juin 1944, faisant passer le bilan des victimes à 643, a expliqué M. Milord. Il espère récupérer une photo de Mme Dominguez pour la galerie Visages d’Oradour, où plus de 500 portraits sur porcelaine permettent depuis 2018 aux visiteurs du site de voir les visages des martyrs. Plus d’une centaine de photos n’ont pu être récupérées.

Le 10 juin 1944, la division SS Das Reich avait rassemblé les hommes d’Oradour dans les granges du village et les avait fusillés. Ils avaient regroupé femmes et enfants dans l’église avant d’y mettre le feu. Un centre de mémoire, ouvert en 1996 non loin des ruines du village martyr, accueille environ 300 000 visiteurs chaque année.

Selon M. Milord, « il est probable qu’il y ait d’autres personnes mortes dans le massacre mais oubliées des registres », étant donné « les moyens d’investigation et d’archives, qui n’étaient clairement pas les mêmes à l’époque », et les divers statuts : « Il y avait des réfugiés, des gens de passage à Oradour, des gens qui se cachaient, des réfractaires au STO [service du travail obligatoire]… »

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article