Seconde Guerre mondiale : il y a 80 ans, l’entrevue de Montoire entre Pétain et Hitler

Publié le par Sud Ouest par Cathy Lafon

DANS LE RETRO – Le 24 octobre 1940, Pétain rencontre le chancelier Hitler dans la petite gare de Montoire-sur-le-Loir (Loir-et-Cher). Par une poignée de main symbolique, le vieux maréchal montre qu’il "entre dans la voie de la collaboration".

La poignée de main entre Philippe Pétain et Adolf Hitler le 24 octobre 1940 à Montoire. À l'arrière plan, le Dr. Schmidt, interprète de Hitler et sur la droite, von Ribbentrop, ministre allemand des Affaires étrangères. © Crédit photo : Wikimedia Commons / Source Bundesarchiv, Bild

La poignée de main entre Philippe Pétain et Adolf Hitler le 24 octobre 1940 à Montoire. À l'arrière plan, le Dr. Schmidt, interprète de Hitler et sur la droite, von Ribbentrop, ministre allemand des Affaires étrangères. © Crédit photo : Wikimedia Commons / Source Bundesarchiv, Bild

Le 24 octobre 1940, Philippe Pétain, chef de l’État français, rencontre Hitler dans la petite gare de Montoire-sur-le-Loir.

Préparée par Laval

La France est entrée en guerre le 3 septembre 1939, deux jours après le déclenchement du second conflit mondiale par l’attaque de la Pologne par l’Allemagne nazie. Envahi en six semaines par les armées hitlériennes, le pays s’est résigné à l’occupation de la plus grande partie de son territoire. Par la convention d’armistice du 22 juin 1940, le gouvernement du Maréchal Pétain, établi à Vichy, s’est vu reconnaître une autonomie de façade sur le reste du territoire : c’est la "zone libre".

La rencontre de Montoire entre Pétain et Hitler avait été longuement préparée par celle du ministre français des Affaires étrangères et vice-président du Conseil, Pierre Laval, avec l’ambassadeur d’Allemagne, Otto Abetz. Une autre rencontre avec Hitler et Ribbentrop, le ministre allemand des Affaires étrangères, qui s’était tenue deux jours auparavant au même endroit, avait posé les bases d’un dialogue entre la puissance occupante et le régime de Vichy.

Poignée de main historique avec Hitler

Le Führer revient en train de Hendaye, dans les Pyrénées-Atlantiques, près de la frontière franco-espagnole, où il est allé rencontrer la veille, le 23 octobre, le Caudillo Franco, dans le but d’entraîner l’Espagne dans la guerre.

Les débats se déroulent dans la voiture personnelle du Führer, après une poignée de main très médiatisée, échangée sur un quai de la gare entre lui et Pétain. Aucun compte rendu officiel de ces débats ne sera publié, mais on sait que seul le principe de la collaboration entre la France vaincue et l’Allemagne triomphante, y fut établi, sans qu’aucun engagement fût pris d’aucune part. 

Pétain engage le régime de Vichy dans la collaboration

L’entrevue entre le Pétain et Hitler fait les gros titres de la presse française. Le vieux maréchal s’en explique à la radio, comme à son habitude, quelques jours plus tard, le 30 octobre 1940 :

    C’est dans l’honneur et pour maintenir l’unité française, une unité de dix siècles, dans le cadre d’une activité constructive du nouvel ordre européen, que j’entre aujourd’hui dans la voie de la collaboration (…) . Cette collaboration doit être sincère…

Dans ce discours radio-diffusé, où il s’efforce de montrer qu’une nouvelle ère s’ouvre pour la France – de nation vaincue, elle doit, selon lui, accéder à un statut respectable en devenant le partenaire du vainqueur, dans le cadre du nouvel ordre européen dicté par l’Allemagne nazie -, Pétain engage personnellement et officiellement le régime de Vichy dans la collaboration. La "zone libre" sera à son tour envahie par la Wehrmacht le 11 novembre 1942, suite au débarquement anglo-saxon en Afrique du Nord, ce qui réduit à presque rien les marges de manoeuvre du gouvernement de Vichy.

Dans la mémoire collective, Montoire a, par la suite, pris une dimension symbolique comparable à l’appel du 18 Juin du général de Gaulle, où ce dernier appelait à poursuivre le combat au micro de la BBC.

Pourquoi la gare de Montoire ?

Parce que le ministre allemand circule en train et que cette gare est proche de la ligne de démarcation. Par ailleurs, elle est à l’écart de toute agglomération, ce qui facilite sa protection. Enfin, la présence à proximité d’un tunnel permet de mettre le train officiel à l’abri d’une éventuelle attaque aérienne.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article