Spoliation des gens du voyage pendant la Seconde Guerre mondiale : une Sarthoise demande réparation

Publié le par France Bleu par Bertrand Hochet, France Bleu Maine, France Bleu

Le Conseil d'Etat rend sa décision ce vendredi 25 septembre au sujet des biens perdus par les gens du voyage lors de leur internement pendant la Seconde Guerre mondiale. Une Sarthoise a saisi la juridiction pour "rupture d'égalité". Contrairement aux Juifs, les Tziganes n'ont pas obtenu réparation.

Henriette Théodore, 88 ans, s'est rendue au Conseil d'Etat à Paris le 9 septembre 2020. © AFP - Christophe Archambault

Henriette Théodore, 88 ans, s'est rendue au Conseil d'Etat à Paris le 9 septembre 2020. © AFP - Christophe Archambault

C'est une page de l'histoire de France qui n'est pas très connue. Pendant la Seconde Guerre mondiale, plus de 6.000 gens du voyages - des "nomades", comme on les appelait à l'époque - ont été internés dans une trentaine de camps, dont ceux de Coudrecieux et de Mulsanne en Sarthe. Ils ont alors tout perdu : leurs roulottes, leurs habits, toutes leurs affaires. Comme par exemple la famille Théodore, arrêtée au Mans en juillet 1941, suite à une lettre de dénonciation. "Ils ont tout laissé sur place", raconte Sandra Théodore. "Leurs outils de travail, en tant que commerçants ambulants, leurs roulottes qui étaient leur logement, leur vaisselle, leurs bijoux. Lorsqu'ils ont été libérés, le 20 juin 1945, ils n'ont jamais retrouvé leurs effets personnels". 

Les gens du voyage, "oubliés" par l'Etat  

En 1999, le gouvernement organise l’indemnisation des victimes de spoliations pendant la Seconde Guerre mondiale. Les Français de confession juive obtiennent réparation. Mais pas les gens du voyage, qui sont les grands oubliés du décret. C'est la raison pour laquelle Henriette Théodore a saisi la justice. "Elle souhaite vraiment une reconnaissance de son vivant", explique sa nièce. Devant le Conseil d'Etat, le mercredi 9 septembre 2020, la Sarthoise, âgée de 88 ans, a invoqué une « rupture d'égalité ». Sa nièce, Sandra Théodore, justifie la démarche : "Nous sommes vraiment citoyens français. Nous avons notre carte d'électeur. Nous payons nos impôts. Nous sommes français tout comme nos concitoyens de confession juive", argumente-t-elle.  

De nombreux soutiens 

Alors président de la République, François Hollande admet en 2016 la responsabilité de l'Etat envers les tziganes et les gens du voyage. Le décret toutefois n'est pas modifié. Mais la parole du chef de l'Etat doit être entendue et suivie d'effet, estime Sandra Théodore. "Ma tante me dit souvent qu'elle et sa famille ont été traitées comme des bêtes, comme des sous-hommes", explique Sandra Théodore. Sa famille a également reçu le soutien de Robert Badinter, de la nouvelle défenseure des droits et de plusieurs associations (LICRA, France Liberté Voyage, l'Union de Défense Active des Forains), ainsi que de l'écrivain Alexandre Jardin. 

Ne les spolions pas deux fois!

Le Conseil d'Etat doit rendre sa décision le vendredi 25 septembre. La rapporteure publique, dont l'avis est habituellement suivi, s'est prononcée pour le rejet de la requête. "Un rejet hésitant, qui n'était pas franc", nuance maître Olivier Le Mailloux, l’avocat d'Henriette Théodore. "Ne les spolions pas deux fois!",  lance la nièce de la Sarthoise, très impliquée dans ce dossier. 

Publié dans Articles de Presse

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