Barbarin Philippe

Publié le par Mémoires de Guerre

Philippe Barbarin, né le 17 octobre 1950 à Rabat, est un cardinal français, archevêque émérite de Lyon de 2003 à 2020. 

Barbarin Philippe

Enfance et formation

Philippe Christian Ignace Barbarin est le cinquième d'une famille de onze enfants (six filles, dont deux religieuses, et cinq garçons, dont deux officiers et un médecin). Son père, Jacques Barbarin, est militaire puis achève sa carrière comme cadre dans une banque parisienne. Sa mère, Yvonne Maria Roques, est femme au foyer. Il commence ses études à l'école primaire de Noisy-le-Grand puis les poursuit au lycée Gouraud à Rabat, au lycée Marcelin-Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés, au lycée des Francs-Bourgeois (sous tutelle des Frères des écoles chrétiennes), à l'Université Paris-Sorbonne, à l'IPC et à l'Institut catholique de Paris. En parallèle, il est élève au séminaire des Carmes. Il est titulaire de deux maîtrises, l'une en philosophie (Paris IV), l'autre en théologie (Institut catholique de Paris).

Prêtre

Ordonné prêtre le 17 décembre 1977 à Alfortville, pour le diocèse de Créteil, il cumule les fonctions de vicaire puis de curé de Boissy-Saint-Léger (1991-1994) avec celles d'aumônier de lycée à Vincennes puis à Saint-Maur-des-Fossés. Il est délégué diocésain à l'œcuménisme de 1990 à 1994. Il est excardiné du diocèse de Créteil et part quatre ans à Madagascar comme prêtre fidei donum. Il y enseigne la théologie au grand séminaire de Fianarantsoa, de 1994 à 1998. 

Évêque puis archevêque

De retour en France, il est brièvement curé de Bry-sur-Marne avant d'être nommé évêque de Moulins le 1er octobre 1998. Il est consacré le 22 novembre suivant par l'évêque Philibert Randriambololona, assisté des évêques André Quélen et Daniel Labille. Le 16 juillet 2002, il est nommé archevêque de Lyon et primat des Gaules. Le 6 mars 2020, le pape François accepte sa démission en tant qu'archevêque de Lyon, ville dont il devient alors archevêque émérite. 

Cardinal

Il est créé cardinal par Jean-Paul II lors du consistoire du 21 octobre 2003, avec le titre cardinal-prêtre de la Trinité des Monts (Santissima Trinità al Monte Pincio). Il participe aux conclaves de 2005 et de 2013, qui élisent respectivement les papes Benoît XVI et François. Au sein de la Conférence des évêques de France, il est membre de la Commission doctrinale. Le 8 novembre 2008, il est réélu à cette fonction pour trois ans. Au sein de la Curie romaine, il est membre de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements et de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique. En décembre 2007, dans une lettre adressée aux prêtres de son diocèse, il révèle être atteint d'un cancer de la prostate. Le mal ayant été décelé très tôt, il put en guérir rapidement. Cette annonce a une résonance particulière à Lyon, les précédents primats des Gaules ayant souffert ou étant morts d'un cancer. Le 17 juin 2008, il participe au congrès eucharistique de Québec avec plusieurs autres cardinaux et évêques du monde entier.

En juillet 2014, il lance un jumelage de l'archidiocèse de Lyon avec le diocèse de Mossoul, dont les fidèles sont persécutés. En décembre suivant, il effectue un nouveau voyage en Irak avec une centaine de personnes de son archidiocèse. Le 2 janvier 2017, le pape François le nomme son envoyé spécial pour le 4e Congrès apostolique mondial de la Miséricorde, prévu à Manille du 16 au 20 janvier 2017. Cardinal-archevêque de Lyon et primat des Gaules, le cardinal Barbarin bénit tous les ans la cité lyonnaise à l'occasion du renouvellement du vœu des Échevins, le 8 septembre (fête de la nativité de la Vierge Marie, à ne pas confondre avec le 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception), prononcé par ses prédécesseurs depuis 1643 en l'honneur de la Vierge Marie réputée avoir jadis protégé Lyon de l'épidémie de peste. L'archevêque se voit remettre par le maire un écu d'or et un cierge, en signe de reconnaissance, à Notre-Dame de Fourvière. Il bénit ensuite la ville depuis le balcon de la basilique avec le Saint Sacrement. Trois coups de canon sont tirés au moment de la bénédiction tandis qu'au même moment retentit la grosse cloche (le bourdon) de la primatiale Saint-Jean. 

Archevêque émérite

Le 6 mars 2020, sa démission est acceptée par le Pape François. Le 25 juin 2020, il annonce son départ pour l'archidiocèse de Rennes, où il est aumônier de la maison-mère des Petites Sœurs des pauvres à Saint-Pern, en Ille-et-Vilaine. 

Dialogue inter-religieux

Relation avec l'islam

C'est le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, Kamel Kabtane qui a remis au cardinal Barbarin les insignes d'Officier de l'ordre national du Mérite le 10 décembre 2007 en s'exclamant : « Monseigneur, vous êtes mon frère ! ». Le cardinal Barbarin a participé au pèlerinage islamo-chrétien du pardon des Sept-Saints au Vieux-Marché (Côtes-d'Armor) en juillet 2011.

Relation avec le judaïsme

En 2008, il publie Le Rabbin et le Cardinal, un dialogue judéo-chrétien d'aujourd'hui, avec le grand rabbin Gilles Bernheim. En janvier 2014, il reçoit le prix du rapprochement des communautés par l'Union des patrons et des professionnels juifs de France. 

Prises de position

Avortement

Le cardinal a pris position de nombreuses fois contre l'avortement et participé à plusieurs reprises à la marche pour la vie de Paris19,20, et a « apporté son soutien » à des manifestations pour la promotion de la vie intra-utérine et contre l'avortement à Lyon.

Mariage homosexuel

Dans une déclaration commune de responsables religieux de la région lyonnaise, il déclare que le mariage entre un homme et une femme est un repère fondateur de l'humanité. Le cardinal Philippe Barbarin, à l'instar d'autres prélats catholiques, a clairement pris position contre le mariage entre deux personnes de même sexe. Après de multiples prises de paroles, il s'en explique dans une tribune remarquée dans le Journal La Croix en janvier 2014. Le 24 octobre 2012, dans une interview diffusée par la radio RCF et la chaîne TLM, il affirme, à propos de l'ouverture du mariage aux couples de même sexe : « […] j'aimerais bien voir comment on pose les questions, vous voyez, quand vous posez une question parfois vous orientez énormément, donc si on dit à quelqu'un : toute personne à 100 % sera respectée pour ce qu'elle est dans ce qu'elle vit… Par exemple à l'intérieur de l’Église, souvent je dis aux personnes qui ont des désirs homosexuels ou des tendances : Vous avez votre place ! On a besoin de vous ! Si ça se trouve vous construisez l’Église bien mieux que moi !… 

Donc ce n'est pas du tout un regard sur les personnes, mais c'est la question de la structuration en profondeur d'une famille, du mariage, d'une société, etc., qui sont des lieux fragiles et qu'il faut toujours fortifier, protéger. » ; « Le fond de la question, c'est qu'est-ce que c'est qu'un mariage ? Un mariage c'est un mot qui veut dire un rempart pour permettre au lieu le plus fragile de la société c'est-à-dire une femme qui donne la vie à un enfant, que toutes les conditions soient établies pour que ça se passe dans les meilleures possibilités. Voyez, donc après, ça a des quantités de conséquences mais qui sont innombrables. Parce qu'après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre… Après, un jour peut-être, je ne sais pas quoi, l'interdiction de l'inceste tombera. Enfin, si vous voulez, à partir du moment où il y a quelques repères qui sont majeurs, effondrés […] ». Sur la question du pouvoir éthique et bioéthique du Parlement, il affirme : « J'aime la démocratie, elle est le moins mauvais des régimes. Mais il ne faudrait pas qu'elle devienne une démocratie absolue. Je sais bien que le Parlement a le pouvoir de changer les lois définissant le sens du mariage, mais je pose la question de savoir s'il est légitime de décider de tout, de changer le sens des mots ». 

Chrétiens d'Orient

Le cardinal Philippe Barbarin est tout particulièrement engagé dans la cause des chrétiens d'Orient. Il est notamment à l'origine de l'appel lancé avec l'évêque d'Alep, à sonner les cloches de toutes les églises de France le 15 août, pour soutenir les chrétiens d'Orient. Il s'est rendu plusieurs fois à Erbil, en Irak pour apporter son soutien direct aux chrétiens. Il était porteur d'un message du pape dénonçant précisément l'exil forcé de la communauté chrétienne. Le cardinal a annoncé le 29 juillet 2014, lors d'une messe célébrée dans la cathédrale Saint-Joseph d'Erbil, que l'archéparchie de Mossoul était jumelée avec le diocèse de Lyon. Le cardinal Barbarin invite à dire quotidiennement un Notre Père à l'intention des chrétiens persécutés et à, si possible, dire cette prière en araméen, leur langue et celle de Jésus. En juillet 2017, il effectue un voyage en Irak à la tête d'une délégation de religieux français afin d'y visiter Mossoul et Qaraqosh après le retrait de l'État islamique de ces villes. 

Accusations de non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs

Philippe Barbarin est condamné en première instance en mars 2019 pour ne pas avoir signalé à la justice les agissements pédocriminels du prêtre Bernard Preynat. Les juges de la cour d’appel de Lyon annulent sa condamnation en prononçant sa relaxe le 30 janvier 2020, estimant qu'il n'est pas coupable de non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs, car si ce délit concerne des victimes incapables de porter plainte elles-mêmes, par exemple des mineurs, quand le cardinal Barbarin a eu connaissance des faits, les victimes étaient majeures et capables de porter plainte elles-mêmes. Les parties civiles annoncent un pourvoi en cassation. 

Distinctions

  • Officier de la Légion d'honneur (8 avril 2012) (Chevalier, le 31 décembre 2002)
  • Officier de l’ordre national du Mérite depuis le 8 mai 2007. Sa mère est également officier de l’Ordre national du Mérite (Décret du 14 novembre 2000 portant promotion et nomination) en hommage à plus d'un demi-siècle d'activités familiales.
  • Compagnon de l'ordre des Compagnons du Beaujolais depuis novembre 2014.

Il est nommé docteur honoris causa de l'Institut de Théologie Saints Méthode et Cyrille de l'Université d'État de Minsk en Biélorussie. En tant qu'archevêque de Lyon, il est également chancelier de l'Université catholique de Lyon. En 2008, il fait partie des prétendants à l'Académie française, afin de tenir le rôle informel d'« aumônier des académiciens », en succession au cardinal Lustiger, décédé. Claude Dagens, évêque d'Angoulême, lui est finalement préféré. En 2015, il est élu Lyonnais de l'année par les lecteurs du journal LyonMag. 

Barbarin Philippe

Publications

  • Chrétien, quelle est ta foi ?, en collaboration, Desclée de Brouwer 1979.
  • Cent Points chauds de l’Histoire de l’Église, en collaboration, Desclée de Brouwer 1980.
  • Vivre l'Eucharistie, en collaboration, Droguet et Ardant 1981.
  • Jamais je ne t'oublierai, Droguet et Ardant 1992.
  • Théologie et sainteté : introduction à Hans-Urs von Balthasar, Parole et Silence 1999, Parole et Silence 2017 (poche).
  • Suivre Jésus de près : lettre pastorale aux catholiques du diocèse de Lyon, Parole et Silence 2006.
  • Jardins intérieurs : regards croisés sur l'art et la foi, avec Fabrice Hadjadj, Parole et Silence/Desclée de Brouwer 2007.
  • Ambassadeurs de Dieu de Caroline Pigozzi, entretien, Desclée de Brouwer 2007.
  • Le rabbin et le cardinal : un dialogue judéo-chrétien d'aujourd'hui, avec le grand-rabbin Gilles Bernheim et Jean-François Mondot, Stock 2008, Points 2013 (poche).
  • Les Robes rouges de Caroline Pigozzi, entretien, Desclée de Brouwer/Plon 2009.
  • Quel devenir pour le christianisme ?, avec Luc Ferry et Jean-Marie Guénois, Salvator 2009, Albin Michel 2011 (poche).
  • L'Église est une servante : un chemin de trois années, pour préparer le 50e anniversaire du concile Vatican II : lettre pastorale aux catholiques du diocèse de Lyon, Lethielleux 2010, Parole et Silence 2016 (poche).
  • Lyon : primatiale des Gaules, dir., La Nuée Bleue 2011.
  • Adoration et eucharistie : dans l'espérance du Royaume, Les Béatitudes 2011.
  • Prières glanées, Fidélité 2014.
  • Oser le défi de la réconciliation, en collaboration, Parole et Silence 2014.
  • Dieu est-il périmé : paroles humaines, paroles de feu, avec Jean-Marie Montali, La Martinière 2015.
  • Afin que le monde croie… l’Église, une fraternité missionnaire ! : lettre pastorale aux catholiques du diocèse de Lyon, 2015.
  • Tibhirine : l'héritage, en collaboration, Bayard 2016.
  • Sa miséricorde s'étend d'âge en âge : méditations juive, musulmane, protestante et catholique, en collaboration, Parole et Silence 2016.
  • Miséricorde est son nom, avec le grand-rabbin Haïm Korsia, Éditions de l'Emmanuel/Amitié judéo-chrétienne de France 2017.
  • La Miséricorde aux périphéries, en collaboration, Parole et Silence 2018.
  • En mon âme et conscience, Plon, 1 octobre 2020, 309 p. (ISBN 978-2-259-28422-6)

Publié dans Eclésiastiques

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