« De Gaulle, histoire d’un géant », le général embaumé

Publié le par L'Obs par François Reynaert

Une biographie filmée de De Gaulle, qui remplit son rôle pédagogique mais dont on peut regretter le procédé formel et le ton légèrement compassé.

 Le Général de Gaulle (© ADOC PHOTOS/FTV)

Le Général de Gaulle (© ADOC PHOTOS/FTV)

C’est une évidence, le documentaire se regarde. Sa trame se suit facilement, le commentaire est pédagogique et rien n’y manque de la vie du personnage : la formation de jeune militaire catholique ; son courage durant la Première Guerre mondiale puis l’humiliation d’être fait prisonnier ; l’entre-deux-guerres où le bouillonnant officier tente vainement d’imposer ses conceptions stratégiques ; et bien sûr le reste de l’épopée, le court passage comme sous-secrétaire d’Etat en juin 1940, l’arrivée à Londres, le refus de la défaite, le rude labeur de chef de la France libre, sous la protection des Anglais, l’apothéose de la Libération ; puis la « traversée du désert » (1946- 1958) et enfin le retour au pouvoir comme fondateur de la Ve République qu’il préside durant plus de dix ans. Non, rien ne manque dans cette biographie filmée de De Gaulle, coécrite par l’historien Eric Roussel et les journalistes et producteurs Jean-Pierre Cottet et Patrice Duhamel, proposée pour les 50 ans de la disparition du Général.

Un sujet noyé dans la nostalgie du géant-qu’on-a-perdu

On avoue qu’elle nous a déçus pour deux raisons. La première tient à un procédé formel. Le film repose essentiellement sur des images d’époque, mais le réalisateur y a introduit des scènes de fiction, censées être commentées par intermittence par de Gaulle lui-même au soir de sa vie, joué par un comédien muet, que l’on voit errant à Colombey ou méditant à son bureau. Pourquoi user d’un artifice aussi kitsch qui donne à l’ensemble le grain d’une mauvaise série télé quand les archives sont souvent exceptionnelles ?

Notre autre réserve tient au ton de l’ensemble, compassé, mélancolique, dont tous les soupirs semblent noyer le sujet dans la nostalgie du géant-qu’on-a-perdu. Evidemment, de Gaulle fut un grand homme. Comme tous les grands, il est porteur de légende. Comme tous les hommes, il eut aussi ses limites et ses contradictions. On ne les connaîtra pas. Un demi-siècle après sa mort, on espérait qu’il serait temps de comprendre ce destin avec le regard équilibré et critique de l’histoire. Une fois de plus, le voilà embaumé dans l’histoire sainte.

Mardi 10 novembre à 21h05 sur France 2. Documentaire français de Jean-Pierre Cottet (2020). 1h52. (Disponible en replay sur france.tv).

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article