États-Unis : Joe Biden, 46e président des Etats-Unis, l'homme qui a traversé les épreuves

Publié le par TV5MONDE par Elena Lionnet avec AFP

Il a convaincu les Américains. Le vice-président de Barack Obama, Joe Biden, sera le 46e président des Etats Unis. Jusqu’au bout, le septuagénaire a tenté de rassembler face à Donald Trump. "Nous pouvons mettre fin à cette présidence, qui depuis le début, chercher à nous diviser, à nous déchirer." Il y est parvenu.

Le candidat démocrate Joe Biden lors d'un meeting au Heinz Field, à Pittsburgh, le 2 novembre 2020. © AP Photo/Andrew Harnik

Le candidat démocrate Joe Biden lors d'un meeting au Heinz Field, à Pittsburgh, le 2 novembre 2020. © AP Photo/Andrew Harnik

Joe Biden l’avoue lui-même : perdre face au milliardaire républicain Trump voudrait dire qu’il a été "un candidat pitoyable". Cela signifierait aussi la fin d’une carrière politique nationale commencée à 29 ans.

Sénateur à 30 ans

Engagé dans la politique locale de l'Etat du Delaware, Joe Biden détrône à la surprise générale un sénateur républicain bien installé lors des élections de 1972. Un mois plus tard, sa femme et sa fille d’un an meurent dans un accident de voiture. Ses deux fils, Beau et Hunter, sont grièvement blessés. Il pense un moment démissionner pour s’occuper d’eux, mais le leader du Sénat l'en dissuade et il prête serment le 5 janvier 1973 à seulement 30 ans. Il est réélu à la chambre haute du Congrès sans discontinuer jusqu'en 2008.

Ce drame, puis la perte de son fils aîné Beau - d’un cancer du cerveau en 2015, ont probablement construit le caractère profondément empathique de cet homme, dont la compassion est reconnue comme étant une de ses qualités premières. Il en a même fait un des thèmes de sa campagne : "It’s about winning the heart, and yes, the soul of America" disait-il en avril 2019. Si le slogan de Trump est "Make America Great Again", celui de Biden est presque religieux, il veut lutter pour "l’âme de l’Amérique".

Un homme aux origines modestes

Joseph Robinette Biden Jr. est né le 20 novembre 1942 à Scranton, en Pennsylvanie. Robinette est le nom de sa grand-mère paternelle descendante de huguenots français ayant émigré en Angleterre puis en Pennsylvanie.

Dans les années 1950, la ville, minière et industrielle, traverse une passe difficile. Son père cherche du travail dans l'Etat voisin du Delaware et installera toute la famille à Wilmington. Joe Biden a dix ans. Il en fera son fief.

"Mon père disait toujours : Champion, on prend la mesure d'un homme non pas selon le nombre de fois qu'il est mis à terre, mais d'après le temps qu'il met à se relever", rappelle-t-il sans relâche.

Le bégaiement

Joe Biden a dû lutter toute sa vie contre un fort bégaiement. Cet handicap lui a joué des tours lors du débat l’opposant à Kamala Harris pour les primaires démocrates en juin 2019.

Joe Biden évoque dans une interview pour le quotidien The Atlantic en 2019 qu’il a dû surmonter beaucoup d’humiliations, à commencer par la sœur, enseignante de son école primaire, qui le reprenait parce qu’il n’arrivait pas à dire "gentleman".

Ce bégaiement Joe Biden arrive à en faire un atout en parlant ouvertement. Il explique ce que cela veut dire pour lui, lors d’un meeting de campagne en février dans le New Hampshire où il fait référence au film "Le discours d’un roi" qui évoque le bégaiement du père de l’actuelle reine Elisabeth, le roi George VI. De nombreux enfants ou adultes ayant cet handicap témoignent de l'aide qu'il leur a donnée.

Un ancrage local

Joe Biden reste toute sa vie à Wilmington. Après des études de sciences politiques et d’histoire à l’université du Delaware, il obtient un diplôme de droit à l’Université de Syracuse (État de New York). Il y rencontre sa femme, Neilia Hunter, qu’il épouse en 1966. Ils auront trois enfants, Beau – décédé en 2015, Hunter et Naomi Christina, qui mourra à l’âge d’un an dans un accident de voiture en 1972 qui coûtera la vie également à son épouse.

En 1968, il revient s’installer à Wilmington où il travaille pour un cabinet d’avocats dirigé par un Républicain notoire. Il se considérait comme républicain, dira Joe Biden lui-même, mais il n’aimait pas la politique du président Nixon et n’adhérait pas à la politique conservatrice du point de vue racial du gouverneur démocrate de l’époque Charles L. Terry.

En 1969, il est élu dans le district de Newcastle, un fief habituellement républicain, sur un programme libéral qui incluait un volet sur le logement social dans les banlieues. En 1972, il devient sénateur du Delaware. Au même moment sa femme et sa petite fille meurent dans un accident de voiture. Joe Biden pense renoncer à son mandat, mais le chef de la majorité au Sénat le persuade du contraire. Il continue à habiter à Wilmington et prendra le train pour Washington chaque jour, un trajet de 1 heures 15, afin de rester auprès de ses deux fils.

Son frère organisera un rendez-vous "à l’aveugle" en 1975 avec celle qui deviendra sa deuxième femme, Jill Jacobs, une enseignante d’anglais fraîchement séparée. Joe Biden devra vaincre ses résistances, elle voulait continuer à travailler et craignait l’exposition médiatique due à la fonction de son futur mari. Elle cède finalement à ses demandes en 1977. En 1981, naîtra leur fille Ashley.

Les femmes

Jill reprendra son travail d’enseignante cette fois-ci auprès d’enfants ayant des troubles émotionnels au sein d’instituts spécialisés. Elle est l’un de ses meilleurs atouts de campagne. Face aux accusations d’agression sexuelle ou de harcèlement par plus d’une dizaine de femmes, notamment Tara Read qui affirme avoir été agressée par Joe Biden dans les années 1990, Jill Biden restera très discrète.

Président de la commission judiciaire du Sénat, Joe Biden supervise en 1991 le processus de confirmation du juge Clarence Thomas à la Cour suprême, quand émergent des accusations de harcèlement sexuel à l'encontre du magistrat.

Joe Biden organise alors une audition télévisée de son accusatrice, Anita Hill, une jeune professeure de droit afro-américaine. Elle sera soumise à un feu roulant de questions indiscrètes par un jury exclusivement masculin et blanc, qui remet en cause sa crédibilité sans aucun tact. En 2019, il cherche à faire amende honorable auprès de Mme Hill mais elle refuse ses excuses.

Trois ans plus tard, il rattrape une partie du crédit perdu avec l'adoption, à son initiative, d'une loi contre les violences faites aux femmes. C'est la loi dont il se dira rétrospectivement "le plus fier".

Cette loi sur les violences faites aux femmes n'est qu'un volet d'une réforme beaucoup plus large de la justice pénale, portée par Joe Biden. La "loi sur le crime" de 1994 est aujourd'hui jugée responsable de l'explosion du nombre de détenus aux Etats-Unis mais aussi de la surreprésentation des Afro-Américains dans les prisons, car elle punissait particulièrement sévèrement les utilisateurs de crack, une drogue davantage consommée dans les quartiers pauvres. "C'était une erreur", a-t-il reconnu lors de son ultime débat avec Donald Trump jeudi 29 octobre.

Le combat contre la ségrégation

Dans les années 1970, il s'oppose à la politique gouvernementale dite de "busing", qui organise le transport en bus d'enfants noirs dans des écoles à majorité blanche pour favoriser la mixité. Cette position satisfait alors les électeurs blancs de son État, le Delaware, mais reviendra le hanter des années plus tard. La sénatrice noire Kamala Harris, alors sa rivale aux primaires démocrates, va le lui reprocher en plein débat télévisé. Pas rancunier, il la choisi comme colistière, et en fait la première femme afro-américaine candidate à la vice-présidence.

Un catholique convaincu

Sur d’autres faits de société il sera moins libéral. En 1993, Biden vote un dispositif législatif qui rend l’homosexualité incompatible avec la vie militaire. En 1996, il vote le "Defense of Marriage Act" qui interdit au gouvernement fédéral de reconnaître les unions de même sexe. En 2015, cette loi sera considérée comme inconstitutionnelle.

Catholique fier de ses origines irlandaises, Joe Biden se rend tous les dimanches, ou presque, à la petite église St. Joseph on the Brandywine dans son quartier cossu de Wilmington.

La guerre en Irak

Président de la commission des Affaires étrangères du Sénat en 2002, il a voté pour autoriser la guerre en Irak, après avoir organisé l'audition de nombreux témoins qui ont laissé croire - à tort - que le régime de Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. Il a, là encore, avec le recul admis une "erreur".
Vice-président d’Obama

En 1987, il se lance une première fois dans la course à la Maison Blanche. Parti parmi les favoris, le fringant quadragénaire est contraint de jeter l'éponge après une série d'exagérations sur son passé et des plagiats dans des discours de campagne.

Après avoir essuyé un échec lors des primaires démocrates, il est choisi par Barack Obama comme colistier et entre avec lui à la Maison Blanche en janvier 2009, en pleine crise financière.

Joe Biden facilite l'adoption par le Congrès d'un immense plan de relance de 700 milliards de dollars, dont le président lui confie la mise en œuvre. Ce plan est crédité du rebond de l'économie américaine.

En 2016, fragilisé par la mort de son aîné Beau d'une tumeur au cerveau, il ne se présente pas à la présidentielle malgré sa forte popularité notamment chez les électeurs noirs et les ouvriers.

C’est peut-être cette faculté qu'il a de traverser les épreuves qui vont faire la différence. Comme il le dit dans son livre "Promise me, Dad" écrit après le décès de son fils Beau : "Je veux donner de l’espoir aux gens. Quand vous avez un but, vous trouvez une porte de sortie à la peine."

Publié dans Articles de Presse

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