«J’ai mal, là, dans le dos…» : il y a 50 ans, le général de Gaulle s’écroulait

Publié le par Le Parisien par J.M avec AFP

Il y a un demi-siècle jour pour jour, Charles de Gaulle s’effondrait dans sa propriété de Colombey-les-Deux-Eglises (Haute-Marne), terrassé par une rupture d’anévrisme. La France lui rend ce lundi hommage.

Une foule honore le cercueil de Charles de Gaulle lors de son enterrement le 12 novembre 1970 à Colombey-les-Deux-Eglises.  AFP

Une foule honore le cercueil de Charles de Gaulle lors de son enterrement le 12 novembre 1970 à Colombey-les-Deux-Eglises. AFP

Lundi 9 novembre 1970, vers 19h00. « J'ai mal, là, dans le dos », murmure le général Charles de Gaulle avant de s'effondrer dans sa propriété de Colombey-les-Deux-Eglises (Haute-Marne), terrassé par une rupture d'anévrisme. Il est mort. À quelques jours de ses 80 ans.

Avec son épouse Yvonne, l'homme du 18 juin vit retiré à La Boisserie depuis qu'il a démissionné, 18 mois plus tôt, de la présidence de la République, au lendemain de l'échec du référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat, après 11 années passées à l'Elysée.

Journée ordinaire et pluvieuse d'automne dans la résidence acquise en 1934 par le couple. Le chef de la France libre travaille à ses « Mémoires d'espoir », déjeune avec sa femme, se promène, entre deux averses, dans le jardin, écrit à quelques « Compagnons » et à son fils Philippe.

Sa mort est tenue secrète toute la nuit

Il vient de gagner la bibliothèque où un feu de bois se consume dans la cheminée. Il s'assoit devant la table de bridge, où chaque soir avant le journal télévisé et le dîner, il s'adonne à ce qu'il appelle sa « discipline d'oisiveté » : une réussite. Charles de Gaulle s'affaisse dans son fauteuil, la tête dans une main, sous les yeux d'Yvonne, en train d'écrire, installée à son secrétaire. Il a déjà perdu connaissance. Aussitôt appelés par son épouse, le père Jaugey, curé de Colombey, et le docteur Lacheny arrivent ensemble. Il est trop tard. Rupture d'anévrisme abdominal, diagnostique le médecin. Le fondateur de la Ve République expire alors que le prêtre lui administre les derniers sacrements.

Difficilement concevable 50 ans plus tard à l'heure de Twitter et des réseaux sociaux, la mort du héros de la Seconde Guerre mondiale est tenue secrète toute la nuit. Seuls ses enfants sont prévenus. Son successeur, le président Georges Pompidou, n'est lui-même averti qu'à 7h20, soit 12 heures après le décès. Aucun communiqué, aucune annonce officielle. C'est, à 9h41, un flash de l'AFP - « de Gaulle décéda »- qui rend publique la mort du général.

Dans la rue, au travail, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Du monde entier, les messages de condoléances affluent. Une foule se presse à Paris, devant le secrétariat particulier de l'ancien chef de l'Etat, pour signer le livre de deuil. « La France est veuve… », déclare à la mi-journée, dans une allocution télévisée, Georges Pompidou. Un Conseil des ministres extraordinaire décrète un jour de deuil national le jeudi 12, avec messe solennelle de Requiem en la cathédrale Notre-Dame-de-Paris.

« Je ne veux pas d'obsèques nationales »

Mais les dernières volontés du général de Gaulle, rédigées dès janvier 1952, sont très claires : ses funérailles auront lieu à Colombey, au cours d'une cérémonie « extrêmement simple ». Et surtout, « je ne veux pas d'obsèques nationales… Ni président, ni ministres […] aucun discours », a-t-il exigé.

Contraste entre Paris et Colombey. Le jeudi 12, le monde entier est réuni sous les voûtes de Notre-Dame en l'absence – fait unique de l'Histoire- de la dépouille du défunt : 86 nations représentées, 33 souverains et chefs d'Etat, dont le président américain Richard Nixon, et 6 000 fidèles. À 250 km de là, à Colombey, il y a aussi la foule mais c'est la sobriété qui domine. La seule participation officielle est celle de l'armée. Le cercueil en chêne recouvert d'un simple drap tricolore frangé d'or rejoint le cimetière sur un engin blindé de reconnaissance.

Dans le concert de louanges qui accompagne la mort de l'homme du 18 juin, l'hebdomadaire satirique « Hara Kiri, journal bête et méchant » détonne en titrant : « Bal tragique à Colombey : 1 mort ». Une allusion à un terrible fait divers survenu quelques jours plus tôt : l'incendie d'un dancing de l'Isère qui a fait 146 morts.

Scandale. L'hebdomadaire est aussitôt censuré par le ministre de l'Intérieur, qui l'interdit à « l'exposition et la vente aux mineurs ». L'équipe relance aussitôt le journal avec un titre en clin d'œil à « Charlie Brown », héros des Peanuts, mais aussi au prénom du général : « Charlie Hebdo » est né…

Emmanuel Macron attendu à Colombey

Pour commémorer le 50e anniversaire de la mort du général de Gaulle, plus que jamais la figure tutélaire de la politique française, Emmanuel Macron est attendu ce lundi à Colombey-les-deux-Eglises (Haute-Marne).

À cause de l'épidémie du Covid-19, cet anniversaire sera célébré sobrement et en comité restreint dans le petit village de 700 habitants à 250 km à l'est de Paris. Le président se recueillera sur la tombe blanche où Charles de Gaulle repose, aux côtés de son épouse Yvonne et de sa fille Anne, dans le cimetière qui jouxte l'église.

Publié dans Articles de Presse

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