La résistante Noëlla Rouget, qui avait fait gracier son bourreau, est morte à 100 ans

Publié le par Le Parisien

Cette ancienne institutrice s’était battue pour faire gracier celui qui avait entraîné sa déportation à Ravensbrück et la mort de son fiancé. Elle s’est éteinte à Genève.

Noëlla Rouget avait obtenu la grâce de Jacque Vasseur, auxiliaire de la Gestapo pendant l’Occupation, un Français condamné à mort en 1965 pour avoir été responsable de plus de 310 déportations en seulement deux ans, dont 230 morts.  Archives Noëlla Rouget

Noëlla Rouget avait obtenu la grâce de Jacque Vasseur, auxiliaire de la Gestapo pendant l’Occupation, un Français condamné à mort en 1965 pour avoir été responsable de plus de 310 déportations en seulement deux ans, dont 230 morts. Archives Noëlla Rouget

Quelques jours après Daniel Cordier, une autre résistante disparaît : Noëlla Rouget s'est éteinte à 100 ans, dimanche à Genève. Elle est notamment restée célèbre pour avoir demandé, et obtenu, la grâce de son bourreau, qui l'avait envoyée à Ravensbrück.

Née en 1919 à Saumur, cette institutrice est entrée en résistance à 22 ans. Elle est devenue agente de liaison pour un mouvement gaullien « Honneur et patrie » puis pour un réseau crée par les services d'espionnage britanniques, rappelle France Bleu.

Derrière sa déportation et la mort de son fiancé, un homme : Jacques Vasseur

En juin 1943, les bans de son mariage avec un autre résistant Adrien Tigeot sont à peine publiés que les fiancés sont dénoncés et arrêtés. Adrien est torturé et fusillé dans les jours qui suivirent. Noëlla Peaudeau, elle, est déportée au camp Ravensbrück, où elle reste quatorze mois. Elle survit à l'enfer concentrationnaire et se lie notamment avec Geneviève de Gaulle, la nièce du général, rappelle Le Monde.

Soignée à son retour du camp de concentration pour la tuberculose dans un sanatorium suisse, Noëlla se maria avec un homme du pays en 1947 et s'installa à Genève. Ils eurent deux enfants.

Derrière sa déportation et la mort de son fiancé, un seul homme : Jacques Vasseur.

Auxiliaire de la Gestapo pendant l'Occupation, ce Français est responsable de plus de 310 déportations en seulement deux ans, dont 230 morts. Arrêté en 1962, il est condamné à mort en 1965.

Mais au nom de ses valeurs, Noëlla Rouget, opposée à la peine capitale, s'est battue pour que le responsable de toutes ces horreurs soit gracié. En 1966, l'ancienne résistante obtient la grâce de son bourreau auprès du général de Gaulle. La peine de mort de Jacques Vasseur est commuée en détention à perpétuité. Cette peine sera encore ramenée à 20 ans de prison par Georges Pompidou.

L'Elysée salue « la marque d'une immense générosité d'âme, d'un humanisme à toute épreuve »

Noëlla Rouget a écrit régulièrement à Vasseur en prison, sans jamais obtenir de son bourreau le moindre signe de repentance. Celui-ci a été libéré en 1984 et est mort en 2009.

« Cet acte de pardon, d'autant plus impressionnant qu'il se heurta à l'incompréhension hostile de ses contemporains et à l'impénitence du coupable, était la marque d'une immense générosité d'âme, d'un humanisme à toute épreuve », a salué l'Elysée dans son communiqué.

« Avec Noëlla Rouget nous quitte une grande résistante, qui a fait de son vécu un combat pour la Mémoire et la transmission. Je retiens son courage et sa force morale exceptionnelle », lui a rendu hommage sur Twitter Geneviève Darrieussecq, la ministre déléguée chargée de la Mémoire et des Anciens combattants.

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