Le dessinateur humoristique Piem, pilier du « Petit Rapporteur », est mort

Publié le par Le Monde par Edouard Pflimlin

Collaborateur de nombreux organes de presse, il avait été rendu célèbre par sa participation au « Petit Rapporteur », l’émission télévisée de Jacques Martin. Il est mort jeudi, à l’âge de 97 ans.

Piem, en janvier 2015. GUILLAUME SOUVANT / AFP

Piem, en janvier 2015. GUILLAUME SOUVANT / AFP

Piem, le dessinateur humoristique à l’éternelle barbe naissante et aux fines lunettes, qui a œuvré dans la presse et est devenu célèbre par la télévision, est mort, jeudi 12 novembre, le jour de son 97e anniversaire.

De son vrai nom Pierre de Barrigue de Montvallon, Piem est né à Saint-Etienne, le 12 novembre 1923 dans une vieille famille de la noblesse catholique. Il est le troisième d’une fratrie de cinq. La famille s’établit à Paris, en 1928, le père est directeur d’agence à la Société générale, puis directeur de la Maison de la chimie.

Après sa scolarité, de 1940 à 1944, le jeune Pierre étudie à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts, puis à l’école Paul-Colin à Paris. Il y apprend l’art rigoureux et concis de l’affiche. Durant cette période, il participe à des mouvements de jeunesse, dont la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) et diffuse Témoignage chrétien. Engagé en janvier 1945, il termine la guerre comme « caporal décorateur », précise-t-il dans une autobiographie Piem se met à table (éd. Jean-Cyrille Godefroy, 1994), ayant notamment décoré le mess des officiers de la 2e DB stationnée à Trèves, en Allemagne.

Trait drôle et tendre

En 1947, il se marie avec Elisabeth Lefebvre, fille d’industriels de Roubaix, avec laquelle il a quatre filles et trois garçons. Deux de ses enfants, Maria-Frédérique et Vincent, mourront tragiquement au début des années 1990.

Dès 1947, il dessine pour Témoignage chrétien, Le Figaro (jusqu’en 1981 où il démissionne étant en désaccord avec le nouveau propriétaire, Robert Hersant). Il collabore aussi, de 1972 à 1986, à L’Unité, l’hebdomadaire du Parti socialiste, avec une chronique « Dipapacéquoi ». La Croix ou Le Point s’assurent aussi de ses services. Son trait drôle et tendre, fin et arrondi, séduit un large public.

Piem le 21 novembre 1981 à Tours, où il présentait ses illustrations destinées à être éditées dans un manuel militaire, à la demande du ministre de la défense Charles Hernu. MIGNOT / AFP

Piem le 21 novembre 1981 à Tours, où il présentait ses illustrations destinées à être éditées dans un manuel militaire, à la demande du ministre de la défense Charles Hernu. MIGNOT / AFP

Comme le souligne, à propos du Figaro, le journaliste Arnaud Roy, dans un autre livre consacré à Piem (Les Dessins les plus drôles de Piem, Cherche Midi, 2017), « il a longtemps travaillé pour le quotidien libéral alors qu’il a plutôt une sensibilité de gauche. Tout le paradoxe de l’homme se trouve là. »

C’est aussi une personnalité éclectique. Il se produit dans les années 1960 comme humoriste dans les cabarets, notamment pendant quatre ans à La Tête de l’art à Paris, aux côtés de Juliette Gréco et de Fernand Raynaud.

Pilier du « Petit Rapporteur »

Son talent le conduit à la télévision où il apparaît pour la première fois en 1965 dans « Dim, Dam, Dom », une émission de la RTF consacrée aux femmes, puis en 1969 dans l’émission « Un trait pour tout » de l’ORTF. Il se fait vraiment connaître du grand public en participant à l’émission « Le Petit Rapporteur » (1975-1976), présentée par Jacques Martin. Pendant ces deux années, debout devant un paperboard où il crayonne avec rapidité, il commente l’actualité dans « La Petite Semaine de Piem ». Il participe ensuite à « La Lorgnette » en 1977, copie quasi conforme du « Petit Rapporteur », puis à « La Lorgnette 2 ». Il crée aussi dans ces années 1970 le personnage de Turlupin, qui paraît en strips dans différents quotidiens.

A côté de la télévision et du journalisme, il publie régulièrement des albums, dont la fameuse série Les Mordus de… qui, de 1984 à 1988, se moquera gentiment des adeptes du tennis, du foot, du ski… (éd. du Cherche Midi).

Il s’est retiré en octobre 2004 dans sa maison de La Noue, à Notre-Dame-d’Oé, près de Tours, où il a été élu conseiller municipal. Dans sa retraite, il continue chaque jour de dessiner et d’écrire. Philosophe, une de ses devises est : « Gardez Piem ! »

Il est honoré à plusieurs reprises, notamment en 2006, quand il est nommé commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres. Parmi ses nombreuses passions, il y a aussi le cinéma amateur. Il a tourné une quinzaine de courts-métrages dans son quartier à Paris ou à La Noue, obtenant des prix, dévoilant ainsi une autre facette de son talent.

Piem en quelques dates

  • 12 novembre 1923 Naissance à Saint-Etienne (Loire)
  • 1947-1981 Collaboration avec Le Figaro
  • 1975-1976 « Le Petit Rapporteur »
  • 2006 Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres
  • 2020 Mort le jour de son 97e anniversaire à Notre-Dame-d’Oé (Indre-et-Loire).
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