Maurice Genevoix : l'histoire d'un écrivain nivernais, de Decize au Panthéon

Publié le par France 3 Bourgogne Franche-Comté par Léo-Pol Platet

Ce mercredi 11 novembre, Maurice Genevoix fera son entrée au Panthéon, avec " Ceux de 14 ". Né dans la Nièvre, l'écrivain et Académicien, n'y vivra qu'un an et demi. Mais en gardera toujours un souvenir ému. L'homme était aussi un amoureux de la Loire, fleuve qui l'inspirera toute sa vie.

Maurice Genevoix, en 1971 • © AFP

Maurice Genevoix, en 1971 • © AFP

Il disait qu'il était né " dans une île de la Loire, un pays de reflets d’images fluides ". Le 29 novembre 1890, Maurice Genevoix nait à Decize, petite commune de la Nièvre.

Pourtant, la famille Genevoix n'est pas originaire du département et les parents de Maurice n'y résident que depuis deux ans.

" Son père était greffier de justice et en 1888, après ses études, il cherchait un emploi. raconte Pierre Volut, historien de Decize passionné par la vie de l'écrivain. Des cousins de sa femme, la famille Ramond était installé à Décize et lui ont expliqué que le poste de greffier de justice était libre ". 

Finalement, la famille ne restera qu'un an et demi dans la Nièvre, avant de quitter les bords de la Loire pour... d'autres bords du fleuve, à Châteauneuf-sur-Loire (Loiret). " Le beau-père de Gabriel Genevoix était épicier en gros à Chateauneuf-sur-Loire. À la suite de problèmes cardiaques, il est tombé malade et a demandé à son gendre de le rejoindre ", se remémore Alain Fournet, autre passionné de la vie de Genevoix et historien amateur.

À propos de ces deux villes, Maurice Genevoix les considerera toujours comme ses " deux villes natales ". Mais c'est bel et bien à Chateauneuf-sur-Loire qui élira demeure pour une majeure partie de sa vie. 

Dans deux de ses romans autobiographiques, " Jeux de Glaces " (1961) et " Trente-mille jours " (publié en 1980), le membre de l'Académie française évoque Decize. " Il n'en garde que les souvenirs que ses parents lui ont raconté, mais il dit qu'ils y ont vécu heureux ", reconnait Alain Fournet.

1915, après la guerre, la vision divine

Les moments les plus marquants de sa vie, et qui lui inspireront une majeure partie de son oeuvre, Maurice Genevoix les vit au front, pendant la première guerre mondiale. Alors qu'il est étudiant à Paris, il est appellé sous les drapeaux. Il participe à diverses opérations militaires dans la région de Verdun.

Le 25 avril 1915, il est gravement blessé au combat. Après les hôpitaux de Verdun, Vittel et Dijon, Maurice Genevoix est finalement rapatrié à l'hôpital de Bourges, en juin 1915, pour y subir une énième opération. Dans le train qui l'amène de Dijon à Bourges, celui qui a vu la mort dans les yeux, traverse sa ville natale, Décize. Une vision divine que l'écrivain expliqua en ces mots : 

" Blessé aux avancées de Verdun, ayant vraiment touché aux portes de la mort, trimballé d'un hôpital à l'autre, j'allais cette fois de Dijon à Bourges pour y subir une opération nouvelle. Le train quittait Cercy-la-Tour, c'était le soir, un de ces soirs de juin où la clarté du jour s'attarde interminablement. Ai-je jamais vu couchant plus transparent ? Plus tendrement et finement lumineux ? C'est dans ce nimbe à fleur de ciel que j'ai revu les eaux dormantes du canal, de laron, les eaux vives des courants de Loire, les grèves roses, les verdiaux frémissants, tout ce dont j'avais tant rêvé, tout ce qui m'avait aidé dans l'épreuve et dans la souffrance, tout ce qui leur donnait un sens, puisque c'était cela qui faisait si vivante et si belle cette patrie que nous défendions. Et le bonheur humain dont je me sentais envahi, je l'accueillais avec une ferveur accrue puisque c'était ma ville natale, c'était Decize qui me le rendait. " 

L'ouvrage " Ceux de 14 " raconte l'horreur vécu par l'écrivain au moment de la première guerre mondiale. • © France Télévisions

L'ouvrage " Ceux de 14 " raconte l'horreur vécu par l'écrivain au moment de la première guerre mondiale. • © France Télévisions

Deux retours marquants à Decize

Outre cette escale sans arrêt en gare de Decize, l'écrivain posera les pieds dans sa ville natale à plusieurs reprises. Deux dates sont particulièrement marquantes. 

En 1927, d'abord, deux ans après avoir obtenu le prix Goncourt pour son ouvrage Rémi des Rauches Maurice Genevoix est de retour à Decize, à l'occasion des Assises du régionalisme nivernais. "Dans le discours qu'il avait prononcé ce jour-là, il avait évoqué son attachement à Decize ", raconte Alain Fournet.

Puis, le 23 juin 1974, la cité scolaire de Decize, inaugurée huit ans plus tôt, prend le nom de l'académicien. À l'occasion de ce baptême, l'homme de lettres est invité dans sa ville natale. Très ému devant les caméras qui le filment, le poète glisse alors à sa femme " ne pleure pas ou je vais me mettre à chialer ". 

Alors qu'il était à l'époque professeur de français dans le lycée, Alain Fournet se souvient de ce jour-là : " Une nouvelle fois, il avait prononcé un discours où il évoquait son attachement à sa ville natale ".

Maurice Genevoix aimait particulièrement les bords de Loire où il se promenait souvent. • © France Télévisions

Maurice Genevoix aimait particulièrement les bords de Loire où il se promenait souvent. • © France Télévisions

Un lien particulier avec la Loire 

Tout au long de sa vie, Maurice Genevoix gardera comme un fil rouge des liens forts noués avec le fleuve de la Loire. Un paysage reconfortant et inspirateur pour l'écrivain. Des paysages où il aimait se promener, pêcher ou simplement humer un air si particulier pour lui.

Alain Fournet, toujours :  " Au moment du décès de sa maman quand il a douze ans,  il a trouvé consolation dans les paysages de Loire, les promenades au bord de la Loire, la contemplation du fleuve, la pêche. Quand il est revenu de la guerre, où il avait été grièvement blessé, là aussi la Loire a été consolatrice, réparatrice et apaisante. Elle a été aussi inspiratrice puisqu'elle lui a inspiré plusieurs ouvrages : Rémi des rauches, La boîte à pêche, la Loire, Agnès et les garçons, Images du val de Loire et de nombreux textes ". 

Ce mercredi 11 novembre, Maurice Genevoix entrera donc au Panthéon, c'est un peu de la Nièvre qui l'accompagnera.

Publié dans Articles de Presse

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