Mort d'un géant du cinéma : Sean Connery, dernière volute

Publié le par Les Echos par Adrien Gombeaud

La star britannique qui incarna sept fois James Bond a disparu à l'âge de 90 ans. Un physique spectaculaire, un talent inouï, une carrière flamboyante - même après 007 -, suivie d'un effacement tout en douceur... Il fut un des acteurs les plus aimés et admirés du cinéma.

Sean Connery aura été l'une des légendes du cinéma.

Sean Connery aura été l'une des légendes du cinéma.

« Je suis né le 25 août 1930. Nous vivions au dernier étage d'un immeuble au 176 Fountainbridge. Il n'y avait pas d'eau chaude et pas de salle de bains ». Ainsi s'ouvrent les mémoires de Sean Connery.

Sur une vieille photo de son enfance à Edimbourg, il est assis parmi une bande de copains en culotte courte. Tous ont des cernes, des chevelures ébouriffées et parmi cette chouette brochette de mioches, on reconnaît facilement le petit Sean : il est le seul à porter une cravate.

Son destin s'inscrit dans ce détail. Sean Connery allait devenir l'un des comédiens les plus aimés du cinéma, une éternelle incarnation de l'élégance masculine… sans que son coeur ne quitte jamais Fountainbridge.

Un corps de statue grecque

Sean Connery fait partie de cette race de stars qui tirent leur art de l'aventure d'une vie. A seize ans, il s'engage dans la Royal Navy et fait tatouer deux phrases sur son avant-bras : « Scotland for ever » et « Papa et Maman ». Il retrouve Edimbourg deux ans plus tard. Aujourd'hui, la bibliothèque de la ville possède plusieurs trésors dont la dernière lettre de Mary Stuart et le premier bulletin de paye de livreur de lait de Sean Connery. Suit une farandole de jobs sans lendemain : maçon, imprimeur, camionneur, fabricant de cercueil, maître-nageur…

Il consacre ses après-midis au foot. A vingt ans, Sean s'est taillé un corps digne de statue grecque qu'il parfait dans une salle de bodybuilding. Il sert de modèle aux étudiants en art plastique et participe au concours de Mister Univers en 1953. C'est en allant voir un copain au théâtre que se dessine sa vocation. Engagé dans une troupe d'opérette, il évolue vers Shakespeare, Ibsen ou Pirandello.

Au cinéma, il traverse une petite dizaine de films dont « Le jour le plus long » sans sortir de l'anonymat. Au début des années 1960, le réalisateur Terence Young, qui l'a fait tourner dans un film oublié, va le voir au théâtre. Young doit prochainement réaliser l'adaptation d'un best-seller de Ian Flemming. 007 se cherche encore un acteur. Après une séance de casting, le producteur Albert Broccoli regarde par la fenêtre le jeune homme s'éloigner avec cette démarche de panthère si particulière. Il tient son agent secret.

L'espion qu'on aimait

En 1962, les spectateurs suivent sa main qui va allumer une cigarette. Il se présente en deux temps « Bond… James Bond » et souffle la fumée. « Dr. No » propulse l'acteur vers la gloire. Il reprendra six fois son personnage. Pourtant dès 1965, sur le tournage d'« Opération Tonnerre », la star s'interrogeait : « Comment faire comprendre que je ne suis pas Bond ? ». Il consacrera une bonne part de sa carrière à fuir le mythe qu'il a fondé. Dans les années 1960, à côté des exploits de l'espion, on le voit dans « Pas de printemps pour Marnie » d'Alfred Hitchcock, dans « La colline des hommes perdus » de Sidney Lumet ou le western d'Edward Dmytryk « Shalako » avec Brigitte Bardot. Il lui faudra néanmoins attendre les années 1970 pour qu'il se détache vraiment de l'espion. Le temps que son physique se patine… et que Roger Moore parvienne à imposer un autre Bond.

Connery peut alors renouer avec ses origines et la « working class ». « Traître sur commande » (1970) de Martin Ritt est un portrait extraordinaire des mineurs de fond dans la Pennsylvanie des années 1870. Quand il reprend temporairement son personnage de James Bond dans « Les diamants sont éternels » un an plus tard, il reverse son cachet au Scottish International Education Trust.

Dans son film suivant, « The Offence » de Sidney Lumet, il campe un flic violent qui poursuit un violeur de fillettes sous le ciel gris d'une Angleterre misérable. Il revient à John Huston de lui offrir son plus beau rôle en 1975 dans « L'homme qui voulut être roi » adaptation d'une nouvelle de Kipling. Il y interprète un ancien soldat qui devient le seigneur d'un petit Royaume de l'Himalaya. Un an plus tard, il apparaît dans le bouleversant film de Richard Lester « La Rose et la Flèche » où il interprète un Robin des bois vieillissant dans les bras d'une Marianne jouée par Audrey Hepburn.

La calvitie la plus sexy du cinéma

Au milieu des années 1980, il revient au premier plan en moine détective du Moyen Age dans « Le nom de la Rose » de Jean-Jacques Annaud d'après Umberto Ecco. Détail important : Sean Connery sera la première superstar à assumer sa calvitie. Si tous les séducteurs qui l'ont précédé ont semblé ne jamais perdre leurs cheveux, c'est tout simplement parce qu'ils portaient des moumoutes. Ainsi, Sean Connery aura appris aux hommes à vieillir dignement.

En 1988, il décroche un Oscar pour son rôle de vieux flic veuf dans « Les incorruptibles » de Brian de Palma. On l'y voit mourir dans une scène déchirante sur une musique de Morricone. L'année suivante, Spielberg en fait le père d'Indiana Jones dans « La dernière croisade ». A 59 ans, People Magazine le désigne « Homme vivant le plus sexy ». Dans la dernière décennie du millénaire, il retourne à la guerre froide, côté russe cette fois, comme pour enterrer ses années Bond, dans « A la poursuite d'Octobre Rouge » (1990) de John Mc.Tierman et la « La Maison Russie » (1991) de Fred Schepisi d'après John Le Carré.

Gus Van Sant lui offrira son dernier grand rôle dans « A la rencontre de Forrester » en 2001. En 2005, Sean Connery annonce sa retraite. Disparu des écrans, il va doucement s'éclipser des médias. En 2006, l'acteur recevait le Life time Achievement Award de l'American Film Institute pour l'ensemble de sa carrière : « Faire des films », déclare-t-il ce soir-là, « est une utopie. Mais c'est aussi empiler des montagnes de merde. Alors ce soir, je propose que nous posions tous nos pelles pour ne garder que les bons souvenirs ». Il n'existe aucune photo de lui récente. Comme il avait réussi son entrée en allumant la cigarette dans « Dr. No », il réussit sa sortie en s'évaporant.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article