PORTRAIT. Élu président des États-Unis, Joe Biden, l'homme qui a surmonté les épreuves

Publié le par Ouest-France par Laurent Marchand

À 77 ans, le vétéran de la politique américaine remporte les élections américaines et devient le 46e président des Etats-Unis, si l’on en croit les principaux médias américains ce samedi.

Le démocrate Joe Biden, 77 ans, devient le 46e président des États-Unis. Drew Angerer | AFP/SAUL LOEB

Le démocrate Joe Biden, 77 ans, devient le 46e président des États-Unis. Drew Angerer | AFP/SAUL LOEB

Joe Biden vient d’être élu président des États-Unis, si l’on en croit CNN, Fox News ou encore l’agence Associated Press ce samedi 7 novembre. Retour sur l’itinéraire de celui qui succédera en janvier à Donald Trump.

La scène se passe à Washington, en 1972. Joe Biden vient tout juste de devenir sénateur, à 29 ans à peine. Il a détrôné à la surprise générale le vétéran J. Caleb Boggs. Pour s’installer au Congrès, sa sœur est venue lui prêter main-forte.

Joe est marié depuis 1966 et déjà père de trois enfants. Le téléphone sonne soudain. Le visage de sa sœur blêmit, c’est ainsi que Joe Biden apprend que sa femme et sa fille viennent de mourir dans un accident de voiture. Ses deux fils, Beau et Hunter, sont grièvement blessés.

Drame personnel, ce choc qui le frappe en plein succès restera comme une parabole de son parcours politique. Un genou à terre, il pense abandonner, mais ses amis l’intiment de tenir. « L’échec est inévitable dans la vie, mais abandonner c’est impardonnable », dira-t-il en 2008, dans son discours à la Convention démocrate, à la veille du sacre de Barack Obama.

Capacité de rebond

Joseph Robinette Biden Jr., de son vrai nom, est né le 20 novembre 1942 à Scranton, en Pennsylvanie. Dans les années 1950, la ville, minière et industrielle, traverse une passe difficile. Son père cherche du travail dans l’État voisin du Delaware puis installe toute la famille à Wilmington. Joe Biden a dix ans. Il en fera son fief. « Mon père disait toujours : Champion, on prend la mesure d’un homme non pas selon au nombre de fois qu’il est mis à terre, mais d’après le temps qu’il met à se relever », rappelle-t-il sans relâche.

Avec ses airs de papy sortant de sa gym, son sourire au charme irrésistible, Joe Biden incarne ce moteur central de la société américaine. La capacité de rebond, de surmonter les épreuves. De ne jamais lâcher, comme il vient de le montrer après le deuil de son fils Beau, victime d’un cancer en 2015. « Au fil des ans, sachant ce que j’ai dû affronter, j’ai constaté que des dizaines, sinon des centaines de personnes sont venues vers moi pour chercher du réconfort », dit-il avec le recul.

« Une touche d’authenticité qui est rare »

Sur lui, humainement, les avis sont unanimes. Chez les électeurs de sa circonscription comme dans les sphères du pouvoir. « C’est le gars avec qui tu irais prendre une bière, tu te sens écouté, il transmet une incroyable empathie », raconte Charles-Philippe David, professeur en relations internationales à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Pour Evan Osmos, auteur d’une biographie de Biden, « il apporte une touche d’authenticité qui est rare dans la profession ».

Un ancien conseiller du très cérébral Obama confirme : « Quand des rencontres avec des hôtes étrangers avaient lieu, il se passait quelque chose tout de suite avec Biden. » Leon Panetta, ancien patron de la CIA, aime dire que son style direct est si naturel qu’en l’entendant parler au téléphone dans les couloirs de la Maison-Blanche, « il était difficile de savoir s’il parlait à un leader mondial ou à un politicien local du Delaware », son État.

Son carnet d’adresses international impressionne. Durant ses 36 ans au Sénat, il a longtemps dirigé la Commission des Affaires étrangères. Visitant l’Europe de l’Est, dès les années 1970, et cultivant un réseau et une connaissance des dossiers qui furent très utiles au jeune Obama à peine élu. Dans un Congrès désormais clivé en deux camps irréconciliables, Biden a été l’un des derniers à tisser des compromis avec les Républicains, à la Ted Kennedy.

Des contradictions et des gaffes, Biden en a pourtant produit à profusion. « Joe Bombs », c’était son surnom dans l’équipe Obama, où les conseillers à la communication millimétrée le traquaient avec leur prompteur, redoutant ses prises de parole improvisées. Comme lorsqu’en 2012, oubliant qu’il était aux affaires depuis 2008, il lâcha : « La classe moyenne a été lessivée ces quatre dernières années. » Mais Biden déteste le prompteur, trop fier d’avoir surmonté son bégaiement de l’enfance (autre épreuve surmontée).

Tout comme il déteste les éléments de langage que ses diplomates lui préparent. « C’est vraiment important, quand on peut, de faire sentir à son interlocuteur que vous comprenez ses problèmes », confiait-il à Evan Osnos, sinon, la « langue de bois lui dit simplement que vous n’en avez aucune idée ». Ne s’est-il pas permis de dire en face, à Vladimir Poutine, en 2011 : « Monsieur le Premier ministre, j’ai beau scruter votre regard, je ne pense pas que vous ayez une âme » ? « Nous nous comprenons tous les deux », lui aurait répondu le maître du Kremlin.

Par ses gaffes ou ses contradictions, Biden a parfois fait enrager l’aile gauche du parti, celle-là même qui l’a fait élire. Il vota pour la guerre en Irak, en 2003, décision regrettée depuis.

Soigner la société américaine

Lors d’une audition tendue en 1991 pour valider une nomination à la Cour Suprême, il n’avait pas fait comparaître un témoin accusant le futur juge de harcèlement sexuel. Il a lui-même été mis en cause pour ses comportements par une ancienne assistante parlementaire. Mais sans suite.

Avec le temps, il s’est révélé plutôt sceptique sur l’usage de la force. Contrairement à Hillary Clinton, il était contre l’intervention en Libye en 2011. Surtout, il estime que « la guerre est un sujet trop sérieux pour la confier aux militaires », et que c’est au pouvoir civil de trancher. Autrement dit, au Président. Désormais, à lui.

« Je crois qu’on va retourner à un débat classique au sein de la politique étrangère américaine. On est un peu comme en 1920, lorsque le maître-mot était de retourner à la ‘normalité’»,prévoit John Bolton, ancien conseiller à la sécurité de Donald Trump.

Parce que ses blessures personnelles et son incroyable carrière politique ont toujours été mêlées, Joe Biden nourrit, par son être même, un espoir dans l’opinion. Celui de soigner la société américaine du chaos et des profondes déchirures que les années Trump ont aggravés.

Ses dates clés

  • 1942. Naissance, le 20 novembre, à Scranton (Pennsylvanie). Sa grand-mère paternelle, Mary Elizabeth Biden (née Robinette), descend de huguenots français ayant émigré en Angleterre puis en Pennsylvanie.
  • 1968. Diplômé en histoire, en science politique et en droit, il commence une carrière juridique à Wilmington (Delaware).
  • 1972. Son épouse et sa fille Naomi Christina, âgée de treize mois, sont tuées dans un accident de voiture.
  • 1973. Élu au Sénat sous l’étiquette du parti démocrate pour l’État du Delaware jusqu’en 2009.
  • 1987. Préside le comité judiciaire et criminel du Sénat, jusqu’en 1995.
  • 2001. Préside le comité des affaires étrangères du Sénat, réélu en 2009.
  • 2008. Vice-président des États-Unis, jusqu’en 2016.
  • 2015. Son fils aîné, Beau Biden, meurt d’un cancer du cerveau.
  • 2020. En passe de devenir le 46e président des États-Unis.

Publié dans Articles de Presse

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