Présidentielle américaine : Nouvelle vice-présidente, Kamala Harris entre à pieds joints dans l’Histoire

Publié le par 20 Minutes avec AFP

PORTRAIT Le démocrate Joe Biden a dépassé ce samedi le seuil des 270 grands électeurs lui permettant de devenir le prochain président des Etats-Unis. Et Kamal Harris arrive avec lui 

 Kamala Harris, le 2 novembre 2020 à Philadephie. — Michael Perez

Kamala Harris, le 2 novembre 2020 à Philadephie. — Michael Perez

C’est elle qui, lors des débats entre les candidats démocrates, était celle qui avait attaqué le plus frontalement son adversaire d’alors. Un certain Joe BidenKamala Harris obtient ce samedi la consécration en devenant la future vice-présidente des Etats-Unis. Ancienne procureure et fille d’immigrés, elle entre ainsi à pieds joints dans l’Histoire, en tant que première femme et première personne noire à accéder à ce poste.

Agée de 56 ans, la sénatrice de Californie a permis à Joe Biden, son aîné de 20 ans, d’engranger durant cette campagne chaotique les voix d’un électorat plus divers, qui avait soif de se voir mieux représenté au sommet du pouvoir. A tel point que certains électeurs disaient voter non pas pour Biden mais pour Harris, la fille d’un père jamaïcain et d’une mère indienne.

Une campagne à l’énergie

Avant le scrutin, Kamala Harris a appelé sans relâche à une mobilisation historique des femmes et des minorités, en dénonçant les tentatives d’entraver le scrutin dans des Etats républicains. « Pourquoi croyez-vous que tant de gens puissants (…) essayent de vous empêcher de voter », a-t-elle demandé en Géorgie, l’un des Etats-clés de l’élection, finalement remporté par les démocrates en attendant le recomptage des voix. « Ils connaissent votre pouvoir », a-t-elle répondu. « Ne laissez personne vous mettre hors-jeu. »

Arborant toujours un masque contre le coronavirus et respectant les distances de précaution comme Joe Biden, elle a mené une campagne plus active que le septuagénaire, dansant au rythme des fanfares ou s’entretenant avec les clients de cafés… en extérieur, pandémie oblige. Elle a aussi rencontré à Milwaukee la famille de Jacob Blake, un homme noir grièvement blessé par la police, en pleine vague de colère historique contre le racisme aux Etats-Unis.

Kamala Harris à Miami, le 27 juin 2019. - Larry Marano

Kamala Harris à Miami, le 27 juin 2019. - Larry Marano

Le rêve américain

Forte d’un parcours brillant, digne du meilleur rêve américain malgré des chapitres controversés, elle rêvait de devenir la première femme présidente noire des Etats-Unis. Elle a finalement brigué le poste de VP avec, sans doute, un œil sur la présidentielle de 2024. Car Kamala Harris est une pionnière.

Elle a grandi à Oakland, où ses parents – un père professeur d’économie et une mère, aujourd’hui décédée, chercheuse spécialiste du cancer du sein – militaient pour les droits civiques. Diplômée de l’université Howard, fondée à Washington pour accueillir les étudiants afro-américains en pleine ségrégation, elle rappelle régulièrement son appartenance à l’association d’étudiantes noires « Alpha Kappa Alpha ».

Après deux mandats de procureure à San Francisco (2004-2011), elle avait été élue, deux fois, procureure générale de Californie (2011-2017), devenant alors la première femme, mais aussi la première personne noire, à diriger les services judiciaires de l’Etat le plus peuplé du pays. Puis en janvier 2017, elle avait prêté serment au Sénat à Washington, s’inscrivant comme la première femme originaire d’Asie du Sud et seulement la deuxième sénatrice noire dans l’Histoire.

Ses interrogatoires serrés de candidats présidentiels à des postes que le Sénat doit confirmer l’ont depuis fait connaître, comme face aux juges nommés à la Cour suprême Brett Kavanaugh et Amy Coney Barrett. Pendant la primaire démocrate, elle avait d’ailleurs promis de « mener le réquisitoire » contre Trump.

L’affrontement avec Biden… Puis le ticket gagnant

Lors d’un des débats entre candidats démocrates, c’est donc contre Joe Biden, on l’a dit, qu’elle avait fait des étincelles, en l’attaquant sur ses positions passées concernant les politiques de déségrégation raciale dans les années 1970.

En racontant comment, petite fille, elle était dans l’un des bus amenant les écoliers noirs dans les quartiers blancs, elle avait ému, et bondi brièvement dans les sondages. Notre correspondant à Los Angeles, Philippe Berry, vous avait alors proposé un premier portrait de Kamala Harris, à lire ici.

Peinant à définir clairement sa candidature, elle avait toutefois jeté l’éponge. Ses expériences dans les branches législative, judiciaire et exécutive du pouvoir, et sa proximité avec Beau Biden, fils de Joe et ancien procureur du Delaware décédé d’un cancer en 2015, ont malgré tout convaincu son ex-rival de la choisir comme colistière. Il compte aussi sur son image moderne de femme se présentant en « Momala », fière de sa famille mixte et recomposée. Son époux, l’avocat blanc Douglas Emhoff, a lui aussi participé activement à la campagne présidentielle.

Une réputation de dureté

Mais son passé de procureure pèse aussi contre elle. Des électeurs noirs et progressistes déplorent sa réputation de dureté, notamment en punissant strictement de petits délits qui ont, selon ses détracteurs, affecté surtout les minorités.

Face à Mike Pence, dans le seul débat des vice-présidents, elle avait attaqué à de multiples reprises la gestion par l’exécutif de la crise du coronavirus, qu’elle a qualifiée de « plus gros échec de toute administration présidentielle dans l’histoire » du pays. Le lendemain, Donald Trump l’avait traitée de « monstre » qui ne dit que « des mensonges ». Il n’a de cesse de mettre en garde contre ses opinions, qui feront, selon lui, plonger l’Amérique dans le « socialisme ».

Publié dans Articles de Presse

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