Procès de Nuremberg : les criminels nazis devant la justice

Publié le par GEO par Esther Buitekant

Le procès de Nuremberg est un procès historique à plus d’un titre. Alors que les dignitaires nazis doivent répondre de leurs actes devant la justice, la notion de crime contre l’humanité est introduite pour la première fois dans le droit international. Comment s’est déroulé le procès et quelles en ont été les principales condamnations ? Nos éléments de réponses avec Florent Vandepitte, professeur agrégé d’histoire.

© Flickr

© Flickr

La Seconde Guerre mondiale demeure le conflit le plus meurtrier de l’histoire et a causé la mort de 60 millions de personnes, dont une majorité de victimes civiles. Après plus de cinq années de combats, le traumatisme est immense. Face à ces destructions et ces crimes de guerre, les opinions publiques se lancent à la recherche de coupables. "La condamnation officielle des principaux responsables est donc nécessaire pour apaiser les tensions qui ont parfois pu donner lieu à des règlements de comptes et à une épuration sauvage", explique Florent Vandepitte.

Qui a décidé de la tenue du procès de Nuremberg ?

Le procès de Nuremberg est ainsi décidé par les alliés, et en premier lieu les États-Unis qui entendent refonder le monde sur de nouvelles valeurs, opposées à celles qui ont conduit à la construction des États totalitaires. Un esprit qui conduit également à la fondation de l’ONU en juin 1945 et à l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme le 10 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations unies.

"L’idée d’un procès international est en réalité déjà présente dans la déclaration de Moscou d’octobre 1943. Ce premier Tribunal militaire international de l’histoire est créé par le statut de Londres, adopté le 8 août 1945, par les États-Unis, le Royaume-Uni, l’URSS et la France", détaille l’historien. C’est ce texte adopté à la suite d’une conférence internationale qui en fixe les règles et qui définit pour la première fois de l’histoire la notion de crime contre l’humanité.

Procès de Nuremberg : qui étaient les accusés ?

Le procès qui se tient entre novembre 1945 et octobre 1946 permet le jugement de 22 hauts dignitaires nazis, alors que les principaux responsables de "la solution finale" ne sont plus là. Hitler s’est suicidé dans son bunker lors de la bataille de Berlin le 30 avril 1945, tout comme Joseph Goebbels, avec femme et enfants, le 1er mai 1945.

Comme le rappelle Florent Vandepitte, "le principal accusé est le plus haut responsable du troisième Reich encore en vie, Hermann Göring, ministre dès 1933, fondateur de la Gestapo et l’un des principaux cadres du IIIe Reich". A ses côtés, sont également présents les deux chefs de l’armée, Alfred Jodl, chef de l'état-major de la conduite des opérations militaires au Haut Commandement de la Wehrmacht, et Wilhelm Keitel, commandant-en-chef de la Wehrmacht et à ce titre signataire de la capitulation allemande le 8 mai 1945.

Les autres accusés sont des responsables militaires ou politiques de premier rang, parmi lesquels Joachim von Ribbentrop, ambassadeur d’Allemagne au Royaume-Uni puis ministre des affaires étrangères entre 1938 et 1935 ou encore Martin Bormann, éminence grise du parti nazi.

Procès de Nuremberg : quels étaient les chefs d’accusation ?

Les plus hauts cadres du troisième Reich sont visés par quatre chefs d’accusation : conjuration, crime de guerre, crime contre la paix et, pour la première fois de l’histoire, crime contre l’humanité. Ce principe nouveau recouvre "le meurtre, l’extermination, l’asservissement, la déportation et autres actes inhumains commis aux dépens de toute population civile avant ou pendant la guerre ; les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux" selon la constitution du Tribunal militaire international.

Dans son discours inaugural, le président du tribunal, le juge britannique Geoffrey Lawrence, rappelle d’ailleurs son caractère historique : "Le procès qui va commencer est unique dans les annales du droit mondial et d'une importance extrême pour des millions de personnes du monde entier". Ce procès permet de jeter les bases de la justice internationale.

Contrairement à une idée reçue, la notion de crime contre l’humanité ne porte pas spécifiquement sur le génocide des juifs. "La mise à mort de plusieurs millions de juifs n’est même absolument pas au centre du procès de Nuremberg et il faudra attendre le procès Eichmann de 1961 pour que les témoins juifs soient convoqués à la barre", rappelle l’historien. Le procès de Nuremberg vise avant tout à juger les persécutions commises contre les civils qui demeurent les principales victimes de la Seconde Guerre mondiale.

Pourquoi le procès s’est-il tenu à Nuremberg ?

C’est à Nuremberg qu’Hitler avait tenu à organiser le congrès annuel du parti nazi, faisant de la ville la capitale idéologiquee du troisième Reich. Il avait d’ailleurs confié à Albert Speer, architecte officiel du troisième Reich avant d’être l’un des condamnés du procès, la mission de construire un stade pour accueillir ce rassemblement annuel. "C’est dans ce stade de Nuremberg qu’était régulièrement mis en scène le culte de la personnalité autour du führer, notamment visible dans le film de propagande Leni Riefenstahl, le Triomphe de la volonté", explique Florent Vandepitte. Le choix de Nuremberg est donc celui du symbole.

Procès de Nuremberg : les principales condamnations

Trois accusés sont acquittés, sept sont condamnés à des peines de prison et les douze autres à la peine de mort. "Sur ces 12 condamnés à mort, 11 sont exécutés par pendaison le 16 octobre 1946 dans le gymnase de la prison de Nuremberg, Hermann Göring ayant choisi de se donner la mort lui-même la veille de l’exécution de cette sentence, en avalant une capsule de cyanure", détaille l’historien.

D’autres procès se tiendront en Allemagne entre 1946 et 1949 pour juger des médecins, des juristes, des hauts responsables de la police ou encore des hauts gradés de l’armée. La plupart des anciens responsables nazis parvient toutefois à échapper aux poursuite et certains d’entre eux parviennent même à conserver des responsabilités importantes en Allemagne. "L’un des exemples les plus marquants est celui de Kurt Kiesinger, membre actif du parti nazi, chargé de la propagande à l’internationale qui parvient pourtant à accéder à la fonction de chancelier d’Allemagne de l’Ouest entre 1966 et 1969", conclut Florent Vandepitte.

Merci à M. Florent Vandepitte, professeur agrégé d’histoire. Il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages dont Les grands discours politiques pour les nuls (Éditions First) et Le Petit livre des grandes citations de Charles de Gaulle, à paraître chez le même éditeur le 22 octobre 2020.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article