Sean Connery le magnifique est mort

Publié le par France Culture par Isabelle Souquet et Eric Chaverou avec la collaboration de Caroline Bennetot

Légende du cinéma britannique et international, l'acteur et producteur écossais Sean Connery, premier à interpréter le rôle de James Bond, est mort à l'âge de 90 ans. Ses interprétations de dizaines de personnages lui valurent un Oscar, trois Golden Globes et deux Baftas.

Sean Connery dans le film américain "Juste Cause", réalisé par Arne Glimcher en 1995.• Crédits : Warner Bros. Pictures

Sean Connery dans le film américain "Juste Cause", réalisé par Arne Glimcher en 1995.• Crédits : Warner Bros. Pictures

Sean Connery "est décédé paisiblement dans son sommeil entouré de sa famille". Les proches de l'acteur écossais ont ainsi révélé ce samedi son décès aux Bahamas, à l'âge de 90 ans. La star est avant tout connu pour son interprétation de James Bond, le héros des romans de son compatriote Ian Fleming, de 1962 à 1973. Mais celui qui avait intitulé son autobiographie Being a Scot ("Être Écossais") a aussi été sollicité par les plus grands réalisateurs.

His name was Bond, mais pas seulement

Né en 1930 dans une banlieue pauvre d'Edinbourg, Thomas Sean Connery quitte l’école à 16 ans pour s'engager dans la Royal Navy où il restera trois ans. Fils d'un ouvrier catholique et d'une femme de ménage protestante, il enchaîne ensuite les petits boulots : maître-nageur, maçon, routier, garde du corps ou polisseur de cercueils. Celui qui refusera une carrière de footballeur professionnel s'était aussi lancé dans le culturisme, sa première expérience sur les planches sera certainement d'arriver troisième sur le podium de Mister Univers.

Sean Connery en 1956 sur le plateau de Au bord du volcan (Action of the Tiger). C'est le premier film dans lequel il travaille avec le réalisateur Terence Young.• Crédits : Watford / Mirrorpix - Getty

Sean Connery en 1956 sur le plateau de Au bord du volcan (Action of the Tiger). C'est le premier film dans lequel il travaille avec le réalisateur Terence Young.• Crédits : Watford / Mirrorpix - Getty

A 27 ans, repéré dans un téléfilm pour la BBC, il signe avec la 20th Century Fox et tourne dans le premier James Bond James Bond 007 contre Dr No, avec notamment la scène mythique d'Ursula Andress sortant de l'eau. Flegme, charisme, plastique - et sourcils en accent circonflexe - il explose à l’écran. Il incarnera sept fois un rôle dont il va finir par se lasser, souligne le spécialiste de James Bond, Guillaume Evin :

    "Pour Sean Connery, cela a été compliqué. Car c'est le rôle qui a fait sa gloire, celui grâce auquel il a accédé au rang de star et qui lui a ouvert toutes les portes, mais c'est aussi un rôle qui commençait à l'enfermer. Et il a voulu desserrer le carcan et il a très bien réussi. Il a eu véritablement une seconde carrière, là où les autres interprètes de 007 n'ont pas aussi bien réussi que lui."

Après Bons Baisers de Russie (1963), Goldfinger (1964), Opération Tonnerre (1965), On ne vit que deux fois (1967), et Les diamants sont éternels (1971) il abandonne le désormais célèbre espion, remplacé par l'Australien George Lazenby. Mais s'il avait déclaré qu'il ne tournerait "plus jamais" de James Bond, Sean Connery reviendra en 1983 à l'affiche de Jamais plus Jamais, une nouvelle adaptation du roman Opération Tonnerre considérée comme un film non officiel de la saga. Il faut dire qu'il bénéficie d'un salaire mirifique pour l'époque de 5 millions de dollars, un de plus que Roger Moore qu'il affronte à distance dans le Bond officiel Octopussy. Critique cinéma sur notre antenne et producteur de "Plan Large", Antoine Guillot estime que "l'apport de Sean Connery au cinéma est le film d'action intelligent, d'une certaine manière" :

"Il avait toujours cet oeil qui frisait l'intelligence et puis l'humour, la distanciation, quelque chose de presque Brechtien par moments. A fond dans son personnage tout en se regardant jouer et en disant aux spectateurs 'tout ça, c'est du cinéma'."

"Une légende mondiale, mais avant tout et surtout, un patriote et un Ecossais fier"

Jean-Jacques Annaud ne voulait pas de lui pour Le Nom de la rose, en 1986, mais le réalisateur raconte qu'il a craqué parce qu'il a eu la chair de poule quand Sean Connery s'est mis à lire le script à voix haute. L'acteur gentleman plein de charme s'est aussi fait remarquer pour Hitchcock dans Pas de printemps pour Marnie (1964), pour John Huston dans L'homme qui voulut être roi (1975), pour Brian de Palma dans Les Incorruptibles (1987) ou encore pour Steven Spielberg dans Indiana Jones et la dernière croisade (1989). Très apprécié du grand public, tout comme aussi dans À la poursuite d'Octobre rouge, en 1990, de John McTiernan.

LE NOM DE LA ROSE (1986)• Crédits : Christophel - AFP

LE NOM DE LA ROSE (1986)• Crédits : Christophel - AFP

L'homme consacré à 60 ans "le plus sexy du monde" par le magazine People était dans le même temps un farouche défenseur de l'autonomie de l'Ecosse, tatoué au bras "Scotland forever". Et quand la reine d'Angleterre a voulu l'anoblir, celui qui fut membre du Scottish National Party (SNP) s'est présenté à elle vêtu d'un kilt taillé dans le tartan vert et noir du clan Maclean, celui de sa mère. 

Le 5 avril 2001, Sean Connery porte les couleurs de sa famille avant de recevoir le Wallace Award de l'American Scottish Foundation sur les marches du Capitole, à Washington.• Crédits : Tim Sloan - AFP

Le 5 avril 2001, Sean Connery porte les couleurs de sa famille avant de recevoir le Wallace Award de l'American Scottish Foundation sur les marches du Capitole, à Washington.• Crédits : Tim Sloan - AFP

"Sean était une légende mondiale, mais avant tout et surtout, un patriote et un Ecossais fier", a commenté ce samedi Nicola Sturgeon, Première ministre écossaise et membres du SNP, le parti nationaliste écossais. "On pourrait relire toute sa filmographie à l'aune de cet aspect écossais", estime Antoine Guillot : 

"Tous ses films sont en dialogue avec la grandeur de la Grande-Bretagne mais toujours de manière assez critique et distanciée. C'est peut-être la critique de l'Ecossais de la grandeur britannique."

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