Spoliation nazie sous l'Occupation: scandale et restitution

Publié le par Arts in the City par Morgane Afif

André Derain, Paysage à Cassis, 1907 © Musée d'Art Moderne de Troyes - André Derain, La Chapelle-sous-Crecy, vers 1910 © RMN - André Derain, Pinède, Cassis, 1907 © Musée Cantini
André Derain, Paysage à Cassis, 1907 © Musée d'Art Moderne de Troyes - André Derain, La Chapelle-sous-Crecy, vers 1910 © RMN - André Derain, Pinède, Cassis, 1907 © Musée Cantini
André Derain, Paysage à Cassis, 1907 © Musée d'Art Moderne de Troyes - André Derain, La Chapelle-sous-Crecy, vers 1910 © RMN - André Derain, Pinède, Cassis, 1907 © Musée Cantini

André Derain, Paysage à Cassis, 1907 © Musée d'Art Moderne de Troyes - André Derain, La Chapelle-sous-Crecy, vers 1910 © RMN - André Derain, Pinède, Cassis, 1907 © Musée Cantini

Cette fois, ce sont trois toiles du peintre fauviste André Derain qui vont être restituées aux descendants de René Gimpel, marchand d'art juif spolié pendant la Seconde Guerre mondiale et acquis par ce dernier lors de la vente de la collection Kahnweiler en 1921 à Paris. La cour d'appel de Paris a ainsi infirmé un jugement du tribunal correctionnel rendu en août 2019 qui refusait la restitution des trois tableaux peints entre 1907 et 1910, en ordonnant immédiatement la nullité de leur vente. Ces toiles étaient jusqu'alors conservées au musée d'Art Moderne de Troyes et au musée Cantini de Marseille: Paysage à Cassis et La Chapelle-sous-Crecy pour le premier et Pinède, Cassis pour le second. Revenues d'Allemagne à la fin de la guerre, celles-ci avaient été placées en dépôt dans ces deux musées après avoir été inscrites dans les collections publiques. Il persiste aujourd'hui un flou volontairement entretenu par les institutions autour de celles-ci, dont le passage au crible pourrait très certainement faire ressortir davantage de provenances douteuses.

René Gimpel, héros de l'art et de la France

René Gimpel et sa famille © Famille Gimpel / Archives of American Art - René Gimpel en 1916 © Famille Gimpel / Archives of American Art
René Gimpel et sa famille © Famille Gimpel / Archives of American Art - René Gimpel en 1916 © Famille Gimpel / Archives of American Art

René Gimpel et sa famille © Famille Gimpel / Archives of American Art - René Gimpel en 1916 © Famille Gimpel / Archives of American Art

René Gimpel, issu d'une famille juive alsacienne, était un des plus grands collectionneurs d'art du début du XXe siècle. En 1921, il avait acquis à Drouot six peintures d'André Derain: la célèbre maison de vente conserve toujours les actes de vente de ces acquisitions. Le collectionneur avait ensuite transféré ces toiles vers sa galerie londonienne avant de les faire revenir à Paris en 1939, dans sa galerie place du Palais-Bourbon dans le septième arrondissement de Paris. En 1940, celle-ci fut pillée par les Allemands. Réfugié à Cannes après une première arrestation, il gardait contact avec son neveu resté à Paris pour continuer à vendre ses toiles, souvent à prix décevants, ce qui lui permettait de survivre et de poursuivre ses activités clandestines dans la Résistance auprès des services britanniques. Il finança ainsi une compagnie marseillaise, Azur Transports, servant officiellement de fret au transport de charbon mais qui faisait en fait circuler bon nombre de réfugiés et de faux-papiers, avant d'être arrêté en 1944 puis déporté au camp de Neuengamme, en Allemagne, où il mourut en janvier 1945.

Un phénomène hélas répandu

Le nombre de biens spoliés ou vendus sous contrainte en France durant la Seconde Guerre mondiale est aujourd'hui estimé à plus de cent mille. Ceux-ci alimentent régulièrement l'actualité, comme en 2012 lorsque 1500 œuvres d'art avaient été découvertes au domicile du collectionneur germano-autrichien Cornelius Gurlitt. Si une partie de celles-ci ont été restituées, plus de 2000 tableaux et objets retrouvés en Allemagne demeurent toujours conservés par des musées publics français, dont le Louvre, le musée d'Orsay ou le musée d'Art Moderne. L'étiquette MNR (Musées Nationaux Récupération), leur permet ainsi de bénéficier d'un statut spécifique sans faire pour autant partie des collections publiques officielles, faute d'identification de leurs ayant-droits. Leur restitution est donc souvent obtenue après des démarches juridiques de longue haleine puisque une partie des œuvres non identifiées ont été vendues par l'administration après la Libération et ont depuis disparu dans des collections privées en France ou à l’étranger.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article