Barbeault Marcel

Publié le par Mémoires de Guerre

Marcel Henri Barbeault, né le 10 août 1941 à Liancourt (Oise), est un tueur en série qui a sévi dans les alentours de Nogent-sur-Oise dans les années 1970. Il est l'auteur du meurtre de sept de femmes et de celui d'un homme, ainsi que de trois tentatives de meurtre, commis entre 1969 et 1976. Ses crimes avaient toujours lieu le soir ou tôt le matin d'où son surnom de « Tueur de l'ombre ». Détenu depuis décembre 1976, il purge toujours sa peine de réclusion criminelle à perpétuité, après plus de 40 ans de prison. 

Barbeault Marcel
Barbeault Marcel

Jeunesse

Fils aîné d'un conducteur de locomotive à vapeur et d’une mère travaillant dans le textile, il quitte l'école très jeune après avoir raté son certificat d'études primaires. À 14 ans, il est engagé dans les ateliers mécaniques des « Établissements Rivière » de Creil, en tant que chauffeur de rivets. Il est Cœurs vaillants puis militant JOC. À sa majorité, le 13 décembre 1960, il s'engage dans l'armée et est mobilisé durant la guerre d'Algérie où il est brancardier. À son retour, il retourne à l'usine et occupe un emploi d'ouvrier spécialisé à Saint-Gobain, il fait les trois huit. Du haut de son mètre quatre vingt il pratique la boxe et le judo en amateur et aurait voulu être parachutiste ou gendarme mais il est sujet au vertige et a échoué 8 fois au code de la route. 

En 1964, il se marie avec Josiane avec qui il a deux garçons, Patrice en 1966 puis Laurent en 1972. Sa mère Micheline décède d'un cancer en 1968, puis ses deux frères respectivement en 1971 et 1974. À cette période il se lance dans des cambriolages. Il agit seul en mobylette sur son trajet de retour du travail, il vole notamment des armes. Les décès dans sa famille semblent être les évènements clés de sa plongée dans le crime et la violence (sa mère ayant subi l'ablation des deux seins avant sa mort, ce traumatisme aurait pu entraîner une volonté de vengeance et des rites sexuels similaires). 

Mode opératoire

Il attaque ses victimes le long de la voie ferrée, les frappe avec un casse-tête, en réalité avec une pelle à ballast de la SNCF, leur donne un coup de poignard dans le cœur puis leur tire une balle de carabine 22 long rifle à la nuit tombante (entre 19 et 21 h). Toutes ses victimes sont des femmes brunes selon la rumeur, tuées après les avoir longtemps épiées (pendant ses journées de congé) afin de surveiller leurs faits et gestes. Il les déshabille, sans toutefois les violer, et les dépouille de leur sac à main, fait rare chez les tueurs en série. Pourtant Marcel Barbeault est un mari et un père exemplaire de deux enfants, individu renfermé et « banal ». C'est ce comportement qui lui a permis pendant des années de passer à travers les filets de la police. 

Parcours criminel

Première vague de meurtres

Le 10 janvier 1969, à Nogent-sur-Oise, Marcel Barbeault tire six coups de carabine sur Françoise Lecron, l'épouse d'un de ses collègues. Elle se jette à terre et s'en sort miraculeusement, sans avoir eu le temps de voir Barbeault. Le 14 janvier 1969, Michèle Louvet, 17 ans, se trouve sur la voie publique de Nogent-sur-Oise, quand Barbeault lui tire un coup de carabine dans le ventre. La jeune fille survit, mais ne parvient pas non-plus à décrire son agresseur. Le 23 janvier 1969, Marcel Barbeault viole et abat Thérèse Adam d'une cababine 22 Long Rifle, dans cette même ville. 

Son corps est retrouvé près de la voie ferrée. La jeune femme avait justement peur des alentours, car elle avait appris l'existence des deux tentatives d'assassinats perpétrés quelques jours plus tôt. Le 16 novembre 1969, Barbeault tue Suzanne Mérienne, 44 ans, d'une balle de carabine dans la tempe, alors qu'elle est dans son pavillon avec sa fille, Micheline Mérienne, alors âgée de 19 ans. Micheline parvient à échapper à Marcel Barbeault pour prévenir ses voisins. Quand cette dernière revient, sa mère gît dans une mare de sang. Elle appelle les secours, et Suzanne meurt à l'hôpital. La fille de la victime, ayant vu Barbeault, élargit un portrait-robot, mais l'enquête piétine. 

Répit

Le 9 janvier 1970, un homme correspondant au signalement du tueur est retrouvé mort, après s'être jeté sous un train. Dans sa poche on trouve des clés tachées de plâtre. Or le sac du tueur contenait des traces de poudre, pouvant équivaloir à du plâtre. Sa femme l'avait dénoncé à la police comme correspondant au signalement du tueur. Il avait été interrogé, puis relâché. Il se serait suicidé, en raison de la trahison de sa femme. Après ses deux meurtres et deux autres tentatives, Marcel Barbeault ne fait plus parler de lui pendant plus de trois ans. Il est désormais surnommé le Tueur de l'Ombre, pour ses crimes survenant pendant la nuit. De plus, pour la police et les habitants de Nogent-sur-Oise, le Tueur de l'Ombre est le suicidé du train de la ville. Mais l'hypothèse tourne court quand Barbeault récidive trois ans plus tard. 

Deuxième vague de meurtres

Le 6 février 1973 à Nogent-sur-Oise, Marcel Barbeault assomme Annick Delille, 29 ans, d'un coup de matraque sur la tête, puis la tue d'une balle de 22 Long Rifle dans la nuque. Son mari la découvre morte et dénudée, tout près de chez eux. La nuit du 28 mai 1973, Eugène Stéphan, 24 ans, et Mauricette Van Hyft, 22 ans, un couple de jeunes gens va sur le parking du cimetière de Laigneville. L'endroit est célèbre pour attirer les amoureux. Barbeault arrive sur les lieux et tue le couple par arme à feu. Le lendemain, Eugène et Mauricette sont retrouvés morts à cet endroit. Cette enquête est confiée aux gendarmes de Laigneville, alors que l'enquête sur les trois premiers meurtres avait été confiée à la police de Nogent-sur-Oise. Le 8 janvier 1974, comme tous les soirs, Josette Routier, 29 ans, quitte son travail d'employée de banque. Elle rentre chez elle effrayée. 

Il est 19h30 quand la jeune femme arrive chez elle. Marcel Barbeault la surprend et l'abat de deux balles de 22 Long Rifle. Mme Routier était propriétaire de son logement, situé au rez de chaussée, depuis peu. Madeleine Kill, une voisine de Josette, a entendu des tirs amortis. Le bruit de carreaux cassés qu'elle a entendu vers 16h était celui de Barbeault. Ce n'est que le 11 janvier 1974, que le crime est découvert par une voisine qui promène son chien : Madeleine Kill. Elle a justement les clés de Josette Routier et décide de ne pas entrer par la fenêtre, mais d'attendre son mari pour entrer par la porte. Arrivés dans l'appartement, ils trouvent le corps sans vie de Josette Routier, abattue de six balles et son sac à main a disparu. En partant, Barbeault a laissé des traces de bottes taille 42, mais les enquêteurs sont toujours dans l'impasse. En septembre 1974, un nouveau policier débarque dans l'Oise. Daniel Neveu, 34 ans, est affecté à la police judiciaire. Il sera le premier à relier tous les dossiers. 

Troisième vague de meurtres

Le 26 novembre 1975, au Calvaire Saint Paul de Nogent-sur-Oise, Julia Goncalves, 29 ans, sort de chez elle vers 6h du matin pour se rendre à son travail. Elle traverse le parc Hébert pour aller à la gare. Marcel Barbeault la croise et l'abat d'une balle de 22 Long Rifle. Son corps est retrouvé le lendemain matin, dans un cours d'eau qui traverse le parc. Elle a reçu une balle dans la tête. On retrouve également son sac à main, sans argent. Le 6 janvier 1976, près de la gare de Villers-Saint-Paul, Barbeault abat Françoise Jakubowska, 20 ans, d'une balle de 22 Long Rifle et la larde de coups de couteau. La jeune femme est ensuite retrouvée déshabillée. 

Arrestation

Finalement, après près de 8 ans de traque, Marcel Barbeault est arrêté le 14 décembre 1976, grâce à un coup de téléphone anonyme : « Âgé de 35 ans, il mesure 1,80 m, il est marié à une blonde, il a deux enfants, pas de permis de conduire, il a fait l’Algérie, il a pratiqué la boxe et il a travaillé chez Rivière… ". Le commissaire Christian Jacob n’a jamais réussi à identifier le « corbeau » mais il a trouvé Barbeault. L’inspecteur Daniel Neveu, fraîchement promu à la Police judiciaire de Creil, réussit lui à faire le rapprochement entre Barbeault et les meurtres. Celui-ci découvre que la clé de l'énigme est le cimetière de Nogent-sur-Oise, qui se trouve au centre du triangle où se sont produits tous les meurtres. De plus, le double homicide commis sur un couple a eu lieu sur le parking du cimetière de Laigneville. Or ce meurtre, bien que différent des autres, est aussi attribuable au « tueur de l'ombre ». 

L'inspecteur Neveu en conclut que contrairement aux autres, celui-ci n'est pas prémédité, mais est plus un meurtre "d'opportunité" et que donc le tueur se trouvait sur les lieux avant l'arrivée du couple, et qu'il fréquentait peut-être régulièrement ce cimetière. Le raisonnement du policier est corroboré par la découverte d'une balle de carabine 22LR près d'un robinet d'eau dans le cimetière de Laigneville. Ce robinet est situé derrière l'église, difficile à trouver et dont seuls les habitués connaissaient l'existence. Le policier décide donc de recouper les noms des lettres de dénonciation et les patronymes gravés sur les tombes du cimetière. La liste obtenue de 30 noms permet de remonter une nouvelle fois jusqu'à Barbeault. Sa mère qu'il adorait est morte d'un cancer du sein (elle décède dans les bras de Marcel après une longue agonie) et est enterrée dans le cimetière de Nogent depuis 1968. Neveu interroge un à un les trente suspects. 

Lors de la perquisition au domicile de Barbeault à Montataire le 14 décembre 1976, il est retrouvé dans sa cave une carabine sciée avec silencieux, un imperméable et différentes casquettes. L'analyse balistique révèle que l'arme est celle utilisée pour deux des meurtres. Les armes des autres homicides n'ont pu être retrouvées mais le mode opératoire similaire laisse peu de doutes sur un tueur unique. Marcel Barbeault ayant déjà été condamné pour cambriolage dans le passé, la police reprend la liste de tous les méfaits commis dans la région et en découvre un avec vol d'une carabine. Le propriétaire s'entraîne au tir avec cette arme dans son jardin, les enquêteurs peuvent donc retrouver des douilles dans ce dernier et démontrer que celles-ci ont servi à certains des meurtres. Le cambriolage est imputé à Barbeault. Les policiers peuvent également démontrer que les jours où les meurtres sont commis correspondent à ceux où Barbeault est de repos alors qu'il travaille dans une usine de la région. Marcel Barbeault, n'ayant plus d'alibi, est incarcéré pour les assassinats et tentatives d'assassinats. 

Liste des victimes connues

  • 10 janvier 1969 - Nogent-sur-Oise - Françoise Lecron - Age inconnu
  • 14 janvier 1969 - Nogent-sur-Oise - Michèle Louvet - 17 ans
  • 23 janvier 1969 - Nogent-sur-Oise - Thérèse Adam - 45 ans
  • 16 novembre 1969 - Nogent-sur-Oise - Suzanne Mérienne - 44 ans
  • 16 novembre 1969 - Nogent-sur-Oise - Micheline Mérienne - 19 ans
  • 6 février 1973 - Nogent-sur-Oise - Annick Deslisle - 29 ans
  • 28 mai 1973 - Laigneville - Eugène Stéphan - 24 ans
  • 28 mai 1973 - Laigneville - Mauricette Van Hyfte - 22 ans
  • 8 janvier 1974 - Nogent-sur-Oise - Josette Routier - 29 ans
  • 26 novembre 1975 - Nogent-sur-Oise - Julia Goncalves - 29 ans
  • 6 janvier 1976 - Villers-Saint-Paul - Françoise Jakubowska - 20 ans
Barbeault Marcel

Procès et condamnation

Son procès s'ouvre au Palais de justice de Beauvais le 25 mai 1981 devant la cour d'assises de l'Oise. Il doit répondre de cinq meurtres dont il est accusé. Les trois autres crimes attribués à Barbeault n'ont pu être retenus contre lui faute de preuves. Il nie toujours être le « tueur de l'ombre », malgré de lourds éléments à charge et il reste très froid pendant la durée de son procès. L'avocat général requiert la peine de mort (même si celle-ci a peu de chance d'être appliquée puisque François Mitterrand vient d'être élu président de la République et a annoncé son abolition prochaine). Malgré la plaidoirie de cinq heures de son avocat maître Jean-Louis Pelletier, Marcel Barbeault est condamné le 10 juin 1981 à la prison à perpétuité. S'étant pourvu en cassation, il est rejugé en novembre 1983 par les assises de l'Oise et de nouveau condamné à la prison à vie. Marcel Barbeault est toujours incarcéré à la prison centrale de Saint-Maur, dans l’Indre, n'ayant bénéficié d'aucune remise de peine. Il y est bibliothécaire et fait partie des plus anciens détenus de France.

Publié dans Banditisme

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