Le comédien Claude Brasseur est mort à 84 ans

Publié le par La Dépêche du Midi par Dominique Delpiroux

Claude Brasseur vient de mourir à l’âge de 84 ans, "dans la paix et la sérénité et entouré des siens", a indiqué sa famille. Une carrière avec 100 films, d’innombrables pièces de théâtre et de téléfilms. 

 Claude Brasseur en 2008 à Toulouse. DDM - MICHEL LABONNE

Claude Brasseur en 2008 à Toulouse. DDM - MICHEL LABONNE

Pour la vieille génération, il restera François Vidocq, l’œil malin, le sourire charmeur, vif et séduisant dans le costume en noir et blanc des feuilletons des années 70. Pour les plus jeunes, il sera à tout jamais Jacky, le campeur qui ne céderait pas son emplacement 17 pour un empire. Pour tout le monde, il est éternellement le gentil papa de Vic-Sophie Marceau, dans « La Boum ».

Enfin, il était l’ultime luron d’une bande que nous avons tant aimée, celle d’« Un éléphant, ça trompe énormément », avec à ses côtés Jean Rochefort, Guy Bedos et Victor Lanoux. Le deuxième volet s’intitulait « Nous irons tous au Paradis » : c’est bien triste à dire, mais c’est chose faite pour les quatre, puisque, dernier compère, Claude Brasseur, vient de mourir à l’âge de 84 ans, « dans la paix et la sérénité et entouré des siens » indique sa famille.

Une carrière avec 100 films, d’innombrables pièces de théâtre et de téléfilms. Dans les deux films devenus cultes d’Yves Robert, il interprétait Daniel, un vendeur de voitures homosexuel. « Que j’interprète un flic, un voyou, un homo, mon premier souci est de comprendre ce personnage, pour devenir un peu son avocat », nous avait-il confié en 2003.

Le nom de Brasseur n’était pas le sien. Il s’appelait en réalité Claude Espinasse, mais il avait repris le patronyme porté par des générations de comédiens avant lui. Il avait d’ailleurs écrit en 2013 « Brasseur père et fils, maison fondée en 1820 », une autobiographie où il évoquait Jules Brasseur, créateur du théâtre des Nouveautés, Albert Brasseur, chanteur d’opérette, ou Georges Brasseur, hallebardier de Sarah Bernhardt ! Mais son père, c’est bien évidemment le truculent Pierre Brasseur, dont il nous semble que la grosse voix résonne encore dans tous les théâtres français. Un parangon de cabotinage, excellent comédien doté d’un ego phénoménal : il a fallu longtemps pour que Brasseur Claude puisse faire oublier Brasseur Pierre. Un père copain avec - excusez du peu ! - Picasso, Cocteau, Aragon.

Le fils sautera - ou presque - sur les genoux d’André Malraux, Louis Jouvet, Jean-Paul Sartre.  Son parrain est tout simplement Ernest Hemingway. On pourrait imaginer que la vie du petit Claude ressemble à un parcours balisé de bonnes fées qui ôtent les ronces sur son passage. Tout ceci est un peu plus féroce.

Ses parents divorcent quand il est très jeune. Sa mère, c’est Odette Joyeux, elle aussi une immense star des années 30 à 50. Mais la séparation avec Pierre Brasseur est si douloureuse qu’elle en voudra à Claude d’avoir conservé ce patronyme. De ses parents, il dira : « Je n’ai aucun souvenir de ma vie avec eux et je dois dire que je m’en fous. » Cela dit, il portera toujours un immense respect à son glorieux géniteur.

Le jeune Claude, lui, a beau baigner dans le théâtre, il n’envisage pas de grimper sur les planches. Sans doute une ombre paternelle trop envahissante. En pension, il croise de futures vedettes : Jean-Jacques Debout pour la chanson, Philippe Noiret, pour le cinéma, et un certain Jacques Mesrine, qui lui devient une star du crime. Pas trop porté sur les études, mais davantage sur le sport. Il sera champion de bobsleigh, avant un accident qui brisera ses espoirs olympiques. Il pilotera des voitures de course (et plus tard, participera au rallye Paris Dakar avec un autre Jacky, le pilote Jacky Ickx). Pédalera dans les roues du Tour de France. Et jouera au foot à un bon niveau.

Pour gagner sa vie, il devient photographe. Un reportage le conduit chez Elvire Popesco, immense diva des théâtres de boulevard, qui, avec son accent roucoulant de slavitude, lui affirme « Tu ne peux pas rester journaliste avec un nom pareil, il faut que tu sois acteur ! » Elle l’expédie aussi sec dans son propre théâtre où il se lance dans ses premières figurations. Et hop, il passe au cinéma, où il croise son père sur le tournage de l’étrange « Les yeux sans visage » de Georges Franju. Il enchaîne les petits rôles au début des années 60 et c’est à la télé qu’il va entrer dans les foyers et dans le cœur des Français, d’abord en devenant le malicieux détective Rouletabille, puis en interprétant pendant deux saisons le rôle de Vidocq. Il reviendra faire le flic Franck, pour une série de cinq épisodes, au début des années 2000.

Contrairement à Pierre Brasseur, Claude n’a pas besoin d’être le centre du monde ou la diva d’un casting. Durant toute sa carrière, il va se mettre au service de ses personnages, en bon artisan de la pellicule. Alors, c’est vrai qu’on peine à le remarquer pendant de longues années, alors même que les plus grands réalisateurs, Truffaut, Lautner, Michel Drach, Costa-Gavras, lui font tenir avec bonheur ces personnages de second plan qui densifient l’œuvre par leur justesse. Avec Godard, les relations sont parfois électriques. Il n’empêche, dans « Détective » ou « Bande à part », l’alchimie est parfaite. Il devient incontournable avec « Un éléphant, ça trompe énormément » : César du meilleur second rôle. Il en décrochera un deuxième pour, une fois de plus, un personnage de flic dans « La Guerre des Polices » de Robin Davis. « Depuis le temps qu’on me dit qu’il fallait que je me fasse un prénom ! » lance-t-il à la cérémonie.

Il sera aussi le papa de toute une génération qui aura rêvé avec Vic, l’ado de « La Boum » et « La Boum 2 » où il était un dentiste débonnaire époux de Brigitte Fossey, auteure de BD. Du coup, lorsque Claude Brasseur retrouve, cinq ans après la « Boum 2 », Sophie Marceau, dans le torride « Descente aux Enfers », et qu’ils jouent, cette fois, une couple d’amants infernaux, les fans de « La Boum » crient à l’inceste ! Brasseur joue au feeling, avec les copains. L’acteur, avec le temps, prend une épaisseur qui en impose autant que celle de son père. Heureusement, il ne se prend pas au sérieux. Et on gardera sans doute longtemps de lui l’image de Jacky Pic, beauf majestueux dans « Camping », retraité dont la vie est rythmée par les rituels sacrés du pastis et du barbecue. « Je n’ai jamais vraiment pris ce métier au sérieux, même si j’ai toujours veillé à le faire sérieusement. » déclarait-il. Ah, il est désormais terriblement vide, cet emplacement 17 !

Réactions

Philippe Labro > Réalisateur de « La Crime ». « C’est un comédien exceptionnel. Avec sa mort, les gens se rendent compte de la richesse qu’il a apporté. Son parcours cinématographique est remarquable. Une subtilité dans le dialogue, Claude Brasseur a eu le don de sublimer chaque réplique ».

Nathalie Baye > Actrice. « Claude… nous avons tourné ensemble, avec Johnny, « Détective », de Jean-Luc Godard… un film de fou… ! Claude était parfois malheureux sur ce tournage, Godard était rude avec lui, c’était un bel acteur, attachant et secret. Son départ m’attriste ».

Gilles Jacob > Ancien président du Festival de Cannes. « Il avait la voix de burgrave de son père, la fine justesse de sa mère et il est vite parvenu à être lui-même, Claude Brasseur, c’est-à-dire un de nos grands et solides comédiens. L’éléphant d’Yves Robert, c’était lui un éléphant qui ne se trompait pas, qui vous regardait bien en face. »

Mylène Demongeot > Actrice, sa partenaire dans « Camping ». « Cela fait un choc, je savais qu’il n’était pas très en forme. Je suis absolument catastrophée ! Trois films ensemble, trois ans, trois Camping, ça fait beaucoup d’intimité, de complicité et de rigolade, c’est très triste. »

François Hollande > Ancien président. « Il a accompagné des générations, au théâtre comme au cinéma. Il a habité tous les personnages avec le même charme et tous les rôles avec la même tendresse. Il était fier d’être le visage d’un cinéma populaire et exigeant. »

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