Qui était George Blake, l'ex-agent britannique espionnant pour le KGB ?

Publié le par L'Express

Ce célèbre agent double est décédé ce samedi à l'âge 98 ans, ont annoncé les autorités russes. 

Le célèbre double agent britannique George Blake était devenu espion pour le compte de l'Union soviétique.  afp.com/Yury MARTYANOV

Le célèbre double agent britannique George Blake était devenu espion pour le compte de l'Union soviétique. afp.com/Yury MARTYANOV

Après l'écrivain John Le Carré, il y a quelques jours, une autre figure de l'espionnage vient de quitter le monde des vivants. L'ex-agent double britannique George Blake, qui renseignant en secret les services secrets russes du KGB soviétique dans les années 1950 avant de passer à l'Est, est décédé ce samedi à l'âge de 98 ans. 

"Aujourd'hui, le légendaire officier du renseignement (...) George Blake, n'est plus. Il aimait sincèrement notre pays, admirait l'exploit de notre peuple au cours de la Deuxième guerre mondiale", a déclaré à l'agence publique TASS le porte-parole des services de renseignements extérieurs russes (SVR), Sergueï Ivanov

Le président russe Vladimir Poutine a présenté ses "sincères condoléances". "Blake était un brillant professionnel, doté d'une vitalité et d'un courage particuliers", a-t-il indiqué dans un communiqué du Kremlin. "Au cours d'années de travail difficile et acharné, il a apporté une contribution réellement inestimable pour assurer la parité stratégique et maintenir la paix sur la planète. Le souvenir brillant de cet homme légendaire restera à jamais dans nos coeurs", a ajouté le président russe. Quels sont ses faits d'armes ? 

Taupe prolifique

Né en 1922 sous le nom de George Behar aux Pays-Bas d'une mère néerlandaise et d'un père égyptien et britannique, le futur espion a d'abord mené une vie dissolue qui l'a vu aller jusqu'au Caire. Son parcours n'a rien à voir avec ses acolytes bien nés des "Cinq de Cambridge", ce réseau d'anciens étudiants de la célèbre université britannique recrutés dans les années 30 par le NKVD soviétique, le futur KGB.  

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il rallie la résistance aux Pays-Bas avant de rejoindre le MI6, les services de renseignement extérieurs britanniques. George Blake propose par la suite ses services aux Soviétiques dans les années 1950 après avoir été témoin de bombardements américains sur des populations civiles en Corée.  

Pendant la guerre froide, il fournit les noms de centaines d'agents au KGB et révèle l'existence d'un tunnel secret à Berlin-Est utilisé pour espionner les Soviétiques. "Pour moi, le communisme consistait à essayer de créer le Royaume de Dieu sur terre. Les communistes essayaient concrètement de faire ce que l'Eglise avait essayé d'obtenir par la prière", expliquait George Blake, de confession protestante. "J'en ai conclu que je ne me battais pas du bon côté".  

Une vie secrète

Alors qu'il devient progressivement un puits d'information pour ses employeurs soviétiques, George Blake se marie : sa femme, qui ne sait rien de sa double vie, lui donne trois fils. Puis la petite famille déménage à Berlin, où il affirme avoir trahi chacun des "500 ou 600" agents travaillant en Allemagne pour les Britanniques. Si le sort de ces agents n'est pas connu du grand public, George Blake assure qu'ils n'ont pas été tués par les services de renseignement soviétiques. "Je leur disais : je vous donnerais cette information à condition que vous me promettiez qu'ils ne seront pas exécutés". 

D'imprudences en imprudences, le filet se resserre autour de lui. Un agent double polonais finit par le dénoncer. Blake admet être un espion à la solde des Soviétiques : après un procès à huis clos, la justice le condamne à 42 ans de prison. Cinq ans après, en 1966, il s'échappe de prison à l'aide d'une échelle en corde et de ses camarades de cellule : un voleur irlandais et deux militants anti-nucléaires. Ces derniers l'emmènent, caché, jusqu'à la frontière avec la République démocratique allemande (RDA) : l'agent double traverse le Rideau de fer et passe pour toujours à l'Est. 

A Moscou, il est fêté en héros. Le KGB lui décerne le rang de colonel et lui attribue un confortable appartement dans le centre de la capitale russe. Sa femme britannique divorce et laisse la place à Ida, qui lui donnera un fils à son tour. L'ancien espion déchante vite devant la réalité de "l'idéal communiste". 

"La même avarice, les mêmes ambitions"

"L'une des choses m'ayant le plus déçu, c'est que je pensais qu'un nouvel homme était né ici", a-t-il raconté au quotidien britannique The Times. "J'ai vite compris que ce n'était pas le cas. Ce sont juste des gens normaux. Comme tout le monde, leur vie est dirigée par les mêmes passions humaines, la même avarice et les mêmes ambitions" qu'à l'Ouest. 

En 1990, George Blake publie son autobiographie intitulée Pas d'autre choix (No Other Choice), diffusée sous le titre Une vie d'espion : mémoires en France. Il se retire ensuite avec sa femme dans une datcha près de Moscou et regarde l'Union soviétique s'effondrer. Du président Vladimir Poutine, il dit qu'il fait partie d'une "constellation de personnes fortes et courageuses, de brillants professionnels".  

Malgré la chute de l'URSS à qui il avait dédié sa vie, il n'a jamais regretté ses actes : "Je pense qu'il n'est jamais mal d'offrir sa vie à un noble idéal et à de nobles expériences, même si ce n'est pas couronné de succès", disait-il lors de l'une de ses rares interviews.  

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