Valéry Giscard d'Estaing et le "poison" de l'affaire des diamants de Bokassa

Publié le par BFMTV par E.P avec AFP

Deux ans avant l'élection présidentielle de 1981, Valéry Giscard d'Estaing est empêtré dans un scandale de cadeaux de la part du dictateur de Centreafrique de l'époque, Jean-Bedel Bokassa.

Valéry Giscard d'Estaing et Jean-Bedel Bokassa à l'aéroport de Bangui (Centrafrique), le 5 mars 1975. - AFP

Valéry Giscard d'Estaing et Jean-Bedel Bokassa à l'aéroport de Bangui (Centrafrique), le 5 mars 1975. - AFP

Il promettait de donner une "nouvelle impulsion" aux relations France - Afrique mais c'est elles lui valurent sa réélection. En 1979, Le Canard enchaîné révèle que Valéry Giscard d'Estaing a reçu des cadeaux de la part de Jean-Bedel Bokassa, dictateur autoproclamé empereur à vie de la Centrafrique. C'est la fameuse "affaire des diamants", qui le suivra tout au long de la campagne présidentielle, jusqu'au soir de sa défaite contre François Mitterrand, le 10 mai 1981.

"Le Watergate français"

"Quand Giscard empochait les diamants de Bokassa", titre Le Canard enchaîné, le 10 octobre 1979. Le quotidien révèle que lorsqu'il était ministre des Finances, "VGE" a reçu en 1973 de Jean-Bedel Bokassa une plaquette de trente carats de diamants.

L'information suscite immédiatement une polémique embarrassante pour le président. Le Monde n'hésite pas à parler du "Watergate français" et ses opposants politiques s'en donnent à cœur joie, à commencer par Jacques Chirac, qui a fondé son propre parti trois ans plus tôt, le RPR.

La semaine suivante, l'hebdomadaire satirique livre de nouvelles révélations. Il affirme que la valeur de la plaquette est de 1 million de francs et précise que d'autres diamants lui ont été offerts à l'occasion de ses déplacements à Bangui entre 1970 et 1975.

Après avoir tenté d'échapper à l'affaire, le président Giscard d'Estaing sort de son silence le 27 novembre et oppose un "démenti catégorique et méprisant" aux allégations concernant la valeur des cadeaux qu'il aurait reçus.

    "Il faut, dit-il, laisser les choses basses mourir de leur propre poison".

Jean-Bedel Bokassa se dresse le 04 décembre 1977 sur son trône après s'être couronné à Bangui. © PIERRE GUILLAUD / AFP

Jean-Bedel Bokassa se dresse le 04 décembre 1977 sur son trône après s'être couronné à Bangui. © PIERRE GUILLAUD / AFP

La valeur versée à des œuvres humanitaires

Un an plus tard, Le Canard enchaîné relance l'affaire. Le 16 septembre 1980, il publie un entretien téléphonique avec Jean-Bedel Bokassa, déposé de son trône le 20 septembre 1979 par des forces françaises.

    Il affirme "avoir remis à quatre reprises des diamants au couple présidentiel. Vous ne pouvez pas imaginer ce que j'ai remis à cette famille-la".

Le 10 mars 1981, VGE déclare à la télévision qu'il "n'y a aucun mystère dans l'affaire des diamants" et que "le produit de ces cadeaux a été versé à des œuvres humanitaires centrafricaines". Il précise que les diamants ont été vendus "au profit de la Croix rouge centrafricaine, d'une maternité, d'une pouponnière et d'une mission".

Selon Le Point du 22 mars 1981, qui a consulté la comptabilité des cadeaux officiels à l’Élysée, les diamants ont été vendus pour une somme de 114.977 francs remise à des œuvres de bienfaisance centrafricaines. Une somme bien inférieure à celle avancée par les rumeurs de l'époque.

"Ils sont pourris"

Mais Bokassa ne lâche pas l'affaire. Dans une interview au Washington Post du 8 mai 1981, l'empereur déchu réaffirme avoir offert des diamants à VGE, en présence de témoins, à quatre occasions en huit ans. L'ancien tyran africain répète lui avoir offert des diamants de 10 à 20 carats. Il soutient également avoir offert à la famille Giscard d'Estaing, dont deux cousins, plus de diamants qu'à n'importe qui d'autre.

    "Je les ai gâtés", déclare-t-il, ajoutant : "ils sont pourris".

Mais l'empereur déchu reconnaît accorder cette interview, à la veille du second tour de l'élection présidentielle, dans le but d'empêcher la réélection de VGE. "Je règle mes comptes avec ceux qui ont provoqué ma chute", termine-t-il. Le 10 mai, François Mitterrand l'emporte.

Publié dans Articles de Presse

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