Valéry Giscard d'Estaing, son dernier diner en ville

Publié le par Paris Match par Caroline Pigozzi

Alors que la Nation française rend hommage ce mercredi à l'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing, Paris Match vous raconte l'un de ses derniers repas.  

Valéry Giscard d'Estaing chez lui à Paris, en 2017. Eric Dessons/Sipa

Valéry Giscard d'Estaing chez lui à Paris, en 2017. Eric Dessons/Sipa

« Quand on vient dîner chez Caroline, il faut beaucoup s’aimer », s’exclame avec humour Valéry Giscard d’Estaing invité chez moi juste avant le premier confinement. A douze autour de la table de la cuisine, on est de fait un peu serrés, mais, pour l’ancien président et l’élégante Anne-Aymone, se retrouver là, sans cérémonial ni maître d’hôtel en veste blanche, créait une atmosphère différente et plutôt joyeuse. A 94 ans, ce séducteur toujours aussi curieux qu’enthousiaste aimait murmurer à l’oreille de ses voisines. Aussi m’appelait-il généralement la veille pour s’enquérir de celles qui seraient ses convives d’un soir et se renseigner sur elles. Cette fois-ci, la belle Inès de la Fressange, à laquelle il lançait des regards furtifs, et Anne d’Ornano, une amie proche et ancienne maire de Deauville qui a longtemps présidé le conseil général du Calvados. Il se considérait donc gâté et content de partager ce repas arrosé d’un bon cru de Mouton Rothschild à côté d’elles, mais aussi en compagnie de Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre, Robert de Nicolay, conseiller maître à la Cour des comptes, Nathalie, son épouse écrivain, Denis Olivennes, patron de presse, Marc Taieb, à la tête de Wifirst et Bolloré Télécom, la journaliste Anita Hausser, sans oublier Mgr Patrick Chauvet, recteur de Notre-Dame de Paris. Il rappela d’ailleurs à l’ecclésiastique que c’était lui qui avait suggéré à Jean-Paul II, lors de sa visite en France en 1980, de penser à Jean-Marie Lustiger comme futur archevêque de Paris, évêque qu’il connaissait bien car il exerçait alors son ministère à Orléans, non loin d’Authon où se trouve sa propriété.

Un réel talent de conteur

Pendant que je m’activais aux fourneaux en préparant des tagliatelles à la crème, au citron vert et à la vodka, j’entendais les explications convaincantes de l’homme d’Etat racontant notamment pourquoi il était en faveur de la suppression de l’Ena. « Ecole formatant trop ses élèves alors que Polytechnique formait d’inventifs ingénieurs à la personnalité affirmée. » Les plus téméraires le questionnaient… Taieb, l’autre polytechnicien, souriait avec humilité, et les énarques Olivennes et Nicolay, fronçant les sourcils, suivaient attentivement les arguments d’un Giscard à la fois polytechnicien et énarque à la mémoire prodigieuse. Nous étions médusés par son art oratoire et cette façon sympathique de n’être point doctrinaire. La singularité de ce grand personnage ? Il se sentait plus fier de représenter le dernier ministre vivant du général de Gaulle et de sortir de l’X que d’être un ancien élève de l’Ena, et montrait, en privé, un réel talent de conteur qui le mettait à la portée de son auditoire. VGE savait en effet parler de choses sérieuses avec légèreté tout en maniant la provocation. Mais, au fond, il n’aimait rien tant que de rencontrer des gens nouveaux, convaincre avec aisance, naturel et charmer. Une douce et inimitable alchimie.

Publié dans Articles de Presse

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