Décès de Georges Pernoud, présentateur historique de «Thalassa»

Publié le par Le Parisien par Yves Jaeglé

Âgé de 73 ans, il avait présenté la mythique émission de France 3 consacrée à la mer de 1980 à 2017. Il est décédé d’une longue maladie.

Décès de Georges Pernoud, présentateur historique de «Thalassa»

Un homme de la terre qui a incarné la mer au petit écran pendant 42 ans, c'est-à-dire la totalité de ce qu'on appelle la vie active. Tous ses « trimestres » consacrés aux océans, quel panache de ce magnifique « travailleur de la mer » comme aurait dit Victor Hugo. Et un paradoxe : Georges Pernoud, l'emblématique présentateur de « Thalassa » de 1975 à 2017, qui s'est éteint à 73 ans des suites d'une longue maladie dans un hôpital de la région parisienne, disait que « chez lui », sa terre natale, c'était la Dordogne, le pays des grottes préhistoriques et d'une fertilité telle qu'elle avait vu naître les premiers hommes.

C'était sa prise de terre, son ancrage, mais Georges Pernoud avait choisi la mer. Aujourd'hui, voir cette dernière comme un enjeu environnemental va de soi. Pas dans les années 1970, celles des marées noires et de la mer dépotoir. Quand il crée « Thalassa », en 1975, la mer ne semble pas mériter un magazine, surtout de société. Pernoud est en avance. Peut-être parce que le jeune cadreur à l'ORTF a accompagné le vulcanologue Haroun Tazieff, l'un des tout premiers chercheurs à alerter sur la planète en danger, au Congo.

Le jeune journaliste veut alerter, lui, sur la beauté menacée des océans. Ce n'est pas un homme-tronc du petit écran. Il a attrapé le virus lors d'une course autour du monde en bateau, en 1973, de Portsmouth au Cap, en Afrique du Sud. « C'est là que j'ai découvert la mer. J'ai vomi pendant quatre jours. Puis ça a passé », en sourit-il sur un document visible sur le site de l'INA. Un équipier disparaîtra en mer. Elle n'est jamais un décor de carte postale pour Pernoud, mais un organisme vivant, grandiose, nourricier et dangereux.

Une des marques historiques de la télévision

Il a les pieds sur terre et va raconter la mer à hauteur d'homme. « Thalassa » consacre des émissions aux difficultés des pêcheurs bretons, aux marées noires justement, à la désertification des phares abandonnés, et dans les années 2000, l'animateur met en place un site Internet participatif, « Les Sentinelles du littoral », observatoire de la dentelle fragile des côtes de l'Hexagone.

« Thalassa » a les pieds dans l'eau. L'émission est présentée à bord d'une goélette qui fait le tour des ports de France, et s'aventure aussi sur les mers du monde. Georges Pernoud était fier de montrer les 1800 cassettes VHS de ses émissions, dont la première avait eu lieu à l'époque de FR3.

D'abord simple voix off et réduit à une demi-heure mensuelle en fin de soirée, il fait de « Thalassa » une des marques historiques de la télé, qui double de durée et devient un rendez-vous hebdomadaire de 20h30 à partir de 1980. Comme Bernard Pivot, qui défend les lettres un peu plus tard le vendredi soir, Georges Pernoud devient lui monsieur mer, le passeur du monde marin pour le grand public, l'un des visages les plus emblématiques de la télévision et d'une certaine idée du service public. Il enseigne la mer, sa magie et son rôle économique, écologique aussi, à des générations.

Une longévité hors norme

Il n'y a alors que trois chaînes. Le jeune marin devra peu à peu faire face à des vents contraires, à la vague des chaînes payantes puis des réseaux sociaux. « Thalassa » devient à son tour dans les années 2010 une espèce en danger, un phare qui clignote plus faiblement, mais dont il reste le gardien. Il navigue dans les écueils, crée aussi « Faut pas rêver » en alternance, régate dans les changements d'horaires et de formules.

N'empêche, le capitaine a su sauver et même léguer son bateau. « Thalassa », moins présent, existe toujours, présenté par Fanny Agostini depuis 2017. Georges Pernoud avait alors 70 ans. Le vieux marin pouvait partir avec ses records à jamais imbattables, dont celui de la longévité à la tête d'une émission qui, après le « Jour du Seigneur », « Automoto » et « Des Chiffres et des lettres », est la plus ancienne du petit écran.

Et Pernoud pouvait dire que son métier, c'était « Thalassa », rien que « Thalassa » et tout « Thalassa ». Un mot grec pour dire l'éternité de la mer et de l'eau, berceau de la planète et des hommes.

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