Mermoz Jean

Publié le par Mémoires de Guerre

Jean Mermoz, né à Aubenton ou Guise (Aisne), le 9 décembre 1901 et disparu dans l'océan Atlantique le 7 décembre 1936, est un aviateur français, figure légendaire de l'Aéropostale, surnommé l'« Archange ». Il est aussi un des fondateurs en 1936 du Parti social français (PSF) avec le colonel de La Rocque

Mermoz Jean

Jeunesse

Jean Mermoz est le fils de Jules Mermoz (1870-1940), maître d'hôtel, et de Gabrielle Gillet dite « Mangaby » (1880-1955). Le couple se sépare dès 1902 et divorce en 1922. Mermoz passe une partie de son enfance chez ses grands-parents, à Mainbressy, village situé au sud d'Aubenton, dans les Ardennes. Et, alors que sa mère trouve un poste de couturière à Charleville, il entre à l'école supérieure professionnelle d'Hirson en tant que pensionnaire. Lorsque le premier conflit mondial éclate, en août 1914, ses grands-parents, pris de panique, s'enfuient avec lui dans le Cantal, où il intègre le lycée d'Aurillac.

Sa mère, non prévenue, et bloquée par l'avancée des troupes allemandes, elle devra attendre trois années, et les arrangements internationaux de 1917, pour retrouver son fils, après un rapatriement en zone non occupée, via la Suisse, pays neutre. Elle amène ensuite Jean à Paris où il est admis au lycée Voltaire avec une bourse de demi-pensionnaire. Il passe avec succès la première partie du baccalauréat en 1918, mais échoue à la seconde. Il se remet difficilement de cette déception et tombe gravement malade. Une fois guéri, il renonce à préparer le concours de l'École centrale. En 1930, Jean Mermoz épouse Gilberte Chazottes, qui, après la mort de Jean, se remariera avec l'ingénieur René Couzinet. Celui-ci se suicidera le 16 décembre 1956 après avoir abattu Gilberte Chazottes. 

Engagement dans l'armée

Le 26 juin 1920, Jean Mermoz devance l'appel sous les drapeaux et signe un engagement dans l'armée pour quatre ans ; il choisit l'aviation sur les conseils de Max Delty, un chanteur d'opérette, ami de sa mère depuis que cette dernière l'a soigné pendant la guerre. Après avoir fait ses classes au 4e régiment d'observation, il intègre le 34e régiment d'aviation du Bourget, qui lui permet de postuler à l'École Militaire d'Istres, qu'il rejoint en octobre. Il y découvrit la rudesse de la vie militaire et fut rapidement écoeuré de la façon dont étaient formés les pilotes, régulièrement punis de corvées fastidieuses et de brimades que leur infligeaient les sous-officiers, et tout juste faites pour décourager les jeunes recrues, de persister à vouloir voler. Et les avions étaient dans un état tel que beaucoup de pilotes se tuaient pendant l'entraînement. Mermoz dut attendre trois mois avant de pouvoir se mettre aux commandes d'une machine volante. Il passa ensuite les épreuves du brevet de pilote, mais, au cours de l'une d'entre elles, son moteur cala au décollage. Avec sang-froid, il laissa l'appareil s'écraser dans les arbres et s'en tira avec une jambe cassée et la mâchoire fracturée. Une autre tentative de vol se solda par un capotage lors de l'atterrissage final sur le terrain d'Orange, dû à une panne des gouvernes. 

Ses supérieurs, voyant d'un mauvais oeil ce pilote "malchanceux", Mermoz eut tout de même droit à un dernier essai. Il sut saisir sa chance et obtint son brevet le 9 février 1921, ce qui lui permit d'être également promu au grade de caporal. Affecté ensuite, dans un premier temps, à partir de mai 1921, à la 7e escadrille du 11e régiment de bombardement de Metz-Frescaty, il saute bientôt sur l'occasion de quitter la vie de caserne et de rejoindre la Syrie, où la France défend son mandat de protection, contre les tribus druzes dissidentes. Il débarque à Beyrouth le 17 septembre de la même année, puis est intégré à la 54e unité de combat. Toujours volontaire pour des missions périlleuses, il tombe plusieurs fois en panne dans le désert, dont une lui imposera, à lui et son mécanicien, une marche forcée de plusieurs jours en territoire rebelle, d'où ils seront sauvés in-extremis et totalement déshydratés, par une colonne de méharistes. Le 24 avril 1922, il compte 600 heures de vol, en dix-huit mois. Il quitte le Moyen-Orient pour revenir en France, le 3 mars 1923 décoré de la Croix de Guerre des TOE (Théâtre des Opérations Extérieures) et de la Médaille du Levant, en ayant découvert une civilisation millénaire qui le marqua profondément. 

Il bénéficie alors d'un congé de longue durée, après avoir contracté des crises de paludisme. Il rejoint ensuite, dans un premier temps, le 11 juin, une unité de bombardement, le 23e régiment d'aviation, de Essey-lès-Nancy, avant d'être finalement affecté, le 29 août, au 1er régiment de Chasse, basé à Thionville-Basse-Yutz, qui sera ensuite absorbé, au 1er janvier 1924, par le 38e régiment d'aviation. Mermoz, intégré à la 7e escadrille du 2e groupe, y renforcera son dégoût pour la chose militaire mais y gagnera de futurs très grands amis et pilotes, dans les personnes de Henri Guillaumet et Victor Étienne. Disposant d'un congé libérable de trois mois, le 25 mars, il est finalement démobilisé en juin 1924, et dès lors administrativement rattaché au 33e régiment d'aviation, basé à Douai, pour d'éventuelles périodes de réserve. Il sera ensuite, en août 1930, affecté en tant que sous-officier de réserve, au Centre de mobilisation d'aviation No 71, de Toulouse, avant d'être nommé sous-lieutenant de réserve, par un décret du ministère de l'air, à la date du 7 juillet 1933. Une promotion exceptionnelle, particulièrement en temps de paix, mais principalement due à la forte image nationale de Mermoz, à cette époque. Une belle revanche pour le pilote rebelle d'Istres et de Thionville qui effectuera même des périodes de réserve volontaires, à la 34e escadre, au Bourget, lui permettant de se familiariser avec de nouveaux matériels militaires. Il sera ensuite affecté, toujours en tant que réserviste, à la base de Toulouse-Francazal. 

Période difficile

S'ensuit, après l'armée, l'une des périodes les plus noires de son existence. Ne trouvant pas d'emploi auprès des compagnies aériennes, il connaît la misère et doit vivre de petits emplois, tour à tour balayeur, gardien de nuit, manœuvre, laveur d'automobile avant de finir à copier des adresses sur des enveloppes. Cette misère fut tout de même égayée, à la suite d'une annonce aperçue dans un journal, par la participation à un film, où il reprit, le temps d'une journée, les commandes d'un avion, un chasseur Sopwith, qu'il doit écraser dans l'Oise, avec l'interprète principale du film, en place arrière. (Dans cette anecdote, contée par Mermoz, lui-même, et reprise dans nombre de ses biographies, il mentionne le titre du film, comme étant, "La fille de l'air", avec Suzanne Grandais, comme actrice principale. Pourtant cette célèbre comédienne était décédée dans un accident d'automobile, en 1920, et aucun film de ce titre n'est sorti à cette époque. Aujourd'hui encore, le mystère reste entier sur cette séquence de cinéma). Ce n'est qu'au bout de 6 mois que la délivrance arrive pour Mermoz, lorsqu'il reçoit, le 28 septembre 1924 une proposition de contrat des Lignes Latécoère, dirigées par Didier Daurat. 

Latécoère et la Compagnie Générale Aéropostale

Le désert

Comme tous les pilotes de la ligne, Mermoz commence chez Latécoère comme mécanicien, afin de parfaire ses connaissances techniques, puis après un examen de pilotage particulièrement mouvementé, où il est vivement réprimandé par Daurat, pour avoir effectué un numéro de voltige, plutôt que le tour de piste demandé. Il est ensuite rapidement affecté en qualité de pilote, sur la ligne Toulouse-Barcelone, aux commandes de Breguet XIV, alors que la ligne, franchissant les Pyrénées est un défi permanent pour les avions de l'époque. En 1925, il assure la liaison Barcelone-Malaga et lors d'un passage à Paris, retrouve par hasard, à la terrasse d'un café, son ami Henri Guillaumet, qu'il convainc de postuler chez Latécoère. En 1926, il prend en charge le courrier sur la liaison Casablanca-Dakar, où lors de son 4e vol, le 22 mai, il perd de vue, dans la brume, l'avion de Eloi Ville, qui l'accompagne. Victime d'une casse moteur, il est contraint de se poser en bord de mer, dans une région insoumise, avec son interprète chleuh, Ataf. 

Après avoir marché une journée dans le vent de sable, en tentant de retrouver Cap Juby, ils se laissent finalement capturer par les Maures, afin de ne pas mourir déshydratés, ayant été contraints de boire le liquide du radiateur de l'avion. Après trois jours de captivité et de nombreux sévices, il est libéré contre une rançon de 1000 Pesetas. Mais atteint de sinusite et d'otite aiguës ainsi que d'ulcère à l'estomac, à la suite de sa marche dans le désert, il bénéficie d'un congé sanitaire où les médecins craignent le pire pour sa vie, alors que lui n'entrevoit que la menace de ne plus pouvoir voler en cas de surdité. Après deux mois de soin et de convalescence, il rejoint son poste au Maroc, où il retrouve ses amis, Henri Guillaumet, Marcel Reine. Mais trois semaines plus tard, de nouveau en panne, il échappe de justesse à une nouvelle captivité en s'envolant aux yeux et à la barbe des Maures, récupéré par l'avion de secours piloté par Eloi Ville. En octobre 1926, il retrouve Antoine de Saint-Exupéry, ce dernier nouvellement promu chef d'aéroplace à Cap Juby, et en novembre de la même année, il sauve Éloi Ville, qui avait été contraint d'atterrir dans le désert. 

L'année suivante, en mars 1927, il participe, avec Guillaumet, Reine et Léon Antoine, aux recherches et au sauvetage, contre rançon, de l'équipage de l'hydravion "Uruguay", piloté par les frères Larre-Borges. Les 10 et 11 octobre 1927, Mermoz et Élisée Négrin réussissent un vol sans escale de Toulouse à Saint-Louis du Sénégal, à bord d'un Laté 26-2R, baptisé Spirit of Montaudran, en clin d'œil au Spirit of St. Louis de Charles Lindbergh, victorieux de l'Atlantique au mois de mai de la même année. Leur but était également de concurrencer l'équipage du Breguet 19 GR, Nungesser et Coli, piloté par Dieudonné Costes et Joseph Le Brix, et partis le même jour qu'eux de métropole, en vue de rallier ensuite l'Amérique du Sud. Mais si l'équipage de la Compagnie Latécoère réussit le pari d'arriver en premier à Dakar, leur projet secret de continuer également au-dessus de l'océan s'avèrera impossible à la suite de la casse de l'hélice, lors du capotage de l'avion à l'atterrissage, sur une piste en latérite ravinée. (Une autre version, affirme que le gouvernement français aurait interdit aux jeunes pilotes de faire trop de concurrence à l'équipage du Breguet). Ils ont effectué leur raid, Toulouse-Dakar, d'une distance de 4 270 kilomètres, en 23 heures et 30 minutes. 

L'Amérique du Sud et la Cordillère des Andes

En 1927, Marcel Bouilloux-Lafont, président et fondateur de la Compagnie Générale Aéropostale, (qui prend la suite de Pierre-Georges Latécoère après le rachat de sa Compagnie générale d'entreprises aéronautiques) envoie Mermoz, en tant que chef pilote, à Rio de Janeiro. Il embarque, le 6 novembre, de La Rochelle, à bord du paquebot Groix afin d'aller développer de nouvelles liaisons en Amérique du Sud, jusqu'en Patagonie et au Chili. Pour cela, avec l'aide de Julien Pranville, le chef d'exploitation sur place, il développe les vols de nuit, puis s'attaque à franchir un obstacle majeur, la Cordillère des Andes. Le 3 mars 1929, lors d'un vol de reconnaissance, à bord d'un prototype de Laté 25, dérivé du Laté 17 dont il a gardé l'immatriculation, F-AIEH, et en compagnie de son nouveau et fidèle mécanicien, Alexandre Collenot, ainsi que du Comte Henry de La Vaulx, Président de la Fédération aéronautique internationale (FAI), il est victime d'une première panne, minime, qui l'oblige à se poser en pleine montagne. 

Très vite réparé par Collenot, l'avion redécolle et se pose sans encombre au Chili. Le 9 mars suivant, pour le vol retour, sans le Comte de La Vaulx à bord, l'avion est pris dans des courants ascendants et plaqué contre le sol, cette fois avec de graves avaries mécaniques, semblant irrémédiables. Après une tentative de retour à pied à travers la montagne, les deux hommes s'escriment à réparer le Laté, durant 3 jours, alors que Mermoz élabore un plan de décollage qui devrait lui permettre de lancer son avion dans un précipice puis de rebondir à deux autres reprises sur des plateaux inférieurs, afin de réussir ainsi à garder la vitesse nécessaire au décollage. Il y parviendra, mais les durits de radiateur ayant une nouvelle fois cédé, l'obligeront à se poser en vol plané à Copiapó. Ce n'est qu'en allant récupérer les restes de l'épave de l'avion, abandonnés par l'équipage dans la montagne, que les plus sceptiques finiront par admettre l'exploit du pilote. Enfin, le 15 juillet 1929, il ouvre la ligne des Andes avec Henri Guillaumet, nouvellement arrivé sur le continent, et à qui il laissera la succession des vols sur la Cordillère, alors qu'il est rappelé en France pour procéder aux essais d'un nouvel appareil. 

Mermoz Jean

Traversée de l'Atlantique-Sud

En mai 1930, avec le radiotélégraphiste Léopold Gimié et le navigateur Jean Dabry, il réalise d'abord, sur avion Latécoère 28, de nombreux records en circuit fermé, en vue de développer la première liaison entièrement aérienne entre la France, Dakar et l'Amérique du Sud. Mais le gouvernement ayant interdit toute tentative de survol des océans aux appareils terrestres, c'est sur un hydravion Latécoère 28.3 (un Laté 28 équipé de flotteurs) baptisé le Comte-de-la-Vaulx, en hommage à Henry de La Vaulx qui venait de disparaître tragiquement dans un accident d'avion, au New Jersey, que les 12 et 13 mai 1930, le même équipage relie d'un trait Saint-Louis à Natal au terme d'un vol de 21 heures et 10 minutes. Mermoz prouve ainsi que le courrier peut être transporté d'un continent à l'autre avec l'avion, alors que précédemment, la traversée du courrier sur l'Atlantique-Sud s'effectuait avec l'aide des navires avisos.

 La tentative de retour, beaucoup plus chaotique, nécessitera plus de 50 tentatives de décollages et divers renforcements des flotteurs avant d'aboutir, au mois d'août 1930. Malheureusement, l'avion sera définitivement perdu en mer, lors du vol retour, une fuite d'huile moteur ayant contraint Mermoz à se poser dans l'océan. Après que l'équipage et le courrier furent recueillis par l'aviso le Phocée, le Comte-de-La-Vaulx finit par sombrer, à cause d'un hauban de flotteur abîmé. Quelques semaines plus tard, peu de temps après son mariage avec Gilberte Chazottes, il est victime d'un spectaculaire accident, alors qu'il teste le prototype du Laté 28.8 de grand-raid, destiné à la traversée de l'Atlantique-Nord. Ce jour-là, au-dessus de la campagne de Toulouse, alors qu'il effectue des passages de vitesse, l'appareil ne lui répond plus et se vrille en tout sens. Décidé à s'évacuer du poste de pilotage, alors que pour la 1ere fois de sa vie, on lui a imposé un parachute, Mermoz n'arrive pas à passer ses épaules dans la trappe de secours. 

Il ne doit son salut qu'à la désintégration totale de l'avion, lui permettant de s'en libérer. Mais lors de sa chute, les morceaux métalliques ne cessent de déchirer la coupole de sa voile, accélérant dangereusement sa chute, jusqu'à la vitesse de 13 mètres par seconde. Comble du hasard et de la chance, il sera récupéré au sol, sans grave blessure, par un oncle de sa femme, qui passait en auto, sur la route. Il avouera après cet accident, "ce n'était pas encore l'heure". Dans les années qui suivent, Mermoz ne cesse de tester de nouveaux appareils, toujours en vue de réaliser des raids de grande envergure, mais aussi apporter à la ligne, l'avion qui permettra le transport 100 % aérien du courrier, de Paris à Santiago du Chili. Et après la crise, qui secoue l'Aéropostale, en 1931, Mermoz vole sur la liaison Marseille-Alger, sur un hydravion Cams, essaye le De Havilland Comet, puis le Bernard 81, avec lequel il bat le record du monde de distance, avant de capoter au décollage d'une seconde tentative. Et après le rachat de l'Aéropostale par Air France, ce n'est qu'en 1933 que Mermoz pourra tenter à nouveau, de traverser l'Atlantique-Sud, presque 3 ans après sa conquête. Il y arrivera finalement le 12 janvier 1933, en décollant de l'aérodrome de Paris-Le Bourget, à bord de l'avion trimoteur Couzinet 70 Arc-en-Ciel pour rallier ensuite, Buenos Aires, le 22. 

Mais malgré ces succès et autres records, le gouvernement et la nouvelle compagnie Air France, n'honoreront pas les commandes de plusieurs avions à la société Avions Couzinet, alors que la France se voit peu à peu dépassée par les compagnies américaines et allemandes, sur un trajet qu'elle avait pourtant ouvert. Cette nouvelle trahison sera l'un des éléments déclencheurs de l'entrée en politique de Mermoz, au sein des Croix de feu. De plus, la ligne de conduite de la compagnie, toujours en faveur des hydravions géants, alors que Mermoz, devenu inspecteur général d'Air France, milite pour les avions terrestres, plus légers et rapides, et la disparition de son fidèle mécanicien, Alexandre Collenot, avec tout l'équipage du Latécoère 301 Ville-de-Buenos Aires, le 10 février 1936, qui le marquera profondément, ne fera qu'accentuer les divergences d'opinion entre le pilote et sa hiérarchie, mais aussi avec le tout jeune ministère de l'air. En 1935, Maryse Bastié crée, à Orly, l'école « Maryse Bastié Aviation », encouragée par Jean Mermoz, qui a effectué avec elle la traversée de l'Atlantique-Sud, aller et retour. Entre 1930 et 1936, Mermoz aura effectué vingt-trois traversées de l'Atlantique-Sud, sur des appareils aussi divers que les hydravions Latécoère 28.3, 300 et 301, Blériot 5190 Santos-Dumont, et autres appareils terrestres, Couzinet Arc-en-Ciel ou quadrimoteur Farman F.220. 

Disparition

Il disparaît à bord de l'hydravion quadrimoteur Latécoère 300, le Croix-du-Sud, le 7 décembre 1936 avec à son bord Alexandre Pichodou, copilote, Henri Ézan, navigateur, Edgar Cruveilher, radio, et Jean Lavidalie, mécanicien, après un premier retour à l'hydrobase de Dakar, à la suite d'un problème de réducteur moteur, empêchant l'hélice arrière droite, de passer au grand pas7. Après une réparation sommaire de la pièce défectueuse et un nouveau décollage, sous les yeux d'Henri Guillaumet, alors chef de l'hydrobase, le radio annonce régulièrement le message TVB. Puis, à 10 h 43, Cruveilher lance le dernier message en morse, depuis le Croix-du-Sud : « Coupons moteur arrière droit » ou « Avons coupé moteur arrière droit », sans aucun détail supplémentaire. Les coordonnées de position : 11°08 Nord, 22°40 Ouest. Malgré de nombreuses recherches, on ne retrouva aucune trace de l'appareil ni de son équipage. L'hypothèse soulevée serait que le réducteur du moteur aurait finalement cassé et que l'hélice, emportée par sa vitesse de rotation, aurait fini par se détacher, sectionnant au passage la dérive de l'appareil ou une partie du fuselage, derrière laquelle courait la câblerie permettant de commander une partie de l'hydravion. 

Quelques jours plus tard, une fausse rumeur annonçant la découverte de l'hydravion, flottant aux larges du Brésil, est due aux nouvelles recherches, relancées par le gouvernement brésilien sous l'insistance d'Alexandre Couzinet, alors en voyage au Brésil. Un temps, les spectacles et les cinémas arrêtent leur programme pour diffuser la nouvelle avant de se rendre à l'évidence. La disparition de Jean Mermoz est vécue en France comme une catastrophe nationale et dès le 13 décembre, soit six jours seulement après la catastrophe, Jean Mermoz, ainsi que tout l'équipage de la Croix-du-sud, est cité à l'ordre de la nation, sur la demande du gouvernement de Léon Blum, sous la présidence d'Albert Lebrun et avec discours de Pierre Cot, ministre de l'Air. « Sublime figure d'aviateur, d'une valeur morale et professionnelle hors pair. Créateur, aux prix d'efforts surhumains, de l'aviation commerciale transocéanique, a fait de son nom un symbole et de sa carrière une longue suite d'exploits. Allant jusqu'au bout de son entreprise, envisageant la mort avec sérénité, a mérité l'admiration générale par la grandeur de ses actes. Porté disparu avec l'équipage de la Croix-du-sud, dont il était le chef de bord. Accomplissait sa 24e traversée de l'Atlantique sur la ligne postale qu'il avait été le premier à tracer. Entre de plain-pied dans la légende et s'inscrit parmi les héros les plus purs de l'aviation française. » Une cérémonie officielle a ensuite lieu, le 30 décembre 1936, à l'Hôtel national des Invalides, en présence d'Édouard Daladier et de Camille Chautemps. Jean Mermoz totalisait 8 200 heures de vol. 

Engagement politique

Après la mise en liquidation de son employeur, la Compagnie générale aéropostale en mars 1931, Mermoz se fait, comme le montre Emmanuel Chadeau, « le défenseur acharné des anciens propriétaires de la compagnie, par sentimentalité envers ses collègues navigants soudain dépourvus d'outil et d'emploi » et, dans les conflits politiques qui président à la naissance d’Air France en 1933, « considère que les soubresauts qui conduisent l'aviation marchande de l'âge aventureux vers l'âge organisé ne sont pas les conséquences normales d'une évolution économique — la concurrence allemande et américaine sur les liaisons entre l'Ancien et le Nouveau Monde —, mais le fruit d'une trahison des dirigeants ». Il adhère aux Volontaires nationaux, dont il est le porte-drapeau au défilé du 14 juillet 1935. Bientôt intégré par La Rocque aux instances dirigeantes des Croix de feu, il multiplie discours et articles dans Le Flambeau, l'organe du mouvement.

Après la dissolution des ligues d'extrême-droite en juin 1936, il figure enfin au nombre des membres fondateurs du Parti social français (PSF), dont il devient vice-président, ce qui lui vaudra d'être inculpé, pour "reconstitution de ligue dissoute", que sa disparition tragique classera ensuite, en non-lieu. Dénonçant la démagogie parlementaire asservie par les intérêts particuliers, adepte du culte du chef, il est ainsi l’une des figures emblématiques de la « droite d’ordre ». Il est, cependant, tout aussi bien intégré immédiatement après sa disparition au panthéon républicain en tant que « prototype de l'homme du peuple tiré de l'anonymat par ses œuvres et son mérite ». Célébré de même par le régime de Vichy, il continue à être considéré comme un des héros de l'aéronautique et de l'aviation au même rang que Louis Blériot, Charles Lindbergh et Georges Guynemer. Il est nommé Chevalier de la Légion d'honneur en 1952. 

Publications

  • Mes vols, Flammarion, 1937.
  • Lettres de Mermoz regroupées sous le titre Défricheur du ciel, Archipel.

Publié dans Militaires

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