Au musée des Beaux-Arts de Rouen, neuf tableaux spoliés cherchent toujours leurs propriétaires

Publié le par Le Figaro par Matt Finance

Ces œuvres peintes par Monet, Corot, Géricault ou encore Guillaumin font l'objet de recherches actives et minutieuses afin de trouver leurs ayants droit.

Champ de coquelicots, environs de Giverny (1885) est l'un des quatre tableaux de Claude Monet sans propriétaire. Musée des Beaux-Arts de Rouen

Champ de coquelicots, environs de Giverny (1885) est l'un des quatre tableaux de Claude Monet sans propriétaire. Musée des Beaux-Arts de Rouen

75 ans après, le travail commencé par Rose Valland n'est toujours pas terminé. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, la conservatrice et résistante française avait commencé à superviser la collecte d’œuvres d’art volées par l'Allemagne nazie.

Si la plupart des tableaux spoliés ont été saisis dès 1945, d'autres sont revenus plus tardivement, notamment après la réunification de l'Allemagne en 1990. Sur les 100.000 œuvres spoliées à des familles juives, près de 60.000 ont pu être récupérées et rendues à leurs propriétaires.

«45 000 œuvres ont été rendues aux ayants droit», raconte Diederik Bakhuÿs, conservateur au musée des Beaux-Arts de Rouen. Aujourd'hui, près de 2 000 œuvres restent encore orphelines, entreposées et exposées dans les nombreux musées français. «La restitution d'une œuvre est quand même relativement rare, explique-t-il. Il y en a une tous les ans mais sur un total de 2 000 tableaux, ce n'est pas grand-chose».

Faubourg de Paris sous la neige (Seconde moitié du XIXe siècle), Stanislas Lépine Musée des Beaux-Arts de Rouen

Faubourg de Paris sous la neige (Seconde moitié du XIXe siècle), Stanislas Lépine Musée des Beaux-Arts de Rouen

Aujourd'hui, le musée des Beaux-Arts de Rouen en possède neuf. Quatre tableaux de Claude Monet sont accompagnés de cinq autres peints par Théodore Géricault, Jean-Baptiste Camille Corot, Armand Guillaumin, Stanislas Lépine et Othon Friesz. Ils font l'objet d'un travail minutieux au cours duquel les archives publiques, allemandes, américaines et françaises sont passées au peigne fin. «On poursuit l'objectif d'identifier les propriétaires ou les descendants légitimes, explique Diederik Bakhuÿs à France Info. C'est une espèce d'acte de justice nécessaire.»

Le Retour de la course (Premier quart du XIXe siècle), Théodore Géricault Musée des Beaux-Arts de Rouen

Le Retour de la course (Premier quart du XIXe siècle), Théodore Géricault Musée des Beaux-Arts de Rouen

L'occupation nazie n'a pas seulement privé des familles de leurs biens, elle les a le plus souvent détruites, compliquant la tâche des enquêteurs. «On ne désespère pas de retrouver les légitimes propriétaires même si les chances d'y arriver s'amenuisent d'année en année», ne cache pas le conservateur du musée des Beaux-Arts de Rouen.

Pour organiser les recherches, la base de données Rose-Valland a été mise en place pour répertorier toutes les œuvres et faciliter leur identification ainsi que leur restitution aux ayants droit qui en font la demande.

Madame Guillaumin (1888), Armand Guillaumin Musée des Beaux-Arts de Rouen

Madame Guillaumin (1888), Armand Guillaumin Musée des Beaux-Arts de Rouen

En attendant, les neuf peintures exposées au musée des Beaux-Arts de Rouen ont droit à un traitement particulier. «On a pris soin pour tous les tableaux spoliés d'avoir un cartel développé autour de l'histoire de l'œuvre, de son retour en France et des circonstances parfois surprenantes de leur découverte après la guerre, raconte encore Diederik Bakhuÿs. La spoliation d'œuvres d'art n'est pas encore un sujet connu de tous».

En parcourant les couloirs du musée, le public découvre alors, un peu par hasard, l'existence de ces œuvres victimes de l'histoire.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article