Comment l'enquêteur néerlandais Arthur Brand a retrouvé les chevaux en bronze de Hitler

Publié le par Le Journal du Dimanche par Stéphane Joahny

L'enquêteur néerlandais Arthur Brand raconte dans un livre sa longue quête de deux immenses statues du IIIe Reich.

Les deux chevaux de bronze sculptés par Josef Thorak, sur une remorque à Bad Dürkheim (Allemagne), le 21 mai 2015. (Uwe Anspech/AFP)

Les deux chevaux de bronze sculptés par Josef Thorak, sur une remorque à Bad Dürkheim (Allemagne), le 21 mai 2015. (Uwe Anspech/AFP)

Le 20 mai 2015, la police allemande procède à sept perquisitions à travers le pays. Dans le collimateur des enquêteurs : des sculptures monumentales chères au régime nazi, et plus particulièrement les deux chevaux de bronze qui se trouvaient devant l'entrée de la chancellerie d'Adolf Hitler à Berlin. En décrivant dans un livre cette "incroyable traque du dernier trésor du Troisième Reich", l'enquêteur néerlandais Arthur Brand pensait intéresser, au mieux, le marché allemand. Il était loin de se douter qu'il serait un jour traduit en 11 langues, dont le français cette semaine chez Armand Colin*. Encore moins qu'il pourrait faire saliver jusqu'au lion de la Metro-Goldwyn-Mayer, qui vient tout juste d'acquérir les droits de ses Chevaux d'Hitler. "C'est comme dans un rêve…", témoigne depuis Amsterdam le désormais fameux "détective de l'art".

Ne demandez pas à ce sympathique quinquagénaire quel acteur pourrait interpréter son rôle sur grand écran, il ne va presque jamais au cinéma. La presse mondiale l'a pourtant affublé du surnom d'"Indiana Jones" du monde de l'art. L'intéressé en rigole : "Je n'ai même pas le permis de conduire!" Et, quitte à surjouer la carte de la simplicité, insiste : "Pour être tout à fait honnête, je suis juste un gars ordinaire qui a la chance depuis une quinzaine d'années de naviguer dans un monde où se mêlent œuvres d'art et réseaux criminels."

Avec l'un plus grands flibustiers du marché de l'art, Michel van Rijn

Arthur Brand a fait de nombreuses études mais, plaisante-t-il, n'en a terminé aucunes. Sa rencontre vers la fin des années 1990 avec l'un des plus grands flibustiers du marché de l'art, son compatriote Michel van Rijn qui collabore à l'occasion avec Scotland Yard est déterminante. A ses côtés, Arthur Brand vit ce qu'il appelle sa "Da Vinci Code experience" : l'épilogue en 2005 de l'affaire de l'Evangile de Judas, texte apocryphe rédigé en langue copte au IIe siècle qui réhabilite l'apôtre maudit. Brand a trouvé sa voie et, en 2011, il crée son cabinet de conseil, Artiaz. "J'aide les gens dans leurs achats, résume-t-il. Est-ce que le tableau est authentique? Est-ce qu'il s'agit d'une pièce volée? Est-ce le bon prix? Et puis je cherche des œuvres volées. Notamment au profit des familles juives spoliées."

Il connaît un certain succès : quand en 2014 la ministre de la Culture française de l'époque, Aurélie Filippetti, rend solennellement à son propriétaire un Portrait de femme du 18e siècle jusque-là accroché au Louvre, il s'agit d'un des clients de Brand.

Il n'est pas question de peintures dans l'aventure des "chevaux de Hitler" mais de sculptures massives comme les appréciait le Führer. C'est son mentor et ami Michel van Rijn qui confie à Brand une photo sur laquelle on voit les deux équidés de bronze géants réalisés par Josef Thorak, l'un des artistes officiels du Reich, qui trônaient jadis devant la chancellerie. Le cliché a de quoi surprendre. Primo : ces sculptures sont censées avoir disparu. Secundo : l'image est en couleur et paraît récente. Plus insensé encore, ces chevaux de Hitler sont à vendre.

    Mon idée est de proposer aux lecteurs de partir avec moi à la recherche de ces pièces hors du commun!

Ainsi débute l'aventure telle qu'il la raconte dans ces pages. "Ce n'est pas un livre pour spécialistes, insiste-t-il. Mon idée est de proposer aux lecteurs de partir avec moi à la recherche de ces pièces hors du commun!" Le souvenir des aventures de Tintin s'impose au fil des investigations d'Arthur détective au pays des nazis. Pas de méchant Rastapopoulos à l'horizon, mais d'avides intermédiaires belges, de drôles de collectionneurs, d'anciens agents de la Stasi et un hypothétique milliardaire américain - M. Ross, personnage inventé de toutes pièces par Brand -, prêt à débourser 8 millions de dollars pour acheter ces sulfureuses sculptures. Longtemps stockées sur une base militaire russe de RDA avant de franchir le mur de Berlin avec la bénédiction des services secrets est-allemands pour finalement atterrir entre les mains de nostalgiques du IIIe Reich, elles seront retrouvées en juin 2015 par la police allemande, à qui le Rouletabille néerlandais n'a rien caché de ses découvertes.

Un Portrait de Dora Maar signé Picasso

"Oui, je travaille entre deux mondes. Avec les services de police, je suis clean, je respecte les lois, assure Arthur Brand. Mais on ne trouve pas des œuvres d'art volées au supermarché du coin. Avec les milieux criminels, il faut respecter d'autres règles, notamment celle de la parole donnée. Ça peut paraître dangereux parce qu'il faut dealer avec des gens de la mafia ou des services secrets, mais je n'ai pas de double agenda : quand je donne ma parole, je la tiens."

Arthur Brand n'en dira pas plus. Il préfère évoquer ses émotions de chasseur de trésor quand son drôle de métier lui permet d'accrocher à son mur l'espace d'une nuit un Portrait de Dora Maar signé Picasso, volé en 1999 sur un yacht à Antibes puis retrouvé vingt ans plus tard. Ou le plaisir singulier de glisser à son doigt une bague en or d'Oscar Wilde dérobée à Oxford en 2002 et récupérée en 2019.

Dans son livre comme dans la vie, Brand sait tenir son public en haleine. Dans un tweet en septembre, il annonçait avoir reçu "une preuve de vie" d'une antiquité romaine disparue depuis des décennies. "Certains vont être heureux, prévient-il, particulièrement les Français."

* "Les Chevaux d'Hitler, l'incroyable traque du dernier trésor du Troisième Reich", par Arthur Brand, éd. Armand Colin, 296 pages, 19,90 euros. 

Publié dans Articles de Presse

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