Hongrie: le Fidesz annonce qu'il quitte le groupe du Parti populaire européen

Publié le par RFI

La formation du Premier ministre hongrois, Viktor Orban, veut-elle faire cavalier seul en Europe ou forger une alliance avec l'extrême droite européenne en rejoignant le groupe des identitaires ID ? La Hongrie annonce en tout cas, ce mercredi 3 mars, que le Fidesz, le parti de Vikor Orban, quitte le groupe du Parti populaire européen, le plus important groupe politique au sein du Parlement européen. 

 Le Premier ministre hongrois Viktor Orban au Parlement, à Budapest, le 30 mars 2020. (Image d'illustration) © Zoltan Mathe/MTI via AP

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban au Parlement, à Budapest, le 30 mars 2020. (Image d'illustration) © Zoltan Mathe/MTI via AP

Le départ du parti hongrois survient alors que les eurodéputés du Parti populaire européen (PPE) ont voté, ce mercredi 3 mars au matin, une réforme du statut de leur parti. Le groupe, qui constitue la première famille politique de l'UE, a adopté une modification de ses règles internes qui permet la suspension ou l'exclusion de délégations entières, et non plus seulement de parlementaires individuellement. Cette réforme a été approuvée par 148 voix contre 28 et 4 abstentions, indique le décompte officiel du vote, rapporté par l'Agence France-Presse.

« Je vous informe que les membres du Fidesz se retirent du groupe PPE » avec « effet immédiat », écrit Viktor Orban dans une lettre postée sur Twitter par une de ses ministres, dénonçant une démarche « hostile » visant « clairement » son parti. « Il est tout à fait décevant de voir que le groupe du PPE tente de réduire au silence nos eurodéputés démocratiquement élus », ajoute le chef du gouvernement hongrois.

Douze membres du Fidesz sont concernés par ce retrait de Budapest. Un treizième député hongrois, membre lui aussi du PPE, mais pas du Fidesz, a décidé de rester, ce qui permet au groupe de continuer à compter la Hongrie parmi les pays membres.

Le PPE restera, malgré le départ des douze députés du Fidesz, le premier groupe au Parlement européen. Ils sont 187, vous enlevez 12, ça fait 175. Les socialistes sont à 145. Donc il y a toujours une prééminence numérique du PPE.

Le PPE devra se réunir ultérieurement pour décider de l'exclusion du Fidesz. Une exclusion réclamée par plusieurs petits partis et qui mettrait fin à des tensions provoquées depuis plusieurs années par les prises de positions anti-européennes de Viktor Orban et des mesures souvent jugées en contradiction avec les droits fondamentaux défendus par les institutions européennes.

En mars 2019 déjà, le Fidesz avait été suspendu du PPE à la suite de ses dérapages contre Bruxelles ou sur le dossier des migrations. Plus récemment, les eurodéputés ont manifesté leur agacement lorsque Budapest et Varsovie menaçaient de bloquer le plan de relance européen en raison de leur opposition au mécanisme permettant de suspendre les fonds européens en cas d’atteinte à l’État de droit. 

« Le départ de Fidesz est un danger », selon Geoffroy Didier 

Mais ce départ du PPE de la formation hongroise n'est pas une bonne nouvelle, selon l'eurodéputé LR/PPE Geoffroy Didier, joint au téléphone par Vincent Souriau, du service international de RFI. « Il y avait un débat houleux, au sein du PPE, sur la question de savoir s’il fallait conserver ou non le Fidesz. J’ai toujours été défavorable à leur exclusion, parce qu’une famille politique doit pouvoir porter des sensibilités, même très différentes. Et que, s’il doit y avoir un débat, c’est toujours mieux qu’il ait lieu à l’intérieur, plutôt que de voir un bout d’une autre formation politique nous quitter.

« Je crois que le départ de Fidesz est un danger, ajoute le député européen. Désormais, malheureusement, [il] n’aura plus de comptes à rendre à qui que ce soit. Ce serait tout à fait regrettable que le Fidesz rejoigne ID [Identité et démocratie], parce que les valeurs portées par ID sont radicalement différentes de celles du PPE. »

Le groupe Identité et démocratie, à l'extrême-droite de l'échiquier politique, comprend actuellement notamment les députés français du Rassemblement national et ceux de la Ligue de Matteo Salvini et de l'AfD allemande.

Il y aura l’année prochaines des élections législatives en Hongrie. Peut-être qu’Orban a un calcul politique qui nous échappe dans une grille qui n’est plus seulement européenne mais nationale, hongroise.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article