Les musées de Dresde restituent un tableau spolié de Largillière

Publié le par The Times of Israël

Le collectionneur et banquier juif allemand Jules Strauss, qui résidait alors à Paris, s'est vu spolier toute sa collection d'art en 1941 par la police nazie

« Portrait de dame en Pomone », Nicolas de Largilliere, date inconnue. (Crédit : Domaine public / Staatliche Kunstsammlungen Dresden / Famille Strauss)

« Portrait de dame en Pomone », Nicolas de Largilliere, date inconnue. (Crédit : Domaine public / Staatliche Kunstsammlungen Dresden / Famille Strauss)

Les Collections nationales de Dresde ont annoncé fin janvier la restitution de « La Dame en Pomone », tableau de Nicolas de Largillière (1656-1746), aux héritiers du collectionneur juif allemand Jules Strauss. Ce dernier, qui résidait alors en France, s’était vu confisquer l’œuvre d’art par la Einsatzstab Reichsleiter de Rosenberg, police nazie spécialisée dans la confiscation des biens juifs, en 1941 – il l’avait acquise en 1928. 

Le tableau a ensuite été récupéré par l’État allemand, avant d’être rentré dans les collections nationales de la RDA, envoyé à la Alte Nationalgalerie de Berlin en 1953, puis à Dresde en 1956.

La rétrocession a été rendue possible grâce aux efforts de Pauline Baer de Pérignon, arrière-petite fille de Strauss (et soeur d’Edouard Baer). La Commission pour l’indemnisation des victimes de spoliations intervenues du fait des législations antisémites en vigueur pendant l’Occupation (CIVS), l’ambassade de France à Berlin et la galeriste Elizabeth Royer-Grimblat l’ont aidée dans sa démarche visant à convaincre les autorités de Dresde de rendre l’œuvre. 

Les héritiers ont affirmé espérer que la restitution sera vue « comme un symbole de justice, de pardon et de réconciliation ».

« Ce cas montre une fois de plus à quel point la recherche systématique de provenance est importante, comme cela a été mené intensivement chez nous depuis des années », a déclaré Marion Ackermann, directrice générale des musées dresdois. « Ce type de recherche est déclenché dès que des circonstances juridiquement et moralement douteuses apparaissent. La coopération avec la famille, qui nous a apporté une connaissance détaillée de la provenance du tableau, s’est avérée particulièrement précieuse. »

Le tableau représente une dame de la cour de Philippe d’Orléans, qui a régné entre 1715 et 1723 à la place de Louis XV, alors trop jeune. Il pourrait s’agir de la marquise de Parabère, favorite du Régent, peinte sous les traits de Pomone, divinité des fruits. Philippe d’Orléans se trouve derrière elle sur l’œuvre, regardant un ange.

Jules Strauss, banquier mort en 1943 à Paris, a été spolié de toute sa collection qui comptait de nombreux tableaux. Jusqu’alors, une seule œuvre, un dessin de Giovanni Battista Tiepolo jusque-là exposé au Louvre, avait été restitué à ses héritiers (en 2017 par la ministre Audrey Azoulay). La fille de Jules Strauss avait, pendant 76 ans, mené des procédures pour récupérer des œuvres, sans jamais obtenir satisfaction.

Jules Strauss est à l’origine d’une grande campagne de ré-encadrement des oeuvres italiennes de la Renaissance. Il avait fait don d’une soixantaine de cadres au Louvre, qui sont toujours exposés.

Pauline Baer tente désormais d’obtenir la restitution d’une peinture de Gustave Courbet. Elle a raconté son combat pour récupérer les œuvres de son arrière-grand-père dans l’ouvrage La collection disparue (Stock) publié à l’automne dernier.

Publié dans Articles de Presse

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