Magali Blandin, notre enquête sur un infâme complot familial

Publié le par Paris Match par Grégory Peytavin

Le corps de Magali Blandin, une mère de famille de 42 ans qui était portée disparue depuis le 11 février dernier, a été retrouvé samedi matin près de Rennes sur les indications de son mari, qui a avoué l'avoir tuée. Paris Match vous révèle les dessous du complot familial.  

Les scellés de la gendarmerie ont été installés au domicile de Magali Blandin. MATHIEU PATTIER/SIPA

Les scellés de la gendarmerie ont été installés au domicile de Magali Blandin. MATHIEU PATTIER/SIPA

Ce jeudi 11 février, en début de matinée, lorsque Magali Blandin claque la porte de son appartement, au dernier étage d’un immeuble social de Montfort-sur-Meu en périphérie de Rennes, la jeune femme menue, mesurant à peine 1m50, tourne définitivement le dos à la vie. Ce modeste logement est son ultime refuge depuis qu’elle a fui son mari cinq mois plus tôt, le 3 septembre, laissant provisoirement ses quatre enfants âgés de 4, 7, 12 et 14 ans. Elle espère les accueillir très vite à nouveau. Sur la boîte aux lettres est d’ailleurs inscrit « Magali Blandin et ses enfants ». Tout le monde ici se souvient de cette matinée blême de février. Il neigeait abondamment. Mais personne ne se souvient de cette jeune mère solitaire de 43 ans, vêtue d’un modeste manteau trois-quarts noir. Magali fait un pas sur le palier en direction de l’escalier qui débouche sur un hall extérieur, mais n’a pas le temps d’apercevoir l’homme massif d’1m80 tapi dans un recoin. Elle le connaît. C’est Jérôme Gaillard. D’un geste violent et rapide, il lui assène un premier coup de batte de base-ball. « Puis un second, pour s’assurer de sa mort », confiera le procureur de la République de Rennes Philippe Astruc. Enfin la brute s’empare du corps inerte, le traîne jusqu’à l’appartement et le dissimule à l’intérieur. Sûr de lui, il referme la porte et quitte les lieux. Une heure auparavant l’homme venait de déposer à l’école leurs enfants dont il avait la garde, en bon père de famille. La nuit suivante, Jérôme Gaillard revient sur les lieux du crime, efface les traces puis emporte le corps dans un véhicule pour l’enterrer, à proximité de Boisgervily, à deux kilomètres de sa maison de Montauban-de-Bretagne. « Près d’un grand chêne », il dépose la dépouille de celle qu’il a cru pouvoir « posséder » dans un trou préalablement creusé, la recouvre de chaux vive, puis se recueille. Avant de rentrer chez lui et de brûler l’arme du crime dans son poêle.

Son frère s’est suicidé après une séparation

La disparition de Magali Blandin ne sera signalée que le 12 février en fin de journée, vers 17 heures, lorsqu’elle ne se présente pas pour aller chercher ses enfants à l’école. Une enquête pour « disparition inquiétante » est rapidement ouverte. Des battues mobilisent des centaines de gendarmes et de bénévoles. En vain bien sûr. La disparition de Magali intervient quelques mois après un départ du domicile. Le 3 septembre, elle déposait plainte pour violences conjugales tout en faisant état de plusieurs épisodes d’agressivité réciproque. L’enquête qui révèle de vives tensions pour des raisons financières et pour la garde des enfants est classée sans suite. Le 19 octobre, Magali entamait une procédure devant le juge des affaires familiales afin d’obtenir la garde des enfants. L’audition des aînés avait révélé un climat extrêmement conflictuel avec leur mère. Ils refusent d’aller vivre avec elle et semblent être l’éponge des relations conflictuelles de leurs parents. L’audience de conciliation était fixée pour le 8 mars.

A Montauban de Bretagne, en bordure d’une route nationale, la famille vit dans une longère délabrée. C’est l’ancienne ferme des Gaillard, au cœur de la Bretagne agricole, dans un paysage de champs défiguré par les hautes silhouettes des laiteries et des industries agro-alimentaires. La maison est à l’image du désastre familial. Un édifice fragile et sans fondations saines. Le rez-de-chaussée, au sol en terre battue, sert d’abri pour le chien Lucky et un chat. Une odeur âcre s’en dégage bien que la bâtisse soit ouverte à tous vents par un énorme trou dans le mur, obstrué par une fourgonnette en stationnement. L’aspect extérieur semble un chantier jamais initié. Seul le premier étage est aménagé et le toit fraîchement refait. Leur plus vieux et plus proche voisin, connaît Jérôme depuis l’ enfance. Et il ne sait rien de lui. Tout juste se souvient-il d’avoir échangé trois mots, il y a quelques mois, lorsque la vache de Jérôme est venue sur son terrain. « C’est tout », dit-il. Difficile d’imaginer qu’un tel endroit ait pu abriter un bonheur familial. Personne ne s’en étonne d’ailleurs, ici on croise des âmes naïves à tous les coins de bois. En langue Gallo, on les appelle les « bobia ». Jérôme et Magali se connaissent depuis 23 ans. Ils se sont fréquentés dans la discothèque locale, « le Tremplin ». Mais le manque de communication et une forme d’inhibition semblent endémiques dans ce huis clos familial. « Magali était le pilier de sa vie » confiera-t-il à son avocat, Me Jean-Guillaume Le Mintier. Jérôme Gaillard a perdu son frère dix ans auparavant. Il s’est suicidé après le départ de sa femme. Il cultive un sentiment d’isolement et d’abandon insupportables.

« On va t’aider ma poule »

Le père de famille n’a pas d’amis. Ses seules relations extérieures se résument aux contacts avec les locataires de ses quatre hangars qui jouxtent la maison. Jérôme Gaillard les loue chacun pour trois ou quatre cents euros à un entrepreneur du bâtiment et des Géorgiens qui y désossent des voitures. Ces derniers lui apportent son seul revenu, et ses seules relations sociales, plus ou moins bien intentionnées. « On va t’aider ma poule » lui répètent-ils lors qu’ils se confie sur sa détresse conjugale. C’est le début d’une spirale funeste pour cet homme fragile, titulaire d’un BTS informatique mais aussi condamné en 2005 pour un recel de vol. Un ouvrier locataire d’un hangar se souvient d’un homme « très amaigri » la dernière fois qu’il l’a aperçu, il y a un mois. Maître Jean-Guillaume Le Mintier, l’avocat de Jérôme Gaillard, évoque également ce changement physique sur son client en cette fin février. « Il ne dort plus, ne mange plus », dit-il. Le père fait part à son avocat de craintes pour sa sécurité et celle de ses enfants. Il assure faire l’objet d’une tentative d’extorsion de 15 000 euros. L’avocat pressent quelque chose : « un poids dont mon client avait besoin de se délester ». Il l’enjoint d’en informer le parquet qui décide la séparation et le placement respectif sous protection des quatre enfants. Leur état psychologique et leur sécurité inquiètent les magistrats. Un dispositif d’interpellation des maîtres-chanteurs est également mis en place lors d’une remise de rançon, prévue pour le dimanche 14 mars à Rennes. Des spécialistes du Groupement d’intervention de la gendarmerie nationale organisent sous escorte un convoi de deux voitures distinctes ; Jérôme Gaillard d’une part, et son père qui détient l’argent, de l’autre. Deux hommes et une femme de nationalité Géorgienne sont interpellés lors de la remise des fonds. L’un d’eux, avec des antécédents judiciaires est mis en examen pour « tentative d’extorsion en bande organisée, meurtre en bande organisée » et placé en détention. L’autre homme est incarcéré pour « tentative d’extorsion ». La femme, compagne du premier, est placée sous contrôle judiciaire. Un dernier Géorgien est ultérieurement interpellé, locataire de Jérôme Gaillard. Il est « mis en examen pour tentative d’extorsion en bande organisée » et « destruction de preuve d’un crime », à savoir le véhicule utilisé pour le transport du corps de Magali. Une source judiciaire habituée des faits de vols impliquant des Géorgiens dans la capitale bretonne relève « un comportement mafieux et clanique » récurrent, une « violence potentielle » et une forme de repli communautaire.

Les maîtres-chanteurs nient toute implication

En garde à vue les maîtres-chanteurs nient toute implication dans la disparition de la jeune femme mais évoque un « projet criminel » initié par Jérôme. Ce dernier aurait proposé en novembre la somme de 20 000 euros pour exécuter son épouse. Les Géorgiens disposent d’un enregistrement du mari déclarant son intention de tuer Magali, ce qui leur donne l’idée du chantage. Ont il abusé de la confiance de cet homme isolé ? Comment Jérôme, sans emploi, aurait-il pu disposer d’une telle somme? Il ne travaillait pas et disposait de maigres rentes. « Ses parents l’aidaient ponctuellement pour payer la maison», nous confiera son avocat. Jeudi 18 mars à 16 h, Jérôme Gaillard est placé en garde à vue par les gendarmes de la section de recherches de Rennes. « Après un premier entretien factuel, le suspect demande à s’entretenir avec son avocat : « On a parlé de la famille de Magali et des enfants, se souvient maître Jean-Guillaume Le Mintier. Il était dans une impasse psychologique. Notre objectif était de retrouver le corps de Magali. Pour les enfants». Jérôme Gaillard « bascule » et avoue son sinistre projet meurtrier. Il revendique en être le seul auteur et, vendredi vers 21h30, emmène les enquêteurs devant le trou où il a dissimulé le corps défiguré par la chaux de son ex-épouse. Son père et sa mère, septuagénaires sont mis en examen et placés en détention provisoire pour « complicité de tentative de meurtre par conjoint » dans le cadre du projet initial datant de novembre et de « meurtre » pour l’assassinat final perpétré par leur fils. Les enquêteurs s’interrogent sur leur connaissance du dessin criminel, ainsi que leur éventuelle implication dans l’obtention d’un alibi et de moyens financiers. Me Olivier Chauvel, qui assure la défense du grand-père Gaillard évoque chez son client un sentiment de « loyauté » du père envers son dernier fils. Selon le procureur Philippe Astruc, « on retrouve dans ce meurtre les notions de possession et d’emprise courantes dans les féminicides ». Ce qui l’est moins c’est l’ampleur de cette ascendance au sein de la cellule familiale et l’implication des parents du tueur dans le complot meurtrier.

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